L’une des recommandations de la Banque européenne d’investissement (BEI) sur la façon d’optimiser l’exploitation des remises des émigrants est de titriser ces flux de capitaux. La BEI souligne que cette technique financière a de plus en plus de succès dans les pays émergents et elle encourage le Liban à y recourir. Des négociations sont en cours avec des banques libanaises pour monter des opérations de ce type, mais elles n’ont pas encore abouti et sont donc confidentielles.
La technique de la titrisation est déjà ancienne, elle est née dans les années 1970 aux États-Unis. Parmi les pays en voie de développement, l’opérateur de téléphonie fixe du Mexique Telefono Mexico est le premier à y avoir eu recours en 1987. Depuis, elle s’est largement répandue. Quelque 250 transactions ont été réalisées entre 1991 et 2006 sur les marchés émergents pour 60 milliards de dollars environ. Certains des marchés financiers locaux ayant acquis une certaine maturité ont accueilli le placement d’instruments financiers de ce type (c’est notamment le cas du Liban), mais l’essentiel des opérations de titrisation a porté sur des flux transfrontaliers.
Le Mexique est à ce jour le plus gros émetteur d’instruments titrisés dans les pays en voie de développement, avec plus de 70 transactions représentant 19 milliards de dollars. Le Brésil, la Turquie (dix milliards de dollars chacun) et le Venezuela (quatre milliards) le suivent.
Plusieurs types de “flux futurs” transfrontaliers ont été titrisés. Des flux liés aux exportations (de pétrole, de matières premières, etc.) ; des flux liés à des factures téléphoniques (frais nets de roaming entre opérateurs de cellulaire, frais nets de communications fixes, etc.) ; les flux liés à des créances (celles de compagnies aériennes) ; ou des flux financiers (cartes de crédit, remises des migrants).
Ces derniers sont en forte hausse. Le Mexique est à nouveau le premier à y avoir eu recours, au moment de la crise du peso de 1994. Beaucoup d’autres ont suivi ensuite, surtout en Amérique latine qui compte pour 75 % des opérations de titrisation de flux futurs notés par l’agence Fitch. Aucun problème de défaut de paiement n’a été signalé, ce qui renforce l’attractivité de la titrisation.
Iyad Boustany, directeur général de BSEC, une filiale de la banque BEMO spécialisée dans la titrisation, est persuadé que le Liban a intérêt à recourir à cette technique. Grâce à la politique de stabilité monétaire menée par la Banque centrale et l’impact de l’aide des bailleurs de fonds, les taux d’intérêt libanais sont stables et les ressources des banques libanaises sont relativement bon marché, par rapport au risque souverain du pays. Mais l’essentiel des ressources des banques sont à court terme et le risque principal qu’elles courent est celui du “mismatching”, c’est-à-dire le financement d’emplois à long terme avec des ressources à court terme. Si elles devaient émettre des obligations à long terme sur les marchés financiers, les banques devraient les payer cher, explique-t-il. « La titrisation des flux de remises d’émigrés permet d’accéder à des ressources à long terme à un coût nettement plus abordable, l’économie est d’au moins 200 points de base. »
L’objectif principal de ces produits structurés pour le Liban est de contourner le risque souverain et d’accéder à une note de BB ou BB-, alors que le plafond est théoriquement de B-. « Le principe consiste à garantir des remboursements en provenance d’une banque située dans un pays mieux noté que le Liban, afin de faire sauter le plafond du risque libanais. »
En pratique, la banque libanaise émettrice doit identifier parmi ses contreparties les banques étrangères qui la créditent régulièrement de transferts de travailleurs libanais émigrés. Ce sont ces flux qui serviront de garantie au remboursement de l’obligation.
Le montage financier et juridique est assez compliqué. Il met en jeu des techniques de rehaussement de crédit, d’immunisation contre la faillite, etc. Mais son principe est relativement simple : rien ne change du point de vue de l’expatrié et du récepteur des fonds dans son pays d’origine. Mais le flux des transferts est interrompu par l’intervention d’un véhicule spécial offshore (SPV). Celui-ci capte tous les fonds venant des émigrés et émet en échange pour le compte d’une banque du pays récepteur des titres qu’il place sur les marchés financiers. Ces derniers étant adossés à des flux provenant de banques bien notées, leur coût est moins élevé pour l’émetteur.
Sibylle Rizk



Remises et micro-crédit
L’idée d’allouer les flux de remises des expatriés au financement du micro-crédit est en train de faire son chemin. Microfinance International a annoncé un accord en ce sens avec Banco Sol, une compagnie latino-américaine de transferts de fonds pour canaliser les remises des expatriés vers le micro-crédit. D’autres contrats du même type ont été signés avec la HSBC pour en faire de même au Mexique et en Amérique centrale. Microfinance International avait commencé ses activités grâce à des investisseurs privés japonais, mais son but est d’institutionnaliser ses financements.