Innovation Factory : un nouveau pôle de technologie à Beyrouth
C.D., Janvier 2017

Vu de l’extérieur, le grand bâtiment ressemble à une usine délaissée comme tant d’autres en lisière de Beyrouth. Pourtant, quand on pousse la porte, c’est une vraie ruche d’innovation qui s’étend sur trois étages de 700 m2 chacun. Lancé par Karim Attoui et Ibrahim Zahreddine, Innovation Factory est une nouvelle plate-forme de recherche et développement située à Mkallès. Moyennant un abonnement mensuel, étudiants, designers, ingénieurs, industriels et entrepreneurs ont accès à un lieu de travail, à des formations, à des laboratoires et des machines. L’idée est de mettre à disposition tous les outils nécessaires à la fabrication de prototypes technologiques. Au premier, on trouve des bureaux, un espace de coworking et un café. Au deuxième, les choses sérieuses commencent avec le laboratoire de fabrication. On y retrouve des imprimantes 3D, des machines de découpage laser, des microfraiseuses et microbroyeurs numériques, de la peinture industrielle ou encore des outils de découpe du bois. Le tout est encadré par des professionnels qui aident le public à manipuler les différents engins. Enfin, au troisième étage se trouve un laboratoire médias où sont regroupés des outils de communication : studios d’enregistrement, de montage, imprimantes, salle de conférences. « J’ai toujours aimé fabriquer des choses », dit Karim Attoui. L’aventure commence en 2013 lorsqu’il fonde avec son partenaire Public Interest Design Levant une ONG qui tente de repenser l’entrepreneuriat. L’un de leurs premiers projets porte sur les clusters d’artisanat et d’industrie dans la région de Beyrouth. « La question était de savoir pourquoi ces secteurs ne parviennent pas à être efficaces malgré l’aide internationale qu’ils reçoivent, explique Karim Attoui. D’après nos recherches, la réponse tient dans le fait que le design, la technologie et la production ne sont pas bien intégrés. Les designers ne savent pas fabriquer ni incorporer de la technologie à leurs produits, les grandes entreprises qui ont de l’argent pour investir dans la technologie ne savent pas l’opérer et, enfin, les artisans savent produire, mais ne connaissent ni la technologie ni le design. » À partir de ce constat, le duo décide de trouver le moyen de réunir les trois acteurs.
Coup de chance, 2013 c’est aussi l’année où la Banque centrale du Liban lance la circulaire 331 qui vise à soutenir le secteur des nouvelles technologies. Karim Attoui et Ibrahim Zahreddine voient s’ouvrir une fenêtre d’opportunité. « Tout le monde sait créer une application ou un site Internet, mais pour mettre au point un prototype de hardware, c’est une autre paire de manches, constate Karim Attoui. Nous avons alors monté une start-up, Ezem, pour remplir ce vide. Les clients viennent nous voir avec une idée et nous faisons tout, de la stratégie économique jusqu’à l’identité de marque en passant par le prototype. »
C’est grâce au succès de Ezem qu’Innovation Factory a pu voir le jour. Les profits de la start-up ont permis de dégager les premiers 350 000 dollars nécessaires au lancement du projet. Un investisseur privé, qui souhaite rester anonyme, a ensuite contribué avec 150 000 dollars, mais Innovation Factory est encore à la recherche d’au moins 600 000 dollars. « Nous souhaitons lever des fonds auprès des différents acteurs de la circulaire 331, mais ils ne comprennent pas encore bien ce que nous faisons », admettent les fondateurs. À terme, la rentabilité du concept reposera sur les abonnements. Suivant les services que souhaite utiliser le client, les tarifs varient entre 50 et 400 dollars par mois. « Ailleurs dans le monde, ce type de laboratoires de fabrication sont souvent soutenus par les pouvoirs publics, car ils dégagent très peu de profits mais, au Liban, c’est impossible, nous avons donc intégré d’autres services comme des formations et des espaces de coworking », ajoute Karim Attoui. Dans sa dimension éducative, Innovation Factory a notamment conclu des partenariats avec des universités libanaises dont NDU, Usek, AUB. L’idée étant à terme de développer des programmes d’enseignements conjoints. L’équipe comprend une petite vingtaine de personnes, mais se développe rapidement. La plate-forme ambitionne de se positionner comme un pôle technologique régional. Les fondateurs travaillent déjà sur un système de franchises, ou la création de bureaux de représentation à Dubaï et à Istanbul.


Noms cités : Karim Attoui, Ibrahim Zahreddine