Marwan Kheireddine, président du CA et directeur général
de la banque al-Mawarid

Vous avez suivi de près l’élaboration de la circulaire 331 de la Banque du Liban. Dans quelle mesure peut-elle résoudre les problèmes de financement des start-up libanaises ?
La circulaire 331 est une révolution dans la mesure où, pour la première fois dans l’histoire du Liban, les banques ont le droit d’investir directement dans le capital de sociétés œuvrant dans l’économie de la connaissance. Ces dernières peuvent donc bénéficier d’un financement bancaire alternatif à l’emprunt qui est mal adapté à la situation de jeunes start-up aux fonds propres très faibles et devant fournir par conséquent des garanties très importantes pour pouvoir bénéficier d’un crédit. La circulaire de la BDL permet de surmonter cet obstacle et facilite même la capacité future de ces sociétés à obtenir des crédits en leur permettant d’améliorer leurs fonds propres. Quant aux banques, elles bénéficient d’une exposition aux risques limitée notamment par le fait que les montants investis dans ce cadre sont garantis à 75 % par la Banque centrale. Avec une enveloppe globale d’environ 400 millions de dollars, ce dispositif va donner à l’ensemble de l’écosystème les ressources nécessaires pour créer des emplois et contribuer in fine à endiguer la fuite des cerveaux qui affecte le pays.

L’une des premières conséquences de cette mesure est la formation de nouveaux fonds d’investissements de tailles bien plus importantes. Quel est l’intérêt pour les banques de passer par leur biais ?
La circulaire laisse en effet cette possibilité aux banques qui n’ont pas forcément une connaissance pointue du secteur pour procéder à la sélection de leurs investissements, dont le taux de succès au terme des sept ans prévus par la circulaire devrait se situer, selon mes estimations, aux alentours des 7-10 %. D’autant que la circulaire limite le total des investissements de chaque banque à 3 % de leurs fonds propres : il est donc difficile pour beaucoup de banques libanaises d’envisager de créer un département spécifique pour de tels montants. Ensuite, la plupart des sociétés du secteur travaillent déjà avec des incubateurs liés à des fonds. Bien sûr, il subsiste des interrogations, comme la possibilité pour un même fonds d’opérer des investissements dans ce cadre en mêlant des banques et des investisseurs privés, qui restent eux exposés de manière classique. La validation des premiers investissements de ce type apportera progressivement des réponses à ces questions pratiques.

En attendant, votre banque a été la première à recevoir l’agrément de la Banque centrale pour un investissement direct dans une start-up (voir ci-contre). Cet investissement préfigure-t-il votre stratégie future ?
Les premiers contacts avec Presella ont été établis fin 2013 et il a fallu environ trois mois, à compter du dépôt de notre demande auprès de la Banque du Liban pour régler tous les détails pratiques. Nos injections de capital dans les sociétés resteront aux alentours des 20-25 % – bien moins que le plafond de 80 % fixé par la circulaire – afin de laisser les fondateurs en première ligne et nous exigerons toujours un siège au conseil d’administration ou d’être associés.