Distingué par Euromoney pour un produit structuré innovant réalisé pour une compagnie pétrolière américaine, BEMO Securitisation (BSEC), le spécialiste libanais de la titrisation, lance le premier instrument monétaire à court terme du Liban.

BEMO Securitisation lance le premier
instrument monétaire à court
terme du Liban : des billets de
trésorerie adossés à des actifs. Il s’agit
d’un marché potentiellement très important
comme en témoignent les montants internationaux
en la matière : aux États-Unis,
les transactions concernant ce type de
“papiers” représentent 1 000 milliards de
dollars ; en Europe, 370 milliards de dollars.
Pour l’instant, au Liban, « nous commençons
avec moins de quatre millions de
dollars, avec des billets de trésorerie adossés
à des traites commerciales, mais l’objectif
est de parvenir à 20-25 millions de
dollars assez rapidement », affirme Iyad
Boustany, directeur général de BEMO
Securitisation du groupe bancaire BEMO. Le
premier montage réalisé par BSEC est adossé
à un portefeuille de créances d’OCP
(Obegi Consumer Products), l’une des filiales
du groupe Obegi auquel appartient aussi
BEMO Securitisation. Des négociations sont
déjà en cours avec d’autres sociétés libanaises
suivant le même principe.
Les titres se traiteront chez Midclear, la Bourse
de Beyrouth étant jugée trop chère (10 000
dollars par an) par BSEC, qui n’espère pas rentabiliser
le produit avant plusieurs mois.
Le principe de ces TCAA (Titres courts adossés
à des actifs) ou de ces ABCP (Asset
Backed Commercial Paper) selon leur acronyme
anglo-saxon est simple : il s’agit de
rendre liquides des traites commerciales à
travers un processus de titrisation. En clair,
une entreprise cède un portefeuille de
créances à un SPV (Special Purpose
Vehicule), c’est-à-dire un “véhicule spécial”
immunisé contre la faillite, et renfloue ainsi
sa trésorerie. En contrepartie des actifs
(créances) qu’il a acquis, le SPV émet des
titres à court terme (trois mois) qui sont souscrits
sur le marché monétaire par des institutions
désireuses de trouver une rémunération
attractive pour ses liquidités. Qu’est-ce que la titrisation ?
La titrisation est la technique qui
consiste à transformer différents
types d’actifs en titres négociables
sur un marché. Il s’agit de transformer
des actifs illiquides en titres
(obligation ou autres) liquides. Le
mot “liquide” est utilisé ici dans
son acception financière : est liquide
un actif pour lequel il existe un
marché efficace qui permet à tout
moment à l’investisseur d’investir
ou de désinvestir dans cet actif. Par
opposition, est illiquide un actif
pour lequel il n’existe pas de marché
efficace.
Le montage repose sur un concept
simple : des actifs générant des
flux financiers sont cédés à une
société ad hoc “véhicule spécial”
qui émet des obligations sur la
base de ces flux. Les actifs ou
droits cédés sont, par exemple, un
portefeuille de crédits hypothécaires
résidentiels, un portefeuille
de crédits hypothécaires commerciaux,
les loyers futurs d’un ou de
plusieurs immeubles résidentiels
ou commerciaux, des traites com-
? merciales, etc. Les cibles principales sont les banques qui
sont à la recherche de placements pour
leurs liquidités. L’intérêt du produit est
ainsi de réinjecter une partie des liquidités
bancaires dans le circuit réel, alors
qu’elles sont pour l’instant surtout placées
à l’étranger, auprès d’autres banques
libanaises ou de la Banque centrale. Les
billets de trésorerie offrent aux banques
une alternative plus rentable : ils sont
rémunérés à Libor + 60 points, soit au
moins 40 points de base de mieux. « Le
produit est structuré selon la méthodologie
qui permet d’aspirer à la note “investment
grade” (non spéculatif) de Moody’s, précise
Iyad Boustany. Plusieurs banques sont
déjà intéressées, au premier rang desquelles
Audi. »
Du point de vue de Obegi Consumer
Products, le montage offert par BSEC est
intéressant, car il présente un mode de
financement nouveau sur le marché libanais.
