Le secteur bancaire a été affecté par la
guerre à travers les prêts accordés aux
particuliers et aux entreprises dans les
régions touchées par les bombardements
(Sud, Békaa et banlieue sud de Beyrouth).
Selon le quotidien al-Akhbar, le montant total
des dettes contractées dans ces zones
atteindrait un milliard de dollars (soit 6,5 %
de l’ensemble des crédits au secteur privé),
dont 436 millions de dollars de créances
douteuses résultant des destructions de
patrimoine (domicile, véhicule, outil de production,
etc.). Un chiffre jugé plausible de
sources bancaires, mais qui n’a pas été
confirmé officiellement, le recensement réalisé
sur la question ne s’achevant que fin septembre.
« Il est prématuré de donner des
chiffres, car l’exercice n’est pas terminé et les
enjeux sont très importants », assure Nadim
Moujaess, directeur général adjoint de la SGBL.
Cette banque est particulièrement concernée
par le Sud, car elle a remporté en 2003 l’appel
d’offres émis par le CDR et l’Union européenne
pour le placement d’environ trois millions d’euros
en micro-crédits à Nabatiyé, dans le Sud et
dans le Nord (une seconde tranche de cette
opération visant la création d’emplois a été
débloquée en 2005 pour l’ensemble du pays).
« Les dégâts doivent être évalués de deux
manières : par secteur et par région, poursuit
Nadim Moujaess. Par exemple, le tourisme a
été très affecté, mais il y avait peu d’hôtels dans
le Sud. En revanche, on y trouvait beaucoup de
petits commerces et d’ateliers. La banlieue sud
était aussi devenue l’un des principaux dépôts
du Liban. »
Toutefois, de manière générale, le Sud, la
Békaa et la banlieue sud de Beyrouth ne représentent
pas une grande part du portefeuille des
banques : 11,2 % du total des crédits de la
Banque Byblos « dont une grande majorité
financée en collaboration avec Kafalat », précise
Joumana Chelala, directrice marketing ;
environ 20 % pour la Lebanese Canadian Bank
dont le directeur marketing, Élie Azar, affirme
avoir peu de clients commerciaux dans ces
régions. « Le problème se pose surtout pour les
crédits aux particuliers dont 15 % se concentrent
dans ces zones. Néanmoins, a priori, seulement
5 % seront irrécupérables », dit-il. Les
banques gèrent au cas par cas ces dossiers difficiles.
« La SGBL fait une offre de refinancement
très spéciale, qui n’est pratiquement pas
rentable pour nous », souligne Nadim Moujaess.
L’offre de la SGBL ne se limite pas aux victimes
de dégâts matériels, car les banquiers s’inquiètent
aussi et surtout des conséquences indirectes
– et difficilement mesurables – de la
guerre sur l’ensemble de leurs clients : licenciements,
salaires réduits, ralentissement de l’activité
qui vont aussi peser sur leur capacité de
remboursement. « Beaucoup de personnes
dans tout le pays auront du mal à payer les
traites, s’inquiète Joumana Chelala. Nous allons
donc rééchelonner les prêts et accorder jusqu’à
12 mois de période de grâce. »
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