L’investissement dans les NTIC est considéré comme un levier majeur de croissance, en particulier pour des économies émergentes. Quelle est la contribution du secteur des télécoms à la croissance libanaise ?
Le développement des télécoms a un impact certain sur le PIB, aussi bien à travers des bénéfices directs que des retombées sous-jacentes. Cet impact peut être mesuré directement à travers trois facteurs. Tout d’abord l’augmentation de l’investissement global des entreprises qui est induit par le renouvellement de leur matériel et de leurs logiciels informatiques. Ensuite, la création de valeur qui résulte des travaux d’infrastructure, ce facteur est d’autant plus intéressant que contrairement au précédent, la valeur ainsi créée est quasi exclusivement interne. Il faut enfin prendre en compte le développement d’une chaîne de sous-traitance dans divers secteurs de l’économie. À cela s’ajoute l’effet dynamique du progrès technique sur les gains de productivité du capital et du travail, qui aura aussi un effet “boule de neige” sur la production de nouveaux biens et services dans le futur.
Au final, selon mes calculs, le numérique contribue depuis fin 2011 à plus de 9 % du PIB libanais et représente déjà 10 % des investissements et 2,5 % des emplois du pays.

Les lacunes infrastructurelles et les prix élevés n’entravent-ils pas ce développement ?
Une décennie d’absence d’investissements et la rente monopolistique dont bénéficie l’État dans le secteur ont retardé son développement. Mais les choses commencent à changer. Depuis 2009, les pouvoirs publics mènent une politique d’investissements intensifs (dans la 3G puis la 4G par exemple) qui a permis d’améliorer nettement la vitesse et la connectivité. L’État a également œuvré dans le sens d’une réduction des tarifs – respectivement de 40 % pour les communications mobiles, 57 % pour les communications fixes et 80 % pour l’abonnement Internet. Cela s’est traduit par une augmentation sensible du nombre d’abonnés à l’Internet fixe et à la téléphonie mobile. Sur ce réseau, le taux de pénétration de la téléphonie mobile a atteint 85 % en 2012, ce qui place le Liban au-dessus de la moyenne des pays en développement, tandis que le revenu moyen par utilisateur (ARPU) a diminué de 46 %, à 38 dollars, en quatre ans.
Cette double politique a également permis à plus de 70 % des usagers de smartphones libanais de télécharger des applications, ce qui représente le taux le plus élevé dans la zone Mena et a poussé des jeunes Libanais à développer des applications destinées à la demande locale et étrangère.

Au Liban, le secteur est également un contributeur important des finances publiques : cette part n’est-elle pas excessive ?
Malgré les baisses tarifaires, le taux de pénétration a augmenté, entraînant une hausse des recettes qui a plus que compensé l’effet prix. Entre 2007 et 2012, les transferts des télécoms ont augmenté d’environ 30 % à 1,4 milliard de dollars. Cela représente 15 % des recettes publiques et 66 % des recettes non fiscales de l’année dernière. Ce niveau de taxes sur les télécoms rapporté au PIB est élevé au Liban. La taxe est de 0,06 dollar par minute, tandis que le reste de la tarification (hors taxe) est de 0,05 dollar la minute, ce qui est proche des normes de tarification internationales.