Admic se restructure pour tenirBlocus, chute de la consommation… La grande distribution est l’une des plus grandes victimes de la crise. Le groupe Admic (Monoprix/BHV/Géant) annonce d’ores et déjà un plan de restructuration.
L es difficultés du groupe Admic, l’un des
plus grands du pays, alimentent toutes
les rumeurs au point que certains fournisseurs
s’inquiètent de savoir si le propriétaire
des enseignes Monoprix/BHV/Géant Casino
survivra à la guerre. Le licenciement de
quelques centaines d’employés a amplifié les
craintes. Interrogé par Le Commerce du Levant,
le président du groupe, Michel Abchée, affirme
pourtant qu’il maîtrise la situation. Le plan de
restructuration décidé au plus fort du conflit
témoigne selon lui de la capacité d’adaptation
de son entreprise. « Quand General Motors
annonce des licenciements en réaction à une
baisse de son chiffre d’affaires, on salue la
qualité de son management. Ici, une restructuration
dictée par une crise exceptionnelle
est interprétée comme le prélude d’une faillite
», s’insurge-t-il.
À l’instar du grand constructeur américain,
Michel Abchée revendique le sens de la réactivité,
une faculté cruciale selon lui. En revanche,
contrairement à l’obligation de transparence de
General Motors, s’il donne volontiers les
grandes lignes de son plan de restructuration,
le patron d’Admic ne révèle aucun détail chiffré
sur son bilan, alourdi par un endettement
élevé. Il se contente d’afficher une baisse de
son chiffre d’affaires de 16 millions de dollars
sur les deux mois d’été, la baisse en rythme
annuel étant de 20 % en juillet et de 50 % en
août. Cette période est d’ordinaire la plus active
de l’année, juste après celle de Noël.
Le choc est d’autant plus rude que le groupe
de distribution se préparait à un été actif, sur
la base de prévisions optimistes pour la saison
touristique, fondées sur des cahiers de
réservation remplis dans les hôtels et les
compagnies aériennes. « Les mois de mai et
Michel Abchée : « Nous avons revu les échéanciers avec chacune des banques, mais l’État aurait dû intervenir comme il l’avait fait
en 1981 pour replanifier les dettes. »
de juin ont confirmé la tendance et les 12
premiers jours de juillet ont tenu leurs promesses,
affirme Abchée. Notre premier trimestre
était aussi prometteur (l’exercice
comptable commence en avril, le groupe ne
pouvant clôturer ses comptes en décembre,
son mois le plus actif) avec des ventes en
hausse de 50 % pour Géant (l’hypermarché
du CityMall) et de 10 à 20 % pour les
enseignes BHV et Monoprix. »
À la lumière de ces résultats et de ces prévisions,
Admic avait établi des objectifs « agressifs
» pour 2006-2007 qui se sont répercutés
sur toutes les lignes budgétaires (formation de
personnel, équipes opérationnelles, budgets
marketing, etc.), les stocks ainsi que le plan de
trésorerie.
Lorsque la guerre a éclaté, le groupe s’est
retrouvé avec des stocks très importants sur
les bras, des arrivages importants ayant précédé
l’été, notamment dans l’habillement.
« Les ventes de biens non alimentaires ont été
quasiment nulles. Une grande partie de la
clientèle libanaise est partie, tandis que les
touristes ne sont pas venus. Les consommateurs
restés sur place se sont certes rués sur les
denrées alimentaires et les produits de première
nécessité, mais les marges sont faibles sur cette catégorie de marchandises, les bénéfices
provenant surtout des biens durables ou des
produits de consommation de choix. »
Les soldes organisés dès la fin des hostilités
ont relancé quelque peu les ventes, mais ils
auraient de toute façon eu lieu en septembre,
explique Michel Abchée, selon qui les
semaines perdues ne seront pas récupérables.
« Le chiffre d’affaires de cette année
sera inférieur à celui de l’année dernière, qui
était déjà faible. »
Le diagnostic a imposé « dès la deuxième
semaine » l’adoption d’un plan de restructuration
à deux volets prévoyant des mesures
immédiates et d’autres à moyen terme, affirme
le PDG d’Admic.
