L’un des secteurs industriels les
plus importants du pays a été
contraint de s’arrêter. Les fours
des cimenteries ont cessé de produire.
« Nous avons réussi à effectuer des livraisons
deux ou trois fois, mais c’est tout », explique
Pierre Doumit, le PDG de la Cimenterie
Nationale. L’entreprise était en effet confrontée
à la pénurie de matières premières et de
fioul mais aussi à un gel quasi total de la
demande. Les voies de l’exportation lui étaient
fermées, le transport routier étant trop dangereux,
alors qu’elles assuraient 50 % de son
chiffre d’affaires. Au Liban même, tous les
chantiers étaient suspendus et les rares petits
travaux qui persistaient ne justifiaient pas de
prendre des risques pour livrer la marchandise.
Résultat, les machines ont continué à fonctionner
le temps de remplir les capacités de
stockage. « Nos entrepôts sont surdimensionnés
par rapport à notre production, ils
permettent de stocker l’équivalent d’un mois
de ventes », dit Jamil Bouharoun, directeur
du développement d’Holcim. Mais, précise-til,
toute journée perdue est irrécupérable,
« nous vendions toute notre production ; à
l’avenir, même si la demande reprend, elle
ne compensera pas les pertes ».
Holcim et la Cimenterie Nationale doivent à
elles deux faire une croix sur des ventes de 20
millions de dollars, soit l’équivalent d’un mois de
chiffre d’affaires. Un manque à gagner d’autant
plus difficile à absorber que les frais fixes sont
lourds dans un secteur fortement capitalistique,
aux effectifs importants. « Nous n’avons pas pris
de mesure salariale, nous avons uniquement
encouragé nos employés à prendre leurs congés
payés », dit le directeur d’Holcim, dont les effectifs
tournent autour de 250 personnes. La stratégie
est la même à la Cimenterie Nationale. « Il
n’est pas question de licenciement pour l’instant,
dit Pierre Doumit. En revanche, la situation
a eu un impact indirect pour l’emploi chez nos
sous-traitants. » Il cite l’exemple de l’entreprise
chargée d’installer un gigantesque générateur
d’électricité pour la cimenterie. Les pièces du
moteur sont bloquées au port d’Alexandrie, tout
le travail est suspendu.