Le ministre Jihad Azour a présenté aux bailleurs de fonds potentiels des projections détaillées de l’impact de la guerre sur les finances publiques.

Le ministère des Finances estime que
l’offensive israélienne coûtera 1,6 milliard
de dollars (2 419 milliards de livres)
au Trésor pour l’exercice fiscal 2006. Le déficit
budgétaire total devrait être de 5 808 milliards
de livres (3,85 milliards de dollars), soit environ
le double de celui de 2005.
Ce chiffre est le résultat de la combinaison
d’un manque à gagner en termes de recettes
et d’une augmentation des dépenses.
Les recettes ont chuté de 473 milliards de livres
en juillet et août et la baisse devrait être de
1 386 milliards sur l’année, soit 920 millions de
dollars, en recul de 9 % par rapport à 2005 qui
était déjà une année difficile. Les recettes fiscales
notamment devraient être inférieures de
6 % à celles de l’année dernière, sous l’impact
d’un recul de 35 % des taxes douanières. Même
si elles ont augmenté de 33 % au premier
semestre, les importations devraient en effet terminer
l’année 2006 par un recul de 15 % en
rythme annuel. Tandis que les excises sur les
dérivés pétroliers devraient être inférieures de
75 % par rapport à celles de 2005. La contribution
des taxes sur le commerce international aux
recettes totales devrait en conséquence passer
de 25 % – sa moyenne historique – à 12 % à
peine. Les revenus de la TVA devraient aussi
être inférieurs de 24 % au second semestre par
rapport au premier, ce qui devrait se solder par
un recul annuel de 8 % fin 2006 par rapport à
2005. Quant aux recettes non fiscales, elles
seront en baisse de 20 % par rapport à 2005,
en raison, d’une part, de la diminution des transferts
du ministère des Télécoms et du port de
Beyrouth, tous deux affectés par la guerre, et,
d’autre part, du règlement des dommages et
intérêts dus aux deux anciens opérateurs de
téléphonie mobile dans le cadre des compromis
conclus avec Cellis et LibanCell.
Parallèlement, les dépenses primaires (hors service
de la dette) devraient être en hausse de
1 218 milliards de livres (800 millions de dollars)
par rapport à 2005, les dépenses additionnelles
dues à la guerre étant estimées à 1 033 milliards
de livres. Il s’agit pour le gouvernement
d’indemniser d’une part les victimes des destructions,
à hauteur de 70 milliards de livres ;
d’initier les efforts de reconstruction pour un
coût estimé à 500 milliards de livres ; et de couvrir
les dépenses liées à l’application de mesures
sécuritaires prévues par la résolution 1701 de
l’ONU (105 milliards de livres supplémentaires).
Électricité du Liban devrait en outre coûter beaucoup
plus cher que prévu à l’État, en raison
notamment de son incapacité à assumer une
partie de ses engagements en raison des dommages
qu’elle a subis pendant la guerre pour un
montant total estimé à 114 millions de dollars.
C’est ainsi qu’en juillet, le Trésor a versé 131
millions de dollars sur les 133 millions dus par
EDL à la Sonatrach algérienne et à la Kuwait
Petroleum Corporation pour l’achat de combustible.
Au total, le Trésor prévoit de verser à ces
deux fournisseurs 744 milliards de livres (494
millions de dollars) en lieu et place d’EDL. Il
devra aussi s’acquitter des arriérés dus aux
importateurs de fioul, à hauteur de 210 milliards
de livres, et rembourser des prêts arrivés à
Impact de la guerre sur les finances publiques (en milliards de livres)
2005 2006 2006 Var. 2006 Var. 2006/2005
avant-guerre après-guerre (en %) (en %)
Recettes publiques 7 405 8 100 6 714 -17,11 -9,28
Dépenses publiques 10 203 11 489 12 522 +8,97 +22,71
Déficit budgétaire 2 798 3 389 5 808 +71,37 +107,57
Solde primaire 736 1 246 -1 173 -194,14 -259,37
Estimation des dépenses publiques avant et après la guerre (en milliards de livres)
2005 2006 2006 Var. 2006 Var. 2006/2005
avant-guerre après-guerre (en %) (en %)
Dépenses courantes, dont : 7 925 8 961 9 010 +0,55 +13,69
Charges salariales 3 193 3 286 3 322 +1,09 +4,04
Service de la dette 3 534 4 636 4 636 -0,02 +31,18
Biens de consommation 213 165 173 +5,01 -18,77
Services extérieurs 82 90 90 -1,01 +9,75
Autres transferts 569 447 468 +4,76 -17,75
dont CNSS 290 150 150 0,00 -48,27
Autres dépenses courantes 258 261 252 -3,53 -2,32
dont hôpitaux 192 213 230 +8,13 +19,79
Investissements* 534 564 1 122 +98,84 +110,11
Autres dépenses du Trésor, dont : 1 477 1 701 2 359 +38,70 +59,71
Électricité du Liban 833 1 136 1 433 +26,14 +72,02
Municipalités 384 314 354 12,73 -7,81
Haut Comité de secours 50 - -
Dépenses totales 10 203 11 490 12 521 +8,97 +22,71
(*) Ces chiffres ne prennent pas en compte les investissements qui seront réalisés par le CDR pour la reconstruction
des logements et des infrastructures endommagées pendant la guerre.