« Jusqu’à présent, nous n’avions
pas d’alternative au financement bancaire
et aux apports en capitaux, explique le
directeur de la trésorerie du groupe,
Nadim Aouad. La titrisation offre un accès
direct au marché à des conditions de
coûts compétitives. Cette désintermédiation
a un impact positif sur notre bilan,
puisqu’elle améliore notre cash-flow et
réduit notre actif du montant des créances
cédées. »
DEUX ANS DE RECHERCHE
ET DE DÉVELOPPEMENT
Il a fallu deux ans de recherche et de
développement à BSEC pour mettre au
point ce premier instrument monétaire à
court terme du Liban. Le montage (voir
schéma) repose sur la mise en place d’un
conduit en continu qui émet des billets de
trésorerie et les rembourse à échéance
(trois mois prorogeables d’un mois) par
l’émission de nouveaux billets. Le risque
de liquidités lié à l’absence éventuelle de
nouveaux souscripteurs est assumé par la
Banque BEMO. Mais le risque crédit est assumé par la structure du montage. De
fait, ces billets sont adossés à des actifs
achetés à un ou plusieurs SPV. En l’occurrence,
le SPV1 est une structure fiduciaire
spéciale immunisée contre le risque
de faillite qui a acheté au groupe Obegi
Consumer Products (cédant 1) un portefeuille
de créances et a émis des titres en
contrepartie. Ces titres sont cédés au
conduit. La qualité du risque qui leur est
lié est “rehaussée” de plusieurs manières.
D’abord, les créances acquises par le
SPV1 sont sélectionnées : sur les 1 100
clients d’OCP, 405 remplissent les critères
d’éligibilité très précis. Le portefeuille
retenu représente une enveloppe
de 6,2 millions de dollars. En souscrivant
à environ 40 % des titres émis par le
SPV1, OCP assume les premières pertes
éventuelles, ce qui réduit le risque assorti
aux 60 % de titres restants transférés au
conduit et in fine aux investisseurs. Ce
“ratio de premières pertes” ou “ratio de
rehaussement de crédit” de 40 % tient
compte de la structure de l’activité commerciale
d’OCP et de la pratique de ristournes,
des notes de crédit, etc., car le véritable
taux de défaut est en moyenne de 2-2,5
% et il a atteint un pic de 4 % l’été dernier.
Les titres achetés par le conduit ne représentent
donc que 3,5 millions de dollars. Un
deuxième niveau de risque est alors assumé
par BSEC qui s’engage à assumer 100 % des
pertes éventuelles à concurrence de 5 % de la
taille de l’émission, soit 175 000 dollars.
Cette deuxième technique de rehaussement
de la qualité du crédit du billet de
trésorerie émis par le conduit prend la
forme d’une lettre de garantie. En contrepartie
du risque assumé, BSEC se rémunère
aussi à ce niveau-là, en sus des
commissions de gestion du conduit :
placé en première ligne pour assumer des
pertes éventuelles, il encaisse la totalité
des bénéfices en cas de taux de défaut
particulièrement faible. C
“Produit le plus innovant de l’année
2006”. C’est la distinction empochée
par BSEC (BEMO Securitisation), le
spécialiste libanais de la titrisation, lors
d’une cérémonie organisée à Londres par
Distinctions internationales pour le spécialiste libanais de la titrisation
le groupe Euromoney qui récompensait les
acteurs les plus performants du monde en
matière de finance islamique. « Je suis particulièrement
fier, car nous étions en concurrence
avec les plus grands noms de la planète,
il ne s’agissait pas de nous comparer
à d’autres Libanais, mais à des groupes
comme HSBC, JP Morgan, Calyon, etc. »,
déclare Iyad Boustany, directeur général de
cette filiale du groupe bancaire BEMO. Le
produit récompensé est un “sukuk”, c’està-
dire une sorte de titre islamique proche
de l’obligation, monté sur mesure par BSEC
pour le producteur américain de pétrole
East Cameron, dont les réserves sont
situées au large de la Louisiane. La transaction
a également valu à BSEC deux
autres titres, décernés par Islamic Financial
News en Malaisie : “Meilleur produit structuré
de l’année” et “Meilleur produit américain
de l’année”.
Entièrement souscrite, l’émission lancée
en juillet dernier a porté sur 166 millions
de dollars. East Cameron Gaz Sukuk est la
première opération de titrisation islamique
cotée par l’agence internationale de notation
Standard and Poor’s. « L’originalité du
montage vient de la combinaison en un
seul produit – islamique en l’occurrence –
des trois types de financement qui ont généralement
cours dans le monde du gaz :
prêts bancaires, hedge funds et apports en
capital », explique Iyad Boustany.