Avec plus de 22 millions d’habitants, le Yémen est l’un des pays les plus peuplés du monde arabe, tout en étant le plus pauvre. Mais il veut désormais profiter de l’excès de liquidités dans la région pour stimuler les investissements étrangers. C’est la mission du président de l’Autorité générale d’investissement, Salah al-Attar.

D.R.

Comment les autorités yéménites entendent-elles stimuler les investissements dans le pays ?

Le gouvernement est déterminé à mettre en œuvre un plan de réformes socio-économiques visant à doper la croissance (actuellement de l’ordre de 4,5 % par an) et à augmenter le pouvoir d’achat, notamment à travers la réduction du rôle de l’État, une meilleure mobilisation des ressources et la diversification de l’économie. Nous avons pris une série de mesures pour améliorer le climat des investissements, à commencer par une réforme du cadre législatif. De nombreuses lois sont en cours de révision, notamment les lois bancaires et fiscales, et nous prévoyons de créer une Bourse. L’amélioration du système judiciaire, particulièrement les tribunaux commerciaux, fait aussi partie de nos priorités. Le gouvernement a également mis en place un “one-stop-shop”, un guichet unique pour les investisseurs, en mandatant l’Autorité générale de l’investissement (GIA) comme seul interlocuteur. Ces réformes ont été très bien perçues par la communauté internationale qui a considérablement augmenté ses aides économiques au Yémen. À eux seuls, les pays du Golfe ont accordé fin 2006 une aide de 4,9 milliards de dollars, pour préparer l’adhésion de l’économie yéménite au Conseil de coopération du Golfe.

Quels sont les principaux atouts du Yémen ? Et quelles sont les entraves aux investissements ?

Le Yémen a un potentiel énorme pour les investisseurs étrangers. C’est un pays vierge qui présente de nombreuses opportunités. D’abord, il jouit d’une diversité topographique qui permet des investissements dans l’extraction de minéraux (fer, or, aluminium…). Il présente également un potentiel encore sous-exploité en gaz naturel et en pétrole. L’exportation de gaz naturel liquide (GNL) devrait d’ailleurs commencer en décembre 2008, dans le cadre d’un projet de 3,5 milliards de dollars réalisé par un consortium international mené par le pétrolier français Total.
Le climat yéménite et la présence d’eau permettent aussi des projets à grande échelle, tout au long de l’année, dans l’agriculture, d’autant que les pays du Golfe voisins importent près de 90 % de leurs besoins alimentaires. Le secteur de la pêche est également très porteur, plus de 18 sociétés exportent actuellement des fruits de mer à l’étranger.
Dans le secteur touristique, le Yémen bénéficie d’une côte de plus de 2 200 km sur la mer Rouge et l’océan Indien, avec un archipel de plus de 150 îles inhabitées, que l’on peut envisager de céder à de grands développeurs, ainsi que d’une richesse archéologique, architecturale et historique favorisant le tourisme culturel. Aujourd’hui, il y a une ruée des investisseurs étrangers dans ce domaine, le montant des projets actuels dans le tourisme et dans l’immobilier s’élevant à plus de 13 milliards de dollars.
Au niveau industriel, le pays propose la zone franche d’Aden qui est à seulement 8 km de la route maritime internationale et qui peut être plus compétitive que celle de Jabal Ali (aux Émirats) en raison de son emplacement stratégique. Le Yémen est une porte vers les pays du CCG, surtout avec la crise actuelle dans le golfe Persique, mais aussi vers la Corne de l’Afrique, située à moins d’une trentaine de kilomètres. Sans parler du marché local qui compte plus de 22 millions de consommateurs. D’autres zones industrielles sont en cours de développement et le secteur privé sera invité à assurer leur gestion.
Parallèlement, les coûts opérationnels, notamment salariaux, sont bas.
Évidemment, l’économie yéménite présente aussi quelques inconvénients, comme la faiblesse des infrastructures (routes, eau, télécoms…). Mais le gouvernement invite le secteur privé à investir dans ces domaines ; comme l’assainissement des eaux, ou la mise en place d’autoroutes payantes, avec des contrats BOT (Build, Operate and Transfer) ou BOO (Build Own and Operate).
Par ailleurs, les lourdeurs bureaucratiques étaient autrefois décourageantes, mais la GIA a considérablement réduit les formalités, qu’elle prend désormais en charge. Alors que la loi prévoit un délai de 15 jours maximum pour l’octroi d’une licence d’investissement, la moyenne est actuellement de cinq jours. L’inscription au registre commercial, par exemple, ne dure pas plus d’un jour.
Enfin, le problème de la corruption a été limité par la création d’une commission indépendante de lutte contre la corruption et par le vote d’une loi sur les appels d’offres publics.

