Les équipements (systèmes de cœur, système de facturation, etc.) du réseau de téléphonie mobile libanais ont été intégralement renouvelés entre l’été 2008, date à laquelle il a failli craquer, et fin 2009. Aujourd’hui, « plus une seule vis ne date de 1994 », affirme Gilbert Najjar, du Owner Supervisory Board au ministère des Télécoms. Le réseau a également été étendu de 80 %, passant de 890 antennes à 1 350 (en octobre 2009). « Des ajustements sont encore en cours, d’où les perturbations qui durent depuis un certain temps, mais la situation devrait être optimale à partir de mars ou avril 2010 », affirme Samer Salamé, PDG d’Alfa, qui a investi 70 millions de dollars en six mois dans la réhabilitation de son réseau, soit « plus que les dix années précédentes ». Au total, rien qu’en 2009, 140 millions de dollars ont été investis par les deux opérateurs Alfa et MTC Touch dans leurs réseaux respectifs.
Une injection de capitaux qui était devenue urgente étant donné l’état des réseaux. Car si le Liban a fait figure de pionnier au Moyen-Orient en se lançant le premier dans l’aventure du mobile en 1994, les réseaux ont depuis été mal entretenus et peu mis à jour. Cette déliquescence s’explique par les conditions de gestion du secteur : après maintes péripéties politiques, l’État s’est réapproprié les deux réseaux MIC1 et MIC 2 en 2002, et a signé des contrats de gestion avec les opérateurs Cellis et LibanCell au début, puis Zain et Fal Dete Telecommunications (depuis 2004), à qui il a laissé peu de marges de manœuvre, car c’est lui qui fixe les tarifs, ainsi que le nombre maximal de lignes commercialisables (environ un million jusqu’en 2008). De plus, jusqu’à fin 2008, la rémunération annuelle des opérateurs était fixe, quelles que soient leurs performances : environ cinq millions de dollars par mois.
Résultat : en février 2009, le nouvel opérateur d’Alfa, l’égyptien Orascom Telecom, « a récupéré un réseau en fin de vie, dans lequel aucun investissement n’avait été réalisé depuis au moins cinq ans », affirme Samer Salamé. Fal Dete, dont le contrat s’est achevé en 2008 dans des conditions rocambolesques, était une joint-venture entre Detecom International (filiale de l’allemande Deutsche Telecom) et Fal Holding d’Arabie saoudite. Il s’agissait d’une société de consultants, sans aucun intérêt à développer le réseau dont il avait la charge. « S’il y avait eu la moindre panne sur l’un des éléments centraux du réseau, on n’aurait pas pu la réparer et cela aurait signifié que 600 000 personnes se retrouvaient sans connexion mobile », explique Salamé.
La situation était un peu meilleure chez MTC Touch ; l’opérateur qui le gère depuis 2004, le koweïtien Zain, est en effet en lice pour racheter la licence lorsque le réseau sera privatisé, et n’avait donc pas intérêt à laisser ses équipements se détériorer. Mais un renouvellement s’imposait aussi pour lui, car sa couverture nationale était défaillante. MTC Touch a commencé à changer son réseau dès l’été 2008, Alfa a suivi en février 2009, lorsque Orascom a récupéré sa gestion.

Des réseaux “3G-ready”

Les deux nouveaux réseaux mobiles installés utilisent la technologie EDGE (2,75 G), qui permet d’obtenir Internet sur les mobiles à une vitesse de 384 Kb par seconde. Les deux réseaux sont en mesure de passer facilement à la technologie 3G, qui autorise des vitesses de haut débit allant jusqu’à 7 Mb par seconde. « Certaines régions du Grand Beyrouth sont même prêtes à passer en 4G, où l’Internet circule jusqu’à 100 Mb par seconde », affirment les PDG des deux opérateurs. Dans l’état actuel de la législation, le saut de génération technologique suppose une décision du Conseil des ministres. Mais celle-ci est aussi tributaire du développement de l’infrastructure haut débit, car les flux de données circulant sur les réseaux mobiles doivent aussi transiter sur la toile Internet.

