Cet été, les organisateurs de mariages
s’attendaient à une saison prometteuse
qui aurait pu élever leur chiffre d’affaires
de 25 à 30 % par rapport à 2005, une année
affectée par l’assassinat de Rafic Hariri. La
guerre a anéanti leurs espoirs et les quelques
reports décidés par certains couples sont bien
loin de compenser les pertes.
Les plus affectées sont les sociétés spécialisées
dans les mariages à gros budgets (qui peuvent
atteindre trois millions de dollars !) pour lesquels
elles planifient tout, des fleurs au buffet, en passant
par la location de la salle, les cartons d’invitation,
etc. Elles ont perdu presque tous leurs
clients et se considèrent comme l’un des secteurs
les plus lésés. Très rares sont les reports
décidés pour après le mois de ramadan. La
clientèle de ces sociétés provient essentiellement
du Golfe et elle s’est trouvée dans l’impossibilité
de se rendre au Liban. « Les couples sont
finalement allés se marier à Dubaï ou au Qatar »,
affirme Gino Chkaibane, propriétaire de Wedding
R US. Il prévoyait de couvrir largement les
400 000 dollars de charges qu’il a assumées en
huit mois grâce aux commissions de 12 % qu’il
prend pour chaque mariage organisé. Il doit finalement
faire une croix sur les 500 000 dollars de
bénéfices attendus.
La situation des organisateurs de mariages à
budget moyen, variant entre 20 000 et 100 000
dollars, est légèrement meilleure. La moitié des
mariages prévus a été annulée. En revanche,
l’autre moitié a été reportée à septembre ou à la
fin de l’année. Certains couples se sont contentés
de célébrations plus restreintes, surtout ceux
qui attendaient des parents de l’étranger.
Les sociétés de ce créneau sont malgré tout
affectées. « Je m’attendais à un chiffre d’affaires
de 150 000 dollars, mais je ne ferai finalement
que 50 000 dollars », explique Fadi
Fattouh, de AV Concept.
C
Dans tous les cas, s’est posée la question du
remboursement des acomptes versés à la
signature du contrat (sans doute pour parer aux
défections sentimentales des promis), sachant
qu’un deuxième versement est généralement
prévu quelques jours avant la cérémonie. La plupart
des sociétés disent avoir remboursé les
acomptes pour sauvegarder leur réputation bien
qu’une clause expresse prévoie que ces
sommes ne sont restituées en aucun cas, pas
même en cas de guerre. Elles ont récupéré les
sommes concernées auprès des prestataires de
services, comme le photographe, le traiteur ou le
fleuriste. Lorsque les préparatifs étaient très
avancés, « nous nous sommes entendus à
l’amiable avec nos clients, pour partager les frais
de dédommagement des sous-traitants qui
avaient presque finalisé leurs commandes (chocolat,
buffet, etc.) », précise Gino Chkaibane.
Dans certains cas, les fournisseurs qui
n’étaient pas en mesure de restituer l’avance se
sont engagés à offrir d’autres services plus tard,
cette année ou l’année prochaine, explique
Samar Mzahem, propriétaire de Moments
Forever. En définitive, la perte des “wedding
planners” qui agissent en tant qu’intermédiaires
entre les clients et différents prestataires est
moins lourde que celle des sous-traitants,
comme les fleuristes par exemple, qui avaient
déjà importé la marchandise, souligne Hassan
Moghrabi, patron de Special Moments.
Mais certains organisateurs de mariages cumulent
les deux fonctions. Ils sont les plus lésés.
C’est notamment le cas de To Perfection, une
société qui fabrique elle-même de façon artisanale
tous les articles nécessaires à la réception
qui sont individualisés en fonction de chaque
client et les exporte lorsque les mariages sont
célébrés à l’étranger. To Perfection se retrouve
avec des stocks d’articles très spécifiques dont
à peine 20 % sont réutilisables. Le reste, soit
80 % des articles, et la main-d’oeuvre représentent
un coût total de 250 000 dollars, affirme la
patronne Ghada Gaith, qui aura du mal à boucler
son budget, alors qu’elle prévoyait des bénéfices
de 450 000 dollars, au lieu de 380 000 dollars
l’année dernière.
Nazih Wedding Center est dans la même situation.
« Nous avions contracté des emprunts
d’environ 250 000 dollars pour importer du
matériel d’éclairage et des feux d’artifice »,
explique le propriétaire Nazih Safadié.
Le 27 août, Abdallah et Mona se mariaient dans la banlieue sud
encore détruite par les bombardements israéliens.