Les Kettaneh
Nayla Mégarbané, Février 2017

Saga d’un capitalisme libanais
Par Alice Boustany Djermakian
Éditions de la Revue phénicienne, 2016

Audi, Volkswagen, mais aussi Skoda… Les Kettaneh, c’est un nom, mais aussi un état d’esprit d’entrepreneurs, qui traverse les générations et l’histoire du Levant.
Ce sont des Kettaneh qui organisèrent en 1898 le séjour et les festivités lors de la venue de l’empereur allemand Guillaume II à Jérusalem.  Les plans de la ville sainte, dessinés à cette occasion, sont d’ailleurs toujours encadrés dans le bureau de Nabil Kettaneh, président du conseil d’administration du groupe à Beyrouth. Car ce souvenir n’est pas si anodin. C’est en partie grâce à l’organisation de cette visite officielle à Jérusalem que les Kettaneh vont pressentir d’abord l’essor du tourisme dans la région : les premiers, ils ouvrent dans la capitale libanaise une succursale de Cook’s Travel, l’agence de voyages qu’ils représentaient déjà en Palestine. Plus tard, également, ils s’attacheront à une autre révolution : le percement du réseau routier de la région. À bord de leur Dodge ou de leur Chrysler, des marques américaines qu’ils représentent alors, ils réinventent le principe des caravanes et “franchissent l’infranchissable”, en reliant Beyrouth, Damas, Bagdad voire Téhéran.
Après la famine, qui toucha Beyrouth et le Liban, Antoun Kettaneh fit jurer à ses fils de ne jamais en faire commerce. Aujourd’hui encore, la promesse est respectée. De cette saga familiale, Alice Boustany Djermakian, enseignante au Lycée franco-libanais de Beyrouth, a tiré une sorte de roman-feuilleton, où l’on retrouve Aimée, Francis, Antoun, Nayla… dans le flux du récit. Ceux qu’on a croisés parfois deviennent ici des personnages déterminés face aux obstacles, parfois rocambolesques, afin de mener à bien leur destin. « Pour moi, l’exemple donné par les pères fondateurs de Kettaneh est une marche à suivre, un modèle pour la troisième génération afin qu’elle puisse continuer à faire évoluer cette saga des Kettaneh au service de leur famille ainsi que du Liban », écrit Nabil Kettaneh dans la préface de cet opuscule.  Car c’est aussi cela que cet ouvrage, un regard porté sur les premiers pas d’un groupe familial qui a su survivre à beaucoup de crises.