«Estimez-vous que l’État est en train de traiter actuellement
le problème de ses dettes d’une manière adéquate et efficace» ? La population a une réponse tranchée.

Le problème de la dette publique n’est plus réservé aux spécialistes. Il est matière à discussions dans toutes les sphères de la société.
Les incertitudes politiques internes et régionales, les coûts de la reconstruction, la mauvaise gestion publique, la politique de défense de la monnaie nationale, les abus de l’emploi dans le secteur public et la mauvaise conjoncture économique ont contribué à amplifier les déficits budgétaires. Et partant à alourdir une dette publique qui aujourd’hui dépasse les 26 milliards de dollars et représente près de 160 % du PIB libanais.
La stratégie gouvernementale s’appuie sur plusieurs axes. En premier, il espère par des mesures de libéralisation relancer l’activité économique et partant augmenter la masse du PIB pour réduire le poids relatif de la dette. Le deuxième objectif vise à prolonger la maturité d’une dette jugée de trop courte durée. Le troisième axe suppose une réduction des effectifs publics, une compression des indemnités et l’engagement d’un processus de privatisation.
Ces mesures sont-elles suffisantes ? En collaboration avec la société Ipsos Stat, nous avons posé cette question à un échantillon représentatif de 600 personnes pris sur l’ensemble du territoire libanais et également réparti, selon la méthode des quotas.
Dans l’ensemble, les personnes interrogées ne sont guère convaincues par la politique suivie par les pouvoirs publics et répondent à 71 % par non à la question de savoir si le gouvernement prend les bonnes mesures pour résoudre les problèmes de la dette publique. Les personnes qui estiment que ces mesures sont suffisantes ne représentent que 16 % de l’échantillon et 13 % n’ont pas de réponse.
• Les hommes semblent plus faire confiance aux mesures gouvernementales avec un avis affirmatif de 20 % contre seulement 11 % pour les femmes.
• Au niveau des âges, les plus jeunes sont les plus sceptiques, et 84 % des personnes âgées entre 18 et 24 ans ne sont pas du tout rassurées par les mesures gouvernementales, et cette proportion baisse à 55 % pour les personnes de 50 ans et plus.
• C’est à Beyrouth et dans la Békaa que l’on trouve le plus de satisfaits de la politique gouvernementale avec 22 % de réponses affirmatives contre 11 % au Mont-Liban et 14 % au Nord.
• Pour la population active, les dirigeants des entreprises sont relativement moins confiants que les travailleurs indépendants. Ces derniers sont satisfaits à 19 % des mesures publiques contre 13 % pour les premiers. Chez les étudiants, les réponses affirmatives ne totalisent que 8 %, et 87 % sont non satisfaits des mesures décidées par le gouvernement.
• Les chrétiens sont plus réservés que les musulmans et seulement 11 % d’entre eux sont satisfaits des mesures prises par l’État. Ce taux passe à 22 % pour les musulmans, mais ces derniers restent à 66 % sceptiques, alors que ce taux est de 75 % chez les chrétiens et les druzes.
Le manque de confiance généralisé résulte-t-il de l’insuffisance des mesures prises, d’une mauvaise communication, ou de l’ampleur du problème face auquel aucune mesure ne semble efficace ? Cette question devrait faire l’objet d’une nouvelle enquête.