Depuis la fin de la guerre, il règne une
atmosphère bien morose dans le secteur
de la restauration, au Liban en
général et à Beyrouth en particulier, qui
contraste avec l’euphorie des mois précédant
le conflit.
« La guerre de juillet m’a coûté 5 000 dollars
par jour pour rester ouvert », déclare Gilbert
Abela, propriétaire et gérant de cinq restaurants
à Achrafié. Comme lui, beaucoup de
restaurateurs se demandent comment ils
vont compenser leurs pertes, alors que les
premières semaines qui ont suivi l’arrêt des
hostilités n’ont pas vu se matérialiser la reprise
attendue.
« Bien au contraire, affirme Dory Kfoury, propriétaire
et gérant du Market, à Sodeco.
Aujourd’hui, on n’est plus sûr de rien, le but
est de survivre. » Les clients se font rares et
le mois de jeûne du ramadan qui est traditionnellement
synonyme de chute de fréquentation
des restaurants n’arrange pas les
choses. « Les gens en profitent pour dépenser
le moins possible, même moins que pendant
la guerre », poursuit Kfoury, selon qui la
situation du marché est très instable.
Résultat, les plans de développement ont
stoppé net. « Il n’y a plus de nouveaux projets
d’envergure », affirme le cuisiniste
Raymond Jureidini, directeur de Solarco,
qui est à ce titre l’un des meilleurs baromètres
en la matière.
Dans le secteur, on ne parle plus ni d’ouvertures
ni de développement, mais de
restructuration et de départs à l’étranger.
Un phénomène qui touche même le segment
des traiteurs. Nicolas Cattan propriétaire
de Cat & Mouth est plus souvent aux
Émirats arabes unis qu’au Liban, où il
essaie de s’implanter.
En tout cas, la guerre a poussé certains restaurateurs
à réviser leurs coûts aussi bien
avec leurs fournisseurs, qui avaient pourtant
livré la marchandise avant la guerre, qu’avec
leurs employés qui ont souvent été payés en
retard, ou encore avec les propriétaires des
locaux qui ont été obligés de revoir leur loyer
à la baisse.
D’autres restaurateurs n’ont eu d’autre choix
que la fermeture définitive. Le Gems
d’Achrafié, ouvert en 2005 par Henri
Gemayel, est dans ce cas. Il a fermé pendant
la guerre et n’a jamais rouvert depuis. De
même que le Kitchen, à Achrafié également,
qui a aussi décidé de fermer boutique. L’un
des propriétaires, Mazen Zein, affirme être en
négociation pour vendre ou louer le restaurant.
Il n’est pas très optimiste : « Nous avons
connu deux années de crises ininterrompues,
alternant gros et petits chocs. » C’est pour
cela qu’avec ses partenaires, il a choisi de ne
pas rouvrir le Skybar qui s’était déplacé au
Biel cette année et n’a pas eu le temps d’ouvrir
avant le début de la guerre. « Nous avons
renégocié avec le Biel et rangé nos affaires
pour cette année ; cela ne valait pas la peine
d’ouvrir un restaurant saisonnier pour un seul
mois d’opérations. »