Deux mois après avoir été bombardée par Israël, Dalal Steel Industries a presque achevé la reconstruction de son site et repris la production. Ce qui n’empêche pas son propriétaire d’envisager la délocalisation.
Àpeine avait-il constaté les dégâts sur le
site de son usine bombardée par l’aviation
israélienne le 21 juillet que Toufic
Dalal partait pour l’Italie et les États-Unis
acheter des équipements de rechange. Le
succès de Dalal Steel Industries, fabricant de
structures en acier et de maisons préfabriquées,
est à l’image du dynamisme de cet
entrepreneur. Pourtant, d’autres pays que le
sien pourraient en bénéficier, tant sa méfiance
et son amertume envers l’État libanais
sont grandes. Dalal envisage de se délocaliser
et de réduire ses effectifs au Liban à 10 %
de leur niveau actuel s’il ne reçoit aucun
dédommagement du gouvernement.
S’il a malgré tout tenu à rebâtir rapidement
son outil de production (deux mois après le
bombardement, la reconstruction est pratiquement
achevée et sa capacité de production
est de 25 unités par jour au lieu de 60
avant-guerre), c’est qu’il n’avait pas le choix.
« Nous devions honorer des contrats pour trois
millions de dollars, dit-il. Il faut aussi faire fructifier
et valoriser nos terrains qui coûtent trois
millions de dollars, notamment la parcelle de
60 000 m2 située dans la Békaa. » Bien qu’il ait
essuyé une perte sèche de 25 millions de dollars,
il n’hésite donc pas à investir le montant
nécessaire pour relancer la machine, soit 12
millions de dollars dans un premier temps avec
l’aide des banques qui l’ont financé à hauteur
de 5 millions de dollars.
Dalal est en effet sur un marché en plein
essor. Son chiffre d’affaires croît régulièrement
d’au moins 20 % par an depuis cinq
ans, tiré par des exportations qui représentent
désormais 70 % de ses ventes.
L’entreprise a été fondée en 1987 par Toufic
Dalal, alors ingénieur chez Procter & Gamble
pour le compte de qui il a été amené à s’intéresser
au marché des structures métalliques.
Il débute dans une boutique qu’il loue à
Choueifat et bâtit peu après sa première
usine, dans la même région, sur un terrain de
2 000 m2. Son créneau : les structures métalliques
pour les immeubles. Mais peu à peu, il
élargit sa gamme pour satisfaire d’autres
besoins des chantiers, comme les maisons
préfabriquées. Il fournit aussi des dépôts, des
grues coulissantes, etc. En 1992, il s’agrandit
et déménage l’essentiel de son outil de production
à Taanayel, dans la Békaa, tandis que le site
de Choueifat continue de se consacrer au montage
des structures métalliques. Celles-ci représentent
40 % de son activité, alors que les préfabriqués
comptent pour 60 % de ses ventes.
À Taanayel, il occupe d’abord 10 000 m2, puis 60 000 m2, dont 25 000 consacrés à la
production. Car la demande est en constante
augmentation, notamment en Irak, où il
fournit aux compagnies pétrolières des unités
préfabriquées et des structures métalliques.
À l’époque de Saddam Hussein, « les taux de
croissance atteignaient 100, voire 200 % par
an, c’est ce qui nous a permis de nous développer
». Les bénéfices sont réinvestis dans du
matériel qui rend Dalal compétitif et productif.
Lorsque, après l’invasion de l’Irak, l’armée
américaine réclame des préfabriqués, Dalal est
immédiatement en mesure de les lui livrer, une
force de vente décisive pour cette clientèle très
spéciale qui commande 8 000 unités préfabriquées.
L’usine libanaise accompagnera ensuite
les Américains en Afghanistan et au Koweït,
tout en explorant d’autres marchés, de l’Algérie
au Soudan, en passant par le Nigeria. Sa stratégie
commerciale est simple : il utilise largement
Internet comme outil publicitaire, en
appui des équipes de ventes présentes dans
chacun des marchés couverts.
Si ce bel édifice est aujourd’hui basé au Liban –
où des projets d’expansion étaient même à l’étude,
avec le lancement de lignes de production de
plastique (fibreglass) par exemple – et emploie
quelque 600 personnes, Toufic Dalal pense
sérieusement à se délocaliser.
Il estime avoir trop chèrement payé le prix de
problèmes qu’il accuse les responsables politiques
libanais de ne pas savoir régler. « Tout
juste sont-ils bons à me recommander d’embaucher
telle ou telle personne. »
« Si l’État ne peut pas me garantir qu’une telle
déflagration ne se reproduira pas, je m’installe
ailleurs. » La tentation est d’autant plus grande
que les perspectives lui semblent très intéressantes
sur le marché américain. Les Américains
sont très friands des maisons préfabriquées
qu’ils appellent “mobile homes”. Le secteur
industriel y est aussi un client potentiellement
intéressant. « De plus, étant donné la fréquence
des catastrophes climatiques aux États-Unis,
le marché promet d’être très florissant »,
explique Dalal, dont le fils est déjà sur place
pour explorer le marché. L’industriel envisage
aussi de s’installer dans le Golfe, pour se rapprocher
de sa clientèle arabe. Le cas échéant, il
envisage de nouer des partenariats pour financer
les investissements nécessaires. Une production automatisée
Une maison préfabriquée coûte entre
250 et 350 dollars le mètre carré, selon
les spécifications. L’un des avantages
comparatifs de Dalal Steel Industries est
sa capacité à en fabriquer la base métallique
en un temps record, grâce à des
équipements automatisés, uniques dans
la région, selon Dalal. Le reste des composants
est produit et assemblé par
l’usine. Les préfabriqués sont dotés
d’une salle de bains et d’une kitchenette,
également fabriquées par Dalal
Steel, qui fournit aussi l’ameublement.
Le site de production comporte en effet
des lignes de transformation d’aluminium,
de bois…