Le groupe a d’abord procédé à une importante
réduction d’effectifs puisqu’elle a
concerné environ 400 personnes sur un total
de 1 500 employés, toutes catégories
confondues (voir encadré).
Il a ensuite cherché à répartir les pertes liées au
surstockage en demandant aux fournisseurs de
reprendre leurs marchandises quitte à ce qu’il
en recommande ensuite une partie, ce qui a
aussi pour effet d’allonger les échéances de
paiement. « Il aurait été impensable de nous
demander d’assumer les stocks de tout le marché,
la répartition du risque est le fondement
d’une relation à long terme », se justifie Michel
Abchée face aux fournisseurs mécontents.
« Nous avons gardé des niveaux de stocks compatibles
avec le niveau actuel des ventes et
nous nous adapterons au fur et à mesure de la
reprise. Les achats dépendront de chaque
situation : pas question par exemple de commander
des yaourts aux fruits en quantité pour
les magasins d’Achrafié ou de Baabda, alors
que la clientèle n’est pas encore revenue. » Le
BHV aussi devrait revoir sa stratégie de référencement
: « Nous continuerons de fournir les
produits les plus demandés, mais le superflu
attendra, ce qui pourrait faire des mécontents. »
De cette façon, Admic espère rééquilibrer
son compte d’exploitation dans les six à neuf
prochains mois.
Le groupe travaille parallèlement à rééchelonner
ses dettes, envers les fournisseurs d’une part
(un processus qui pourrait durer trois mois, étant
donné leur nombre) et les banques de l’autre.
« Nous avons revu les échéanciers avec chacune
des banques, mais l’État aurait dû intervenir
comme il l’avait fait en 1981 pour replanifier les
dettes », dit Michel Abchée, qui dément que la
Banque Audi, l’un de ses principaux créanciers,
ait saisi les caisses du groupe. « Elle a, au
contraire, été très réceptive : un créancier intelligent
sait gérer une crise. »
Le PDG d’Admic continue de croire à ses projets
qui ont bouleversé le paysage de la distribution
libanaise, comme le CityMall, le centre commercial
de Nahr el-Mott, qui a coûté 80 millions de
dollars. « C’était déjà un projet à long terme, la
date du retour sur investissement est reportée !
dit Michel Abchée, selon qui la dernière phase
d’expansion est en cours d’achèvement. Le BHV
(du CityMall) n’ouvrira pas en octobre comme
prévu, mais le chantier a redémarré. »
Réduction d’effectifs
Le Liban n’est pas habitué aux licenciements
massifs, car la taille de ses
entreprises est relativement petite.
L’annonce de la suppression de centaines
d’emplois au sein d’Admic a
constitué un choc. Le PDG du groupe
Michel Abchée explique sa
démarche.
Le plan de licenciements a été
conçu en deux étapes, dit-il. Dans
un premier temps, tous les salariés
qui étaient en période d’essai et
tous les saisonniers ont été remerciés,
ce qui représente environ 180
personnes. « Nous avons aussi
pénalisé l’absentéisme en renvoyant
tous les employés qui ne se sont pas
présentés à leur poste pendant sept
jours d’affilée sans raison valable,
un motif de licenciement prévu par
l’article 74 du code de travail. » Au
total, près de 200 personnes sont
concernées.
Michel Abchée précise que des
absences ponctuelles d’un ou de
deux jours ont été déduites des
congés payés. « Nous avons examiné
les absences de plus d’une semaine
au cas par cas et conservé bien
entendu ceux qui avaient des raisons
valables liées à la guerre, sachant
que nous avions réservé la possibilité
aux employés de se rendre dans
n’importe lequel de nos sept sites et
que nous avions organisé des circuits
de transport jusque dans la
banlieue sud. »
Le deuxième volet du plan prévoit
des licenciements économiques si la
situation se dégrade davantage.