Changement de stratégie commerciale

La capacité actuelle du réseau a été augmentée à 3 millions d’utilisateurs, et il sera possible sans grands frais supplémentaires d’en rajouter un million. Un développement qui accompagne une nouvelle approche commerciale du secteur. Jusqu’en 2008, afin de se garantir des revenus importants (près de 900 millions de dollars de recettes prévues en 2009), le gouvernement libanais avait opté pour une stratégie de limitation du nombre de lignes à des prix élevés. En 2009, des négociations persuadent le gouvernement qu’une modification de stratégie n’affectera pas ses revenus. La décision est prise et les contrats de gestion des opérateurs sont parallèlement modifiés pour les inciter à mieux gérer leur réseau : leur rémunération, qui était fixe, devient fonction du nombre de leurs clients. Pour MTC Touch, elle est actuellement de « 6,66 dollars par client actif par mois », selon Claude Bassil, PDG de MTC Touch, qui approuve cette nouvelle logique, car « plus vous étendez votre réseau et plus vous avez de clients, plus vos dépenses opérationnelles augmentent », explique-t-il. Les résultats ne se font pas attendre : le nombre d’abonnés est passé d’un million à 2,3 millions (1 million pour Alfa, 1,3 million pour MTC Touch) ; le taux de pénétration a bondi de 35 % en 2008 à 55 % en octobre 2009 ; et l’ARPU (Average Rate Per User, le revenu moyen par client) est passé de 75 à 50 dollars par mois. On est encore loin de la Jordanie, où le taux de pénétration est de 95 % et l’ARPU de moins de 15 dollars. Mais on commence à s’en rapprocher.

Encore des obstacles à lever

Cette augmentation de la pénétration a une incidence directe sur le PIB, puisque, selon un récent rapport de la Banque mondiale, chaque croissance de 10 % de la pénétration de la téléphonie mobile se traduit par une hausse de 0,8 % du PIB. Au Liban, de nombreux obstacles restent encore à lever pour accélérer la pénétration des mobiles : les prix doivent encore baisser, car malgré la réduction consentie en 2009, ils restent parmi les plus élevés du Moyen-Orient ; quant à la qualité et la variété des services, elle est loin du potentiel d’inventivité des ingénieurs libanais. Deux évolutions qui supposent de revoir l’organisation du secteur. La première échéance est fin janvier, avec la fin des contrats des deux opérateurs actuels, dont le nouveau ministre Charbel Nahas devrait renégocier les conditions.



Le conflit sur la numérotation
Face à la demande croissante de numéros de mobiles, l’Autorité de régulation des télécoms a décidé en février 2009 d’attribuer la série 71 à MTC et la série 72 à Alfa, afin d’injecter deux millions de lignes supplémentaires sur le marché. Or, la série 72 nécessite des travaux d’adaptation dans les centraux téléphoniques fixes, afin d’éviter un amalgame avec des numéros dans la région du sud du Liban. Ces travaux sont techniquement faciles à réaliser et ne nécessitent que quelques semaines. Mais cela implique que toute une partie de la population change de numéro, ce qui a induit certaines lenteurs dans l’adaptation des centraux. L’ancien ministre des Télécoms Gebran Bassil a donc décidé de diviser la série 71 entre les deux opérateurs, en attendant que la série 72 soit utilisable. L’ART, qui y a vu une violation de ses prérogatives, a alors saisi le conseil d’État en juin 2009. Celui-ci a tranché en sa faveur en juillet 2009. Mais sur le terrain, la décision n’a pas été appliquée. Et rien n’a été fait depuis. Cela pose un réel problème aux deux opérateurs aujourd’hui : Alfa, qui a atteint le million d’abonnés, ne peut plus recruter de nouveaux clients faute de numéros à distribuer ; et MTC n’a plus que la série 71-5, soit 100 000 numéros, à distribuer. Statistiques téléphonie mobile au Liban
Liban Jordanie
Abonnements 2,3 millions -
Taux de pénétration 55 % en octobre 09 (vs 35 % début 09) 95 %
Revenu moyen par utilisateur (ARPU) 50 dollars (vs 74 en 08) 14,5
Prix par min. prépayée* 36 centimes -
Prix par min. postpayée 11 centimes -
(*) 75 % des utilisateurs passent par des cartes prépayées, ce qui est la norme dans les pays
en développement.