Entretien avec Clotaire K, rappeur francolibanais, auteur, compositeur et interprète de l’album Lebanese, sorti dans les bacs français en 2002.
Comment sélectionnez-vous les pays où vous vous produisez ?
Je réponds juste aux diverses requêtes que je reçois, d’où qu’elles viennent. J’envoie nos conditions techniques et financières. Si elles sont validées – c’est le cas dans 95 %
des cas –, nous y allons.
Vous avez chanté dans de nombreux pays, dont le Liban. Est-il important pour un artiste de se produire à l’étranger ? Pourquoi ?
Oui, bien sûr. Cela permet non seulement de prendre régulièrement la température de la planète, mais aussi de confronter sa production artistique à des publics d’horizons et
de goûts divers. Le groupe améliore ainsi son show scénique de manière à devenir « tout-terrain ». Je suppose qu’il y a aussi des retombées en matière de notoriété et de
ventes d’albums, mais je ne m’en préoccupe pas tellement.
Est-ce que vous gagnez davantage quand vous vous produisez à l’étranger ?
Non, le cachet reste à peu près le même en France ou ailleurs. La différence concerne l’organisateur à l’étranger, car il doit prendre en charge des frais de transport plus importants.
Quelles sont, selon vous, les particularités du public libanais ?
Je tiens à préciser que je n’ai joué à Beyrouth qu’une seule fois, mais j’ai une petite idée sur la question en tant que Libanais. Tout d’abord, l’accès aux concerts est réservé à un public relativement aisé. Ce qui exclut d’entrée de jeu toute une frange de la population. Ceux qui ont les moyens de se payer des concerts privilégient les artistes à la mode. Il suffit alors de rumeurs. Ce qui donne souvent des situations cocasses. Par exemple, un chanteur va être adulé au Liban, alors qu’il est devenu démodé, voire ringard en Occident.
Pensez-vous qu’il existe un véritable marché en termes de ventes d’albums pour les artistes étrangers au Liban ?
Existe-t-il vraiment un marché du disque dans ce pays, sachant que ce qui le détruit en Occident (téléchargement sur Internet et piratage de CD) est exacerbé au Liban ? On l’oublie
trop souvent, mais le pouvoir d’achat de la population ne lui permet pas d’accéder aux disques vendus dans le commerce classique. Au final, les consommateurs de disques « légaux » se limitent à une certaine tranche aisée de la population, friande de nouveautés annoncées (à tort ou à raison) comme faisant un tabac en Occident. Cela dit, grâce à la curiosité de l’oreille libanaise, il y a un marché potentiel pour tous types d’artistes occidentaux.
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