Lors de la conférence de Paris II du 23
novembre 2002, la communauté internationale
a consacré à la réduction de la
dette publique libanaise 3,1 milliards de dollars
sous forme de prêts subventionnés dont
le Trésor n’a finalement reçu que les trois
quarts, soit 2,4 milliards de dollars*. Les crédits
qui ont été octroyés au Liban pour 15 ans
avec un intérêt de 5 % sont assortis d’une
période de grâce allant jusqu’à cinq ans.
Mais grâce à l’ingénierie réalisée par la
Banque centrale, l’opération a en fait représenté
un “package” financier beaucoup plus
important de 10,1 milliards de dollars qui a
permis de remodeler 32 % du stock de la
dette, de la rééchelonner de façon à en allonger
la maturité et d’en réduire le coût, au prix
toutefois d’une dollarisation massive (la dette
en devises représente désormais la moitié de
la dette totale).
L’ingénierie montée par le gouverneur de
la Banque centrale, Riad Salamé, comportait
deux volets.
Le premier concernait la Banque centrale
elle-même. Il a porté sur 4,1 millions de
dollars lors d’une opération conclue en
décembre 2002. Celle-ci s’est décomposée
en trois parties. La Banque centrale a d’abord annulé une
partie de la dette de l’État dont elle était la
créancière à travers les bons du Trésor
auxquels elle avait souscrit. L’opération a
porté sur l’équivalent de 1,8 milliard de
dollars. Mais son orthodoxie a été contestée
par plusieurs experts. Car, pour annuler
cette dette, la Banque centrale a puisé
dans le compte 115 censé comptabiliser
la plus-value latente des réserves en or
(ce compte correspond à la différence
entre la contre-valeur, à la parité légale
des avoirs en or et en devises de la
Banque centrale, et le prix effectif d’achat
ou de vente desdits avoirs). L’opération
correspondait à une vente comptable
d’une partie des réserves en or, alors que
celle-ci continue de figurer au bilan de
l’institution.
En deuxième lieu, la Banque centrale a
procédé à un swap : elle a échangé des
bons du Trésor et des eurobonds d’une
valeur globale de 1,9 milliard de dollars
contre des créances de plus longue durée
(15 ans) au rendement inférieur (4 %).
Enfin, la BDL a rééchelonné 400 millions
de dollars de bons du Trésor en souscrivant
en juillet 2003 à une nouvelle émission
de bons spéciaux à cinq ans portant
un taux d’intérêt de 4 %.
La conférence de Paris II a été l’oeuvre conjointe du président français Jacques Chirac et du Premier ministre Rafic Hariri.
Le second volet du schéma financier portant
sur 3,6 milliards concernait les banques
commerciales : ces dernières ont souscrit à
des bons du Trésor à deux ans, sans intérêt.
Les banques ont ainsi contribué à l’opération
de rééchelonnement de la dette, sans pour
autant faire de sacrifice, car les gains en
capital enregistrés grâce à la réévaluation du
stock de la dette ont largement compensé le
manque à gagner dû à la souscription à des
bons à taux zéro.
Ainsi, ces deux schémas, couplés aux injections
de capitaux réalisées par les bailleurs,
ont permis de réduire le coût moyen de la
dette de 347 points de base : il est passé de
11,97 % fin novembre 2002 à 8,50 % fin
octobre 2003. Ce coût a continué de diminuer
jusqu’en 2005, date à partir de laquelle
les effets de l’opération de Paris II ont commencé
à s’estomper.
Ces effets ont été relativement rapides, car la
conférence a été très bien accueillie sur les
marchés, ce qui a contribué à faire chuter les
taux d’intérêt. La baisse a été de 30 % dès
les premières semaines de 2003. Le taux
d’intérêt sur les bons du Trésor à deux ans
est passé de plus de 16 % à 9 % en moins
de deux mois, son niveau le plus bas depuis
plus de deux décennies. Parallèlement, les
réserves en devises de la Banque centrale
ont franchi, fin octobre 2003, un niveau
record de 10,4 milliards de dollars.
(*) Un montant additionnel de 1,3 milliard de dollars
avait été alloué à des projets de développement, sans
que l’on sache exactement quelle somme a été
déboursée, car ce type d’enveloppe est généralement
l’objet de rotations régulières, en fonction des
programmes de coopération des différents bailleurs. Malaisie Oman EAU Koweït France A. saoudite Qatar Total
Déc. 02 300 50 350
Janv. 03 300 300 600
Fév. 03 -
Mars 03 540* 750 1 240
Avril 03 -
Mai 03 200 200
Total 300 50 300 300 540 700 200 2 390
(*) Contre-valeur de la contribution en euros (au taux de 1,08 dollar/euro).
Source : Ministère des Finances.
Débours mensuels des bailleurs de Paris II – (millions dollars)
Montant (milliards dollars) Utilisation des fonds
Annulation Échange Repaiement
(renouvellement)*
Plan BDL 4,1 1,8 1,9 0,4
Flux Paris II 2,4 2,4
Total banques commerciales 3,6
- En espèces 2,7 2,7
- Titres < 3 mois 0,3 0,3
- Titres > 3 mois 0,6 0,6
Total 10,1 1,8 2,7 5,6
(*) Principal et intérêts.
Source : Ministère des Finances.
Opérations réalisées sur la dette après Paris II
Avant Après Variation
Paris II Paris II
Date Nov. 02 Nov. 03
Total dette 11,97 8,36 -3,61
Dette en livres 13,82 9,23 -4,59
Dette en devises 9,21 7,39 -1,81
Coût pondéré de la dette
(en %)
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