Marc « Notre chiffre d’affaires a doublé en dix ans »

Quelle est la stratégie de développement de la Librairie Antoine sachant que vous n’avez plus la position de quasi-monopole d’avant la guerre et que la francophonie, votre marque de fabrique, est en recul ?
Elle est double. Nous avons, d’une part, procédé à un repositionnement de la marque à travers notamment une nouvelle politique de communication et la rénovation des points de vente et, d’autre part, nous avons travaillé sur nos méthodes de management pour accroître notre rentabilité et permettre notre développement.
Pour faire face à la concurrence, nous avons d’abord rajeuni la marque, en adoptant un nouveau logo et, surtout, en insistant sur notre positionnement international davantage que seulement francophone. Depuis 2002, plus de 600 000 dollars ont aussi été investis dans le réaménagement des librairies, la dernière en date étant le nouvel espace inauguré en novembre à l’ABC de Dbayé.
Parallèlement, un effort particulier a été consacré à la formation des ressources humaines qui sont au cœur de notre métier. Nous avons aussi beaucoup investi sur l’outil informatique pour améliorer la gestion des stocks qui est la clé de notre rentabilité : plus de 120 terminaux équipent notre réseau et le département informatique emploie six personnes à temps plein. La durée de vie des stocks est ainsi passée d’un an en moyenne à six mois. C’est beaucoup.

Comment ces efforts se sont-ils traduits sur vos résultats ?
Notre chiffre d’affaires a doublé en dix ans. Nous ne disposons pas de statistiques exactes sur tous les segments du marché, mais nous estimons notre part globale à 50 % du marché du livre, toutes langues confondues. Sur le seul créneau francophone, cette part est de 60 %. Et notre positionnement sur le segment anglophone est en hausse, notamment depuis que nous gérons la librairie de l’AUB.
Après plusieurs années difficiles, la rentabilité de la Librairie Antoine s’est améliorée. La moyenne des bénéfices nets des libraires français est de 2 % des ventes, nous faisons mieux depuis trois ans.
Votre implantation en Jordanie prélude-t-elle à d’autres plans d’expansion ?
Antoine International Holding a été créée en 2004 pour lancer notre expansion géographique et capitaliser sur une expertise spécifique de la Librairie Antoine, celle d’un opérateur trilingue. Nous sommes les pionniers de ce modèle au Liban et quasiment les seuls au monde si on inclut l’offre scolaire et universitaire. Nous avons commencé en Jordanie, car une opportunité s’y est présentée, mais nous souhaitons surtout développer des franchises que notre centrale d’achats approvisionnera, car là réside notre savoir-faire. Nous explorons notamment les marchés syrien et qatari. L’expérience jordanienne est toutefois mitigée à ce jour. Les Jordaniens ne lisent pas beaucoup, et il est très difficile de trouver du personnel compétent sur place. Du coup les comptes sont plombés par l’obligation d’envoyer de la main-d’œuvre du Liban. Nous avons commencé par un mégastore qui a été une déception, en raison de l’impact du piratage sur les ventes de CD et de DVD, puis un second point de vente, uniquement centré sur la librairie. L’investissement total en Jordanie est de deux millions de dollars.