Fort de 10 ans d’expérience dans l’assurance,
en France, en Pologne, en
Égypte, au Maroc ou au Canada, Christian
Besse parle des atouts du Liban, à condition
qu’il modernise son secteur de l’assurance-
vie. Il est directeur général de
Bancassurance, une joint-venture entre la
Fransabank (40 %), la Banque Libano-
Française (31 %) et Prédica (29 %), la
filiale assurance-vie du groupe Crédit
agricole.
Le Liban a-t-il, selon vous,
des atouts sur le marché régional
de l’assurance-vie ?
Le Liban compte plusieurs points forts et il
pourrait devenir une plate-forme régionale
intéressante pour des groupes internationaux,
notamment français. Il dispose des
ressources humaines, intelligentes,
flexibles – maîtrisant en plus le français –
qui sont indispensables dans un secteur
de services. Sans compter que des
acteurs sont implantés de longue date sur
ce marché, même s’il reste sous-développé.
L’idée serait de concentrer au Liban une
partie de l’activité d’une compagnie à
vocation régionale : notamment l’actuariat,
le marketing, la stratégie, les départements
techniques, etc. tandis que les
départements de ventes et ceux qui sont
nécessaires à la gestion des risques
clients relèveraient de chacun des marchés
couverts.
Que lui manque-t-il pour jouer
ce rôle ?
La situation sécuritaire est le frein principal.
La guerre a rompu la chaîne d’accumulation.
Une entreprise ne peut pas se le
permettre. Ensuite, si le Liban veut jouer
un rôle régional, il doit absolument se
mettre aux normes internationales, sinon
tout le monde ira en Jordanie ou à
Bahreïn.
Par certains aspects, l’économie libanaise
est très développée, car elle est très
ouverte sur le monde, mais par d’autres
elle est encore archaïque. Le système des
retraites en vigueur en est l’illustration.
Pourtant, l’État a d’autant plus intérêt à
mettre en place des incitations fiscales
amenant la population à épargner, à travers
des produits d’assurance-vie, qu’il
n’est pas lui-même en mesure de payer
les retraites.
Le marché doit en tout cas se restructurer.
Il est aberrant qu’un pays aussi petit
que le Liban compte 31 compagnies proposant
des produits d’assurance-vie. Les
blocages liés au caractère familial des entreprises
sont des freins majeurs. Or, il faut
absolument institutionnaliser le secteur, car
beaucoup d’argent est en jeu. Cela dit, je ne
crois pas à un bouleversement radical et
immédiat. L’idéal serait de prévoir des processus
d’adaptation progressifs, avec des
critères de convergence clairs.