Pour les Libanais, le premier bain de l’année est un rituel qui marque le début de la saison de la “dolce vita”. L’été commence avec cette baignade inaugurale. « Tu t’es déjà trempé ? » se demande-t-on les uns aux autres pour connaître le plus téméraire d’entre nous. « Qui y a déjà été ? » entend-on quand l’eau est encore à 18-20 °C.
Reste à trouver la plage de délectation. À Beyrouth, on n’est jamais trop loin de la mer, même si son accès se révèle plus compliqué qu’il n’y paraît. Problème d’accès bien sûr : le littoral ayant été largement privatisé au profit de “resorts” et autres “plages” à 40 000 livres libanaises (25 dollars) l’entrée. Problème de pollution également : les côtes libanaises sont polluées. Du coup, le choix se restreint souvent à deux grands extrêmes : Tyr ou Batroun ?
Permettez-nous de préférer les plages du Sud, au moins jusqu’à ce que la canicule estivale rende tout farniente sur le sable de Tyr impossible. On aime le côté “popu et narguilé” de cette grande plage ; la côte sauvage de Naqoura, où l’on peut marcher des kilomètres entre roselières et falaises sanguines. On s’autorise même parfois des week-ends très “Rest House”, l’hôtel (en rénovation) où les militaires de la Finul prennent leur aise. Au soir venu, on peut toujours baguenauder sur le “malécon” de l’ancienne cité phénicienne, cette corniche (piétonne les week-ends estivaux) où traînent tout ce que la ville compte d’âmes esseulées (et les camps alentours). On finira par une visite aux ruines romaines (parmi les plus imposantes de la région avec cette immense travée qui bascule sur la mer) avant une dînette de poisson au restaurant. Là, on hésite. Si on aime le charme de Dar al-Alma, le nouveau boutique-hôtel de la vieille ville, on reste malgré tout d’une fidélité indéfectible au restaurant Le Phénicien, moins “vieilles pierres” peut-être, mais à la carte délectable (goûtez donc leur “kebbé samak” ou leur fateh de crevettes). Sans oublier, pour un soleil couchant, les pieds dans l’eau, chez Miss Dalia, l’énergique (et yoga maniaque) propriétaire de Cloud 59.