L’effet spectaculaire de l’annonce d’une aide de 7,6 milliards de dollars au Liban a déjà eu un impact positif sur les marchés. Dans le détail, ces promesses sont de deux natures ; une aide budgétaire directe inférieure à celle de Paris II et des prêts pour des réformes structurelles.
Le chiffre de la récolte de Paris III est
spectaculaire : 7,6 milliards de dollars.
C’est près de deux fois plus que ce qui
avait été promis à Paris II et trois fois plus que
ce qui a été effectivement déboursé par les
bailleurs réunis dans la capitale française en
novembre 2002.
Lors de Paris II, la différence entre le chiffre
annoncé et la réalité du déboursement tenait à
deux paramètres. Il faut en effet distinguer deux
catégories de promesses : les aides budgétaires
directes ou les aides macroéconomiques
en jargon européen d’un côté ; les prêts destinés
à financer des projets de l’autre. Dans le
premier cas, il s’agit de prêts ou de dons qui
entrent directement dans la trésorerie de l’État
sans condition quant à la nature de leur affectation.
Ils répondent à une approche fiscale de la
problématique libanaise. Dans le second cas, il
s’agit de coopération classique, dans le sens où
les bailleurs choisissent de financer tel ou tel
projet, sachant qu’une part de financement locale
est généralement obligatoire. Cette aide est
octroyée en vertu d’une approche structurelle de
la problématique libanaise qui consiste à encourager
des réformes en profondeur du système
économique et social.
Après Paris II, la plus grande partie de la deuxième
catégorie d’aides n’a pas été déboursée, le
Liban se distinguant depuis quelques années
par sa faible capacité d’absorption de prêts destinés
à financer des projets. Mais une partie de
l’aide budgétaire directe a aussi échappé au
Trésor, comme celle du Canada par exemple
(entre 100 et 200 millions de dollars annoncés
par Jean Chrétien), car elle était conditionnée à
l’application d’un programme du Fonds monétaire
qui n’a jamais vu le jour.
Malgré cela, les aides budgétaires directes
encaissées par le Liban se sont élevées à 2,4
milliards de dollars. À Paris III, le montant de
cette catégorie de promesses est nettement
moindre, ce qui fait peser le risque d’une très
grosse différence, à l’arrivée, entre les montants
affichés et les montants qui seront réellement
déboursés.
Sur les 7,6 milliards de dollars annoncés, moins
de 10 % (730 millions) sont des dons. La
somme est loin du “best case scenario” établi
par le Fonds monétaire international dans un
rapport confidentiel qui se fondait sur une hypothèse
de neuf milliards de dollars de dons et
n’arrivait malgré tout qu’à réduire le ratio
dette/PIB à 109 % à l’horizon 2011.
L’aide budgétaire directe (dons et prêts)
dépasserait tout de même le milliard de dollars,
une somme loin d’être négligeable. Elle
devrait en tout cas permettre au gouverneur de la Banque centrale de nouvelles ingénieries
financières destinées essentiellement à empêcher
une remontée des taux d’intérêt, alors que
les besoins de refinancement de l’État vont être
pressants dans les prochains mois (voir graphe
des échéances). Riad Salamé a évoqué une
nouvelle opération d’annulation de la dette de
l’État détenue par la Banque du Liban et il a
annoncé des négociations avec le secteur bancaire
pour envisager les modalités d’une contribution
de leur part. Lors de Paris II, l’ingénierie
financière globale avait porté sur 10 milliards
de dollars grâce à l’apport de 2,4 milliards
de l’extérieur. Le schéma prévu cette fois
n’a pas encore été annoncé.
À l’heure où nous bouclons, les détails de
chacune des aides n’étaient pas disponibles. Il
est intéressant de signaler que les pays qui
avaient contribué au succès de l’approche fiscale
en 2002 ne sont cette fois pas tous au rendez-
vous. La France, Oman et les Émirats
arabes unis sont les seuls à avoir joué le jeu à
100 %. Mais curieusement, l’Arabie saoudite a
limité son aide directe à 10 % de son aide totale.
Le Koweït, la Malaisie et Qatar, trois contributeurs
importants de Paris II, n’ont quasiment
rien remis sur la table cette fois.
En revanche, le paquet “structurel” est
impressionnant : près de six milliards de dollars.
C’est davantage que tout le stock d’investissement
public au Liban depuis 15 ans et que
tout l’investissement privé réalisé sur la période
(hors immobilier). Autant dire que toutes les
structures de l’État devront se réformer sérieusement
si elles veulent être en mesure d’absorber
ces flux gigantesques.


