La demande de plages est croissante, mais l’offre n’est pas toujours adaptée. Après 10 ans de développement, le secteur est à un tournant.

Aussi extravagante qu’elle puisse paraître,
l’effervescence sur le secteur des plages
est justifiée par une demande
croissante : les Libanais partent rarement en
vacances à l’étranger alors qu’ils accueillent
un nombre grandissant de touristes.
Une quinzaine de plages se partagent
désormais plus de 300 000 clients, l’activité
étant répartie sur une vingtaine de
semaines estivales. Mais l’investissement
cumulé du secteur ne dépasse pas les 50
millions de dollars, un chiffre qui reste en somme limité à l’échelle d’un pays, un seul
projet d’hôtel pouvant dépasser ce montant.
Car si les opportunités sont nombreuses,
l’essor de l’offre est entravé non seulement
par l’instabilité de la situation politique,
mais surtout par le sous-développement
des infrastructures. À l’exception de l’autoroute
de Saïda, le réseau routier est un
frein. Le trajet Beyrouth-Jbeil décourage
plus d’un baigneur potentiel en week-end.
Mais la qualité de l’eau reste le véritable problème. Les stations d’épuration des
eaux usées se font attendre. Le déversement
des égouts est un handicap majeur, de
même que la proximité de certains centres
industriels comme à Jiyé, Zouk et Chekka.
La liste des défis à relever est longue. C’est
pourquoi les investisseurs misent de plus
en plus sur le design de leurs plages, suivant
la même tendance que le Liban
connaît dans la restauration, les acteurs
étant souvent les mêmes.
La surenchère en la matière sert à masquer
l’environnement dans lequel se développent
les plages : centrales électriques, immeubles
résidentiels, routes trop proches… voire
absence totale de sable. Si elle fonctionne
pour l’instant, cette propension à l’autarcie
comporte des risques : les plages ont tendance
à se copier les unes les autres tant
au niveau de l’architecture (confiées aux
mêmes personnes) qu’à celui des services
(le jacuzzi se démocratise). Au final, la
clientèle a souvent du mal à distinguer les
projets. Plus dangereux : à force de bétonner
pour créer des oasis, le concept de
plage de sable se dilue. Chaises longues et
parasols deviennent quasiment accessoires
!
Dix ans après le lancement de cette nouvelle
phase de développement des plages liba-
Des piscines en bord de mer polluée
Si de nombreux promoteurs construisent
des piscines en bord de mer – un phénomène
que les touristes trouvent
aberrant –, c’est que les baignades en
eau de mer sont peu recommandées.
« Environnement en ligne », qui relève
du magazine Environnement et développement,
a fait analyser par le laboratoire de
l’Hôpital américain de Beyrouth (AUH)
des échantillons d’eau des plages privées
et populaires du littoral. Les résultats
confirment des niveaux de pollution
bactérienne très élevés. Sur certains
points du littoral s’y ajoute une pollution
chimique.
La direction générale des Transports
terrestre et maritime a été contrainte
d’annuler l’ouverture de la plage
populaire de Baïssariyat à Nabatiyé, à
la suite de la publication de ces résultats
: la pollution y était neuf fois supérieure
à la normale. Même les plages
aménagées souffrent du phénomène.
À Ramlet el-Baïda, par exemple, la pollution
bactérienne a régressé après le
déplacement de la bouche d’égouts.
Mais elle a augmenté dans les zones
avoisinantes !
Abdel Hafez el-Kaïssi, directeur général
des Transports terrestre et maritime,
avoue que le ministère n’a ni les capacités
techniques ni les moyens financiers
d’analyser l’eau de mer. On peut s’inquiéter
dans ces conditions de ses capacités
à l’assainir.
Rosemonde Hatem
Halba
Bien
Acceptable
Très mauvais
Source : © Environnement
et développement
Tripoli
Chékka
Selaata
Batroun
Jbeil
Tabarja
Jounié
Nahr el-Kalb
Antélias
AUB
Manara
Ramlet el-Baïda
Damour
Jiyé
Rmeilé
Saïda
Al-Baïsarié
Tyr
Naqoura
naises, le secteur est donc à une étape charnière
: même si beaucoup de projets revendiquent
l’appellation de “resort”, ils restent à michemin
entre les plages basiques et les complexes
d’envergure internationale. Un tel projet,
s’il voit le jour, voudra probablement s’éloigner
de la capitale et préférera par exemple le littoral
de Tyr à la zone située entre Jbeil et Rmeilé.