Estimation des revenus publics avant et après la guerre (en milliards de livres)
2005 2006 2006 Var. 2006 Var. 2006/2005
avant-guerre après-guerre (en %) (en %)
Recettes fiscales 4 864 5 579 4 596 -17,62 -5,50
Impôts sur le revenu et les revenus
d’intérêt* 1 047 1 161 1 120 -3,53 +6,97
Impôts sur la propriété 414 729 637 -12,62 +53,86
Taxes locales sur les biens et services 1 896 2 183 1 761 -19,33 -7,12
dont TVA 1 693 1 939 1 565 -19,29 -7,56
Taxes sur le commerce international 1 268 1 179 828 -29,77 -34,70
dont excises 787 673 448 -33,43 -43,07
dont douanes 481 506 380 -24,90 -20,99
Autres recettes fiscales (timbres) 241 327 250 -23,55 +3,73
Recettes non fiscales 2 116 2 089 1 695 -18,86 -19,89
Revenus d’actifs 1 662 1 490 1 238 -16,91 -25,51
Charges administratives 365 494 367 -25,71 +0,54
Revenus du Trésor 421 432 423 -2,08 +0,47
Recettes totales 7 401 8 100 6 714 -17,11 -9,28
(*) Ce chiffre montre que la récupération de ces taxes a été relativement peu affectée par l’agression du Liban par
Israël, 70 % des montants attendus ayant été collectés au cours de la première moitié de l’année.
maturité pour 116 milliards de livres.
En conséquence, l’année 2006 devrait se
solder pour la première fois depuis six ans
par un déficit primaire (hors service de la
dette) de 1 173 milliards de livres (778 millions
de dollars), alors que le résultat projeté
pour 2006 était un excédent record de 1 246
milliards de livres (827 millions de dollars).
L’excédent primaire avait quadruplé en rythme
annuel au premier semestre à 994 milliards
de livres (659 millions de dollars),
témoignant, selon le ministère, de l’amélioration
de la situation des finances publiques.
Une appréciation qui est à relativiser de deux
manières. D’une part, le service de la dette a
de nouveau augmenté (+38,6 % au premier
semestre), les effets de la conférence de
Paris II s’étant définitivement épuisés en
2006. D’autre part, le fait de ne pas avoir
voté la loi de finances pour 2006 oblige de
facto le gouvernement à limiter ses
dépenses dans la limite du douzième de
celles de l’année dernière, alors que la
reprise de l’activité s’est traduite positivement
en termes de recettes (elles ont augmenté
de 15 % sur la période). Ainsi, la
baisse de 7 % des dépenses hors service
de la dette au premier semestre n’est pas
le résultat d’une réduction des dépenses
courantes et des dépenses d’investissement
qui ont respectivement augmenté de
11,3 % et de 25 %, mais de la diminution
de 6,7 % des décaissements du Trésor.
Celle-ci est surtout liée à la baisse de 65 %
des transferts à EDL (151 milliards de livres
au lieu de 434 milliards fin juin 2005). Les
projections réalisées avant-guerre par le
ministère des Finances pour 2006 prévoyaient
déjà un dérapage du déficit budgétaire
total qui devait s’établir à -10 % du
PIB au lieu de -9 % en 2005, à 3 389 milliards
de livres au lieu de 2 978 milliards,
soit une hausse de 13,8 %.