L’insécurité n’est-elle pas également un obstacle majeur aux investissements ?

Le système politique yéménite est stable. Mais il faut reconnaître que des incidents sécuritaires ont parfois lieu dans certaines zones limitées. Pour faire face à ce problème, le gouvernement a récemment fait passer une interdiction du port d’armes dans les régions urbaines, très bien appliquée. Par ailleurs, le Yémen est engagé dans la lutte internationale contre le terrorisme et bénéficie d’une importante coopération sécuritaire internationale.

Quelles sont les incitations proposées par la GIA aux investisseurs étrangers ?

D’abord, le gouvernement yéménite garantit la non-discrimination entre les investisseurs locaux et étrangers. Il accorde le droit aux étrangers de détenir un projet à 100 %, la liberté de fixer les prix des produits et d’importer les compétences non disponibles sur le marché local, de transférer des devises et celle d’importer ou d’exporter sans licences préalables. En cas de contentieux avec les pouvoirs publics, l’investisseur peut recourir à des procédures d’arbitrage, locales, régionales ou internationales.
La GIA accorde également une exemption des taxes et des droits de douane sur tous les équipements nécessaires au projet et les produits intermédiaires sont exonérés de 50 % des droits de douane (qui se situent actuellement autour de 5 %). L’exonération douanière va jusqu'à 100 % pour les projets agricoles ou de pêche.
De plus, tous les projets d’investissements sont exemptés de l’impôt sur les bénéfices durant sept ans, avec une possibilité d’extension jusqu’à 16 ans, sous certaines conditions. D’autres facilités peuvent également être accordées (terrains à des prix pratiquement symboliques ou certaines dispositions relatives aux transferts de technologies).
Globalement, la réforme de la GIA (dotée d’une autonomie financière et administrative) lui a permis de fonctionner sur le modèle du secteur privé. Son conseil d’administration, présidé par le Premier ministre, regroupe tous les ministres concernés par l’investissement, ainsi que des représentants du secteur privé (la Fédération des Chambres de commerce), et il agit sous la surveillance de la présidence de la République.
Une unité de “service après-vente” a également été créée au sein de la GIA pour suivre les investisseurs dans leurs projets et les soutenir en cas de difficulté, ainsi qu’une unité de “match making”, qui vise à mettre en relation les hommes d’affaires locaux et internationaux. La GIA peut également soutenir les investisseurs dans la commercialisation de leurs produits, à travers son propre réseau (foires, magazines, outils de communications…).

En quoi les hommes d’affaires libanais peuvent-ils être intéressés par le Yémen ?

Il existe actuellement certains investissements libanais dans le domaine de l’éducation (Université libanaise privée), la santé (Hôpital libanais), dans la restauration, dans l’imprimerie et autres. Mais ils restent moins nombreux que ce que nous espérons. Les Libanais disposent d’un savoir-faire dans les services, comme l’hôtellerie, la restauration, les banques… qui sont amenés à se développer ici. Les produits libanais bénéficient également d’une image très positive au Yémen, leur origine est souvent présentée comme gage de qualité, ce qui peut faciliter le marketing. Le Yémen est aussi signataire des accords de libre-échange arabes, ce qui leur donne accès à un marché de 300 millions de consommateurs.
Les Libanais n’ont pas seulement un secteur bancaire très solide, mais aussi un réseau international et régional important, qui peut faciliter les opérations de financement. Je les appelle à profiter des excédents de liquidités dans les pays du Golfe, qui ont fait preuve de leur disposition à financer des projets au Yémen, pour exporter leur savoir-faire. De mon côté, je m’engage à leur apporter tout le soutien et les facilités nécessaires.