Un sondage réalisé pour Le Commerce
du Levant et L’Orient-Le Jour dès la
cessation des hostilités confirme une
tendance inquiétante sur le marché du travail
: les perspectives d’emploi sont particulièrement
sombres, ce qui pousse beaucoup
de Libanais à vouloir émigrer.
Le phénomène n’est pas nouveau. À défaut
de statistiques nationales permettant de le
quantifier, les sociologues en ont largement
rendu compte. Il prend toutefois une tournure
inquiétante, puisqu’il ne concerne plus
seulement les jeunes entrants sur le marché
du travail ou les jeunes étudiants qui émigrent
traditionnellement faute de place pour
eux dans une économie libanaise peu créatrice
d’emplois. De plus en plus d’actifs déjà
installés au Liban parfois après y être “rentrés”
envisagent en effet de partir, pour des
raisons professionnelles. En plein boom, les
pays du Golfe exercent notamment une
attraction très forte.
Le sondage mené par Ipsos Stat révèle ainsi
que 48 % des Libanais n’envisagent pas leur
avenir professionnel dans leur pays.
Curieusement, les femmes paraissent plus
enclines au départ que les hommes, puisqu’elles
sont 52 % à répondre par la négative,
contre 43 % pour les hommes. Il est possible
que ce niveau élevé de réponses soit lié
à un biais : la question prête en effet à confusion
pour celles, parmi les femmes, qui sont
inactives de toute façon.
Deux catégories d’âges sont les plus décidées
à rester au Liban : les 50-54 ans et les
plus de 65 ans qui, à 74 %, disent envisager
leur avenir professionnel au Liban. Pour le
premier groupe, il s’agit probablement de
gens qui ont déjà surmonté les difficultés de
la première guerre et ne sont pas prêts à tenter
aujourd’hui leur chance ailleurs. Pour le
deuxième groupe qui compte beaucoup de
retraités, l’explication du niveau élevé de
réponses négatives est probablement la
même que pour les femmes.
En revanche, si les plus jeunes conservent
un certain optimisme – 54 % des 15-19
ans espèrent trouver un emploi au Liban –,
la catégorie d’âge juste au-dessus semble
avoir déjà perdu ses illusions : 57 % des
20-24 ans envisagent leur avenir professionnel
à l’étranger. Ceux qui ont déjà une
expérience de la vie active sont encore plus
négatifs, puisque 61 % des 40-44 ans pensent
émigrer.
La répartition géographique du phénomène
est relativement homogène, même si la
palme de la volonté d’émigrer revient à
Beyrouth (56 % n’envisagent pas leur avenir
au Liban), tandis que dans le Nord les
réponses négatives tombent à 40 %, un
chiffre de toute façon élevé.
En termes de répartition confessionnelle, ce
sont les chrétiens qui sont les plus enclins au
départ : 54 % d’entre eux ne pensent pas
travailler au Liban. Viennent ensuite les sunnites
avec 51 % de réponses négatives.
Chiites et druzes sont un peu moins pessimistes,
puisqu’ils sont respectivement 40 et
38 % à vouloir partir.
Ces résultats sont à relativiser de deux
manières. D’abord, l’enquête qui a été
conduite sous forme d’entretiens téléphoniques
avec 600 hommes et femmes âgés de
plus de 15 ans dans tout le Liban a été réalisée
entre le 14 et le 17 août, juste après la
guerre qui a porté un coup au moral de tout
le monde. Ensuite, envisager son avenir à
l’étranger ne signifie pas forcément passage
à l’acte d’émigration.
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Les articles de notre site ne sont pas disponibles en navigation privée.
Pour lire cet article, veuillez ouvrir une fenêtre de navigation standard ou abonnez-vous à partir de 1 $.
Pour lire cet article, veuillez ouvrir une fenêtre de navigation standard ou abonnez-vous à partir de 1 $.


