Un article du Dossier

Marché de l'art : Beyrouth fait ses premiers pas

Entretien avec Isabelle de la Bruyère, directrice Moyen-Orient de Christie’s qui a été la première maison de vente aux enchères à s’installer à Dubaï.

De quand date l’intérêt de Christie’s pour le marché de l’art moyen-oriental ?
Lorsque nous avons commencé en 1998 à organiser des ventes orientalistes, nous nous sommes rendu compte de l’importance relative des clients originaires du Moyen-Orient. Les clients de la région sont actifs sur le marché de l’art depuis au moins les années 1970 et leur nombre est allé croissant depuis, mais sur le segment des orientalistes, ils ont été jusqu’à représenter 75 % des ventes. De plus, nous avons noté que les clients intéressés par les orientalistes ne l’étaient pas forcément par d’autres segments du marché. Christie’s a donc décidé de se rapprocher de cette clientèle en organisant à partir de 2003 des expositions de bijoux et de tableaux orientalistes. En 2005, la maison a ouvert un bureau à Dubaï et, en mai 2006, nous avons organisé la première vente aux enchères d’artistes du Moyen-Orient.

Comment a évolué le marché depuis ?
Au moment de notre installation à Dubaï, le business-plan prévoyait un chiffre d'affaires de 30 millions de dollars entre 2006 et 2009. En réalité, les ventes ont atteint 100 millions de dollars en moins de 24 mois d'exercice. En quatre ans, nous en sommes aujourd’hui à 175 millions de dollars.
Les estimations de notre première vente tournaient autour de quatre millions de dollars, mais la vente a totalisé 8,5 millions de dollars, soit le double. Lors de la dernière vente, ce ratio a encore augmenté : les adjudications ont totalisé plus de 15 millions de dollars pour une estimation de cinq millions.

Quel rôle joue Christie’s sur ce marché ?
Des galeries existent depuis des années au Moyen-Orient, mais c’est notre implantation à Dubaï qui a fait accéder les artistes de la région à une plate-forme internationale. Pour la première fois en 2006, les collectionneurs du monde entier les ont découvertes. Le marché est encore naissant, mais son potentiel très grand. Les collectionneurs internationaux, les musées commencent à s’y intéresser.

Quels sont vos prochains rendez-vous ?
Christie’s organise une vente d’artistes du Moyen-Orient à Dubaï le 26 octobre. Elle sera suivie le lendemain d’une vente de bijoux et de montres. Ensuite, nous organisons le 9 novembre une deuxième vente d’art moderne et contemporain du Moyen-Orient à Paris qui inclura des œuvres de collections importantes.

Ayyam organise une seconde vente aux enchères à Beyrouth
La galerie Ayyam organise le 1er juillet sa seconde vente aux enchères à Beyrouth où elle est installée depuis plus d’un an. « On ne peut pas encore savoir quel sera le centre du marché de l’art moyen-oriental dans les prochaines années, mais Beyrouth a de bonnes chances, le Liban a une histoire en matière de création artistique et de collectionneurs », affirme Khaled Samawi, patron de la galerie créée à Damas en 2006. La première vente libanaise d’Ayyam consacrée aux artistes du Moyen-Orient, en janvier, avait totalisé 425 000 dollars. Elle a été suivie par une vente de jeunes artistes de la région à Dubaï où Ayyam est également présente.
Khaled Samawi est convaincu du potentiel du marché de l’art régional. « Il est tout juste naissant, et nous n’avons encore que 10 % des infrastructures nécessaires. Par exemple, Beyrouth, Damas ou Le Caire n’ont qu’une trentaine de galeries professionnelles à elles trois pour des millions d’habitants, alors qu’à Genève il y en a 150 pour 600 000 personnes. »
L’ancien banquier devenu galeriste estime à 50 millions de dollars aujourd’hui l’ensemble des revenus générés par les artistes libanais et syriens (dont les œuvres ne sont pas uniquement vendues localement). Un montant appelé à exploser, selon lui, dans les prochaines années.


 

dans ce Dossier