Longtemps considérés comme la vache à lait du monopole des services publics, les revenus des communications internationales accuseraient à partir de janvier 2002 une baisse moyenne de 25 %. Comment réagissent nos responsables ?

La “Federal Communications Commission (FCC)” aux États-Unis a décidé unilatéralement en août 1997 de porter à la baisse les indices tarifaires utilisés mondialement pour calculer les montants versés entre opérateurs relatifs aux communications internationales. Ainsi, par exemple, les montants relatifs aux communications établies à partir des États-Unis à destination d’un pays étranger seront calculés sur base du nouveau tarif provoquant une baisse notable des revenus de ces pays. Il faut savoir que les sommes versées constituent, notamment pour les pays en voie de développement, une importante source de revenus en monnaies fortes consacrés, généralement, au développement des infrastructures de télécommunication locales.
D’autre part, la libéralisation des télécoms au niveau mondial, le développement de la téléphonie utilisant les lignes louées, les transmissions par satellite, l’Internet ou les systèmes Call-Back proposés par des sociétés privées locales ou étrangères provoquent, dès à présent, un manque à gagner aux télécoms publics. Or, ceux-ci malgré la concurrence continuent à imposer une tarification inadaptée au contexte actuel en se basant sur leurs privilèges monopolistiques.
Ces deux facteurs présagent des difficultés à venir auxquelles devront faire face les économies fragiles. Le problème sera encore plus critique au cas où les pays concernés n’ont pu prendre les mesures nécessaires pour s’y préparer, plus encore, et si leurs infrastructures en télécommunication sont obsolètes. En effet, ne pouvant plus financer de nouveaux investissements par les ressources traditionnelles provenant de l’étranger, ils devront affecter une partie de leur budget national pour financer l’activité de télécommunication, source vitale à tout développement économique.
Une étude réalisée en 1997 par le bureau d’étude McKinsey & Co. démontre que toute nouvelle ligne téléphonique ajoutée dans un pays peu développé a pour onséquence d’augmenter le PIB d’un montant de 2 000 $.
Comment réagiront les responsables de notre pays face à ces réorientations majeures ? Seront-ils obligés d’augmenter le tarif des communications locales en suivant l’exemple de Sri Lanka Telecom Ltd. ?

Signes d’un malaise

Un exemple récent témoigne, dans notre pays, du malaise et du manque de prévision des responsables de nos services publics. Depuis quelques semaines, le gouvernement libanais a décidé d’interdire l’accès au service de téléphonie par Internet via l’application Net2Phone de la société américaine IDT. Une directive a été envoyée aux fournisseurs d’accès Internet (ISP) leur interdisant de mettre à portée de leurs abonnés l’accès aux services de cette compagnie. La réaction des internautes ne s’est pas fait attendre : dans les 48 heures, de nouveaux abonnements ont été pris auprès de compagnies concurrentes telles que Deltathree ou Ibasis Inc. Deux jours plus tard, Net2Phone était de nouveau disponible via de nouvelles adresses sur le Web qui n’ont pu faire l’objet d’interdiction. Pour arriver à leurs fins, les responsables des services publics devraient interdire carrément l’accès à l’Internet se privant d’une source importante de revenus provenant des communications locales ; Il faut noter qu’en moyenne, une session Internet dure 30 minutes.

Des solutions sur mesure

La baisse des revenus publics provenant de communications à l’étranger est déjà entamée. En effet, 38 % des communications internationales mondiales sont facturées à des tarifs inférieurs à celles dictées par la FCC. Par ailleurs, 1 % du trafic mondial passe actuellement par Internet, en nette progression, puisqu’en 2002 il atteindra 7 %, soit un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard de dollars.
Que faire ? Les services de télécoms de certains pays en voie de développement ont déjà entamé une démarche de réduction des coûts des communications internationales en les facturant en dessous des tarifs dictés par la FCC. Cette démarche volontariste est la conséquence d’un plan stratégique mis au point dans le but de leur préparation aux conséquences de la mondialisation des services de télécoms.
Pour y arriver, deux actions ont été entreprises : ils ont décidé, d’une part, de limiter leur action au rôle de régulateur du marché en privatisant les activités de téléphonie auprès de sociétés privées se partageant le marché en libre concurrence dans le respect des clauses des contrats de licence ou de type BOT. D’autre part, ils ont entrepris de réduire les tarifs des communications internationales dans le but de générer de plus importants volumes.
En Inde, par exemple, les tarifs ont été diminués de 30 % entre 1995 et début 1999. Le résultat ne s’est pas fait attendre, puisque le volume des communications internationales a connu une croissance de 20 %.
Au Sri Lanka, une politique de diversification de produits et services a été développée : une carte d’appel a été éditée offrant des tarifs privilégiés aux expatriés qui souhaitent contacter leur pays et une politique de tarifs préférentiels a été proposée aux sociétés situées dans les pays limitrophes qui opteraient d’utiliser les moyens de télécommunication offerts par ce pays.

Quatre facteurs d’instabilité

S’adapter au nouveau contexte mondial des télécoms ne sera pas aisé pour bon nombre de pays et plus spécialement le nôtre. En effet, la baisse des revenus est inéluctable car d’une part, les montants versés par les pays originaires des appels vers le Liban seront en baisse et, d’autre part, le volume du trafic à partir de notre pays se développera préférentiellement auprès des prestataires offrant une tarification aux normes mondiales. Bien sûr, d’autres facteurs devront être pris en considération, dont :
- L’amortissement des investissements récents relatifs à la modernisation de notre réseau.
- Les besoins en nouveaux investissements pour financer les travaux inachevés.
- L’acquisition des technologies nécessaires aux entreprises locales ou internationales présentes ou venant s’installer dans notre pays (ISDN, ADSL...).
- La situation économique actuelle et le manque de coordination entre les différents services publics chargés du réseau public.
Tous ces facteurs devraient porter les responsables à entamer, de toute urgence, une réflexion sur le fond afin d’établir un plan d’action et en définir ses échéances.
Certains professionnels que nous avons rencontrés tirent la sonnette d’alarme et se plaignent qu’ils n’y trouvent point oreille attentive capable de fournir une réponse concrète à leurs préoccupations. Ces réponses, le plus souvent formulées par les membres des administrations concernées, témoignent d’un état d’indécision dont le responsable serait, d’après eux, le pouvoir politique. Le téléphone continuera à sonner, mais y aura-t-il quelqu’un pour décrocher !