Le Liban sera doté d’un vrai réseau haut débit d’ici à la fin de l’année, a promis le ministre des Télécoms Charbel Nahas lors d’une conférence organisée en avril pour lancer un programme d’investissements de 93 millions de dollars.
Les cahiers des charges sont pratiquement terminés et le lancement des appels d’offres programmé en mai, le financement ayant été approuvé. Le ministre a en effet obtenu une avance du Trésor de 66 millions de dollars, en attendant le vote du budget 2010, sachant que « l’investissement entièrement financé par les revenus du secteur des télécoms sera rentabilisé en un an ».
Le programme comporte trois parties, dont la mise en œuvre est simultanée.
D’abord, l’accroissement de la bande passante internationale à laquelle le Liban a accès et qui constitue aujourd’hui le principal goulot d’étranglement du réseau (voir les détails dans Le Commerce du Levant de janvier 2010). Cet accès passe par le câble Cadmos dont la capacité actuelle de 2,5 gigabits sera augmentée dès juin de 1,5 gigabit ; des négociations étant encore en cours pour une augmentation de 10 gigabits. Cette augmentation de 60 % donnera un peu d’oxygène au réseau en attendant le véritable saut qualitatif prévu pour cet été, avec la livraison du câble IMEWE. Initialement prévue pour mars, cette dernière a été retardée en raison de problèmes sur le tronçon reliant Suez à Alexandrie. Dès l’activation, le Liban disposera de 120 gigabits de bande passante.
Le robinet international étant largement ouvert à partir de l’été, le goulot d’étranglement se situera désormais au niveau du réseau national. La deuxième partie du plan haut débit vise donc à l’élargir en investissant dans une infrastructure de fibres optiques. Quelque 3 800 kilomètres de fibres seront installées, dont 1 200-1 300 kilomètres nécessitant des travaux de génie civil. Les travaux seront décomposés en deux parties : le segment Beyrouth-Tripoli sera achevé sous forme de boucle en passant par la Békaa, de même que le segment Beyrouth-Tyr, en passant par le Sud ; parallèlement 39 segments régionaux répartis sur tout le territoire assureront la redondance et la sécurité du réseau. « C’est un maillage relativement dense pour un pays de la taille du Liban », commente Mahmoud Haïdar, conseiller du ministre.
La totalité des travaux devrait être achevée en 12 à 18 mois, mais le ministère souhaite activer une partie du service dès 2010, en connectant directement les plus gros utilisateurs. « Nous avons sélectionné 350 points de connexion directe qui regroupent les administrations et entités publiques fortement consommatrices de bande passante comme la Banque centrale, l’aéroport de Beyrouth, les douanes… ; les sièges des banques ; les grandes universités ; les hôpitaux d’une certaine taille ; les sociétés de mobile et les fournisseurs d’Internet ; un certain nombre de médias… » Les représentants de ces gros usagers ont été invités à mettre en place une équipe de coordination avec le ministère pour régler les détails techniques de la connexion.
La troisième partie du plan haut débit concerne la couche supérieure de l’infrastructure, la fibre optique constituant la couche inférieure. « Dès juin, nous allons lancer des appels d’offres pour installer des centraux de nouvelle génération (NGN) et des MPLS, à savoir les équipements assurant l’interfaçage entre les différents protocoles, afin que tout type de serveur puisse fonctionner sur le réseau. »
Si la question de l’infrastructure est le premier obstacle sur la voie de l’instauration du haut débit au Liban, celle de l’organisation du secteur est tout aussi importante. « Dans la déclaration de politique générale du gouvernement, nous avons séparé ces deux questions, afin d’avancer sur le volet de l’infrastructure, le temps de mettre au point la stratégie du secteur », explique le ministre Charbel Nahas, qui s’est engagé à proposer sa vision dans les prochaines semaines au Conseil des ministres.
En attendant cependant, il affirme s’engager personnellement à ce que le ministère, qui agit comme grossiste et détaillant sur le marché, ne se comporte pas de façon déloyale par rapport aux opérateurs privés. « Les tensions sur le marché viennent du monopole de l’État et de la pénurie. Le ministre s’engage à la neutralité, mais le fait de résoudre le problème de pénurie devrait aussi produire un effet positif », explique Mahmoud Haïdar. Il cite l’exemple des E1 (environ 2 mégabits de bande passante) que se disputent aujourd’hui les gros consommateurs d’Internet, comme les centres d’appels par exemple (voir Le Commerce du Levant de décembre 2009). « L’offre actuelle est de 1 000 E1 seulement, cet été, le ministère en aura 60 000 à vendre, c’est-à-dire 60 fois plus. »
Internet haut débit : un saut qualitatif programmé cette année
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