Enquête sur les projets d’hôtels qui sont maintenus au Liban malgré la crise. Au total, l’offre va augmenter de 2 000 chambres nouvelles, soit 10 % du stock existant.

Malgré l’instabilité politique de ces deux dernières années, près d’un milliard de dollars de projets d’hôtels sont dans le pipeline au Liban avec des inaugurations échelonnées sur les mois à venir. Au total, l’offre hôtelière libanaise est appelée à augmenter de près de 2 000 chambres nouvelles, ce qui correspond à environ 10 % du stock actuel.
La majorité des nouveaux projets doit surtout contribuer à augmenter le parc de Beyrouth. Le nombre de chambres disponibles dans la capitale étant faible par rapport à ce qu’offrent les autres régions du pays, notamment le Mont-Liban : en 2006, le stock de la capitale est inférieur à 4 000 chambres, contre près de 11 000 pour le Mont-Liban, sur un total national de 17 449 chambres. C’est ce constat de sous-développement de l’offre par rapport aux besoins du marché qui a poussé les investisseurs à miser sur ce secteur en se fondant sur la performance exceptionnelle enregistrée en 2004, une année où le tourisme a espéré renouer avec les records de 1974. Cette année-là, le tourisme représentait 20 % du PIB, contre 12 % en 2004. Plusieurs projets d’hôtels ont été lancés sur la foi des calculs de différents acteurs de l’industrie du tourisme, selon lesquels le Liban peut tripler le nombre de touristes qu’il accueille dans un horizon de six ans, avec une composante majeure de clientèle de luxe.
La guerre de l’été 2006, la crise politique et les attentats à répétition ont pour le moins douché cet optimiste. Car l’activité touristique a plongé de façon vertigineuse : le nombre de touristes enregistrés par le ministère a chuté de 1 278 469 en 2004 à 1 062 635 en 2006, soit -17 %. Sur les quatre premiers mois de 2007, la baisse se poursuit, puisque seuls 270 062 visiteurs ont été comptabilisés par le ministère, contre 350 272 sur la même période de 2006, soit une diminution de 23 %. Le taux de remplissage moyen des hôtels quatre et cinq étoiles en a été fortement affecté, puisqu’il est passé de 71 % en 2004 à 48 % en 2006. Ces indicateurs négatifs nuisent au développement de nouveaux projets qui représentent des investissements dépassant souvent les 100 millions de dollars, même si un certain nombre d’investisseurs continuent d’y croire, affichant une stratégie sur le long terme. Plusieurs inaugurations sont ainsi prévues dès cette année.
Le Hilton a déclaré qu’il maintenait son objectif d’ouverture dans les mois qui viennent (bien qu’en retard sur le calendrier initial). La chaîne Rotana annonce des ouvertures dans la capitale pour 2007 et 2008. Initialement prévue pour février 2007, l’inauguration du Four Seasons a été reportée à 2008.
Ce sont en effet surtout les grandes enseignes régionales et internationales qui sont engagées dans cette stratégie de développement au Liban. L’opérateur de Rotana hôtels est émirati, le Four Seasons, le Kempinski, le Hyatt, Ramada, Hilton sont des chaînes internationales… Certaines chaînes comme Rotana et Kempinski ont même planifié plusieurs ouvertures au Liban, la majorité des autres projets se limitant à un établissement. L’arrivée de ces grands noms au Liban s’est inscrite dans une tendance à la professionnalisation du secteur dans un contexte de croissance des investissements immobiliers, qu’ils soient hôteliers ou non.
Depuis le brusque renversement de tendance en 2006, personne n’est à l’abri de la crise, quel que soit le savoir-faire des chaînes. Le fait de poursuivre la mise en œuvre des projets pourrait être perçu comme de la témérité. Au-delà du fait que ces investissements se jouent surtout sur le moyen et le long terme, l’explication vient du fait qu’il est souvent préférable de terminer un chantier déjà entamé, quand ont été conclus des engagements fermes aussi bien au niveau financier que contractuel.
La hausse des prix des matériaux de construction a aussi pu influer sur la décision dans certains cas, sachant que les dernières augmentations des prix des matériaux de construction peuvent avoir une incidence de 10 % sur le coût total d’un projet quand la construction est ralentie.
En fait, les intérêts et les objectifs des investisseurs, qui cherchent à rentabiliser au plus vite leur mise, tout en évaluant le facteur risque, et ceux des opérateurs, qui ont tout avantage à augmenter la visibilité de leur marque et à ajouter un établissement et une capitale à leur système de réservation, sont parfois contradictoires.
Mais les deux s’accordent à dire que l’important est d’obtenir le taux de remplissage le plus haut possible. Dans le contexte d’un secteur hôtelier aussi faible, la question qui se pose est de savoir quel taux de remplissage les nouveaux venus espèrent réaliser et quelles seront les conséquences de cette offre nouvelle sur un marché déjà en piteux état.
Les nouveaux hôtels sont censés prendre des parts de marché importantes aux hôtels existants, d’autant qu’un grand nombre d’établissements ont aujourd’hui besoin de rénovation et de mise à niveau, ce qui devrait accentuer leurs problèmes financiers.