La part des crédits alloués aux entreprises est croissante : selon la Banque du Liban ces prêts aux sociétés résidentes et non résidentes ont atteint 16,86 milliards de dollars en novembre 2008, contre 14,64 milliards de dollars en 2007, soit une hausse de 15,2 %. Sur le portefeuille total de crédits, les prêts aux entreprises (PME et grandes entreprises) ont constitué en 2008 plus de 84 % du portefeuille de crédits de la Bank Audi ou plus de 75,7 % de celui de la Banque BLOM et 88 % du total des crédits octroyés par la Banque libano-française (BLF).
Les crédits aux entreprises (résidentes et non résidentes) représentaient 18,3 % des actifs des banques en novembre 2008, contre 17,7 % en 2007. Une évolution confirmée par les acteurs bancaires : à la Fransabank, la part des crédits aux entreprises était de plus de 14,5 % des actifs, contre 13 % en 2006. À la CreditBank, ce type de crédits représentait 39 % des actifs en 2008, contre près de 19 % en 2003. À la Banque BLC, le portefeuille de crédits aux entreprises constituait 8 % des actifs en 2008 contre 6 % en 2006. Tandis qu’à la Banque BLOM, la part des crédits aux entreprises par rapport aux actifs a atteint 14,75 % en 2008, contre 12,3 % en 2005. À l’inverse, les crédits aux entreprises alloués par la BLF ont représenté 26 % de ses actifs en 2008, contre 33 % en 2000 ; une évolution que l’établissement explique par la croissance d’autres types d’emplois (interbancaire, BDL, eurobonds).
La crise financière internationale, si elle n’a pas directement affecté le secteur bancaire libanais, pourrait-elle réduire cette croissance, à l’instar de ce qui se passe sur la plupart des places financières mondiales affectées par le “credit crunch” ? Il est trop tôt pour le dire. Fin janvier, lors de sa réunion mensuelle avec les membres de l’Association des banques du Liban, le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a assuré que le secteur bancaire bénéficiait de liquidités nécessaires pour faire face aux besoins des secteurs privé et public.
Mais les opérateurs bancaires se montrent vigilants depuis l’été 2008. Certains secteurs sont ainsi considérés comme plus risqués, comme celui de la construction, lié à la consommation locale et régionale, qui pourraient toutes deux être ralenties par la crise. Si la demande de crédits à la construction a en tout cas freiné, comme le constatent les acteurs bancaires, ces derniers sont plus exigeants à l’égard des projets présentés : « La construction constitue aujourd’hui 16 % de notre portefeuille de crédits. Mais ce secteur risque d’être le plus affecté par la crise. Le pourcentage d’autofinancement demandé au client va donc être plus important », explique Nayla Zaidan, responsable des PME à la CreditBank. « Sur les projets qui sont déjà engagés, il n’y a pas de variation. Mais nous sommes plus attentifs aux avenants et aux cas de défaut. Si de nouveaux projets se signalent, la part d’autofinancement requise sera plus élevée, nous ne participerons qu’autour de 35 à 40 % du montant du projet », dit Samir Kassis, directeur du département grandes entreprises à la Banque BLOM.
Pour les autres secteurs, il s’agit plutôt de temporiser. L’accent est mis tout d’abord sur l’autofinancement. « Nous accordons toujours des crédits. Mais depuis l’été 2008, toutes les banques demandent davantage de fonds propres pour un projet », explique Khalil Debs, responsable des grandes entreprises à la Bank Audi. « Notre vigilance, en fait, se porte surtout vers les grandes entreprises : nous sommes beaucoup plus stricts sur la structure de financement du client », complète-t-il. Autre changement relevé par ce banquier : « Les banques, au Liban ou ailleurs, favorisent les crédits à court terme, sous forme de découverts ou de prêts, au détriment des crédits à long terme. Ce n’est pas voulu, mais cela tient à la tarification aujourd’hui plus difficile pour les clients. Cette dernière s’appuie sur le Libor ; or, ce taux de référence ne reflète plus le coût de l’argent pour les banques, qui est plus élevé. Le marché n’est donc plus équilibré. » Gérard Malhamé, responsable des grandes entreprises à la Fransabank, fait également part d’une prudence plus marquée depuis septembre 2008. « Nous attendons d’avoir plus de visibilité. Cela signifie que nous mettons l’accent sur les PME et que nous sommes plus attentifs par rapport aux grandes entreprises, qui représentent la plus grande partie de notre portefeuille, soit 79 % de nos crédits aux entreprises (bilan consolidé). Nous restons actifs sur le marché, mais plutôt pour les très bons crédits, par leur qualité : assises des sociétés, liquidités, bon bilan. »
Cette attitude devrait se prolonger jusqu’à la fin de l’année 2009. À l’inquiétude suscitée par la crise financière internationale, s’ajoute en effet l’incertitude liée au scrutin législatif de juin. Mais la prudence coûte cher aux banques : « Nous rémunérons nos dépôts à 4 % en moyenne, avec une liquidité qui génère un rendement d’à peine 1 %, donc nous perdons 3 % sur tout l’argent non réemployé. Nous y sommes contraints, car cet argent est celui de nos clients », constate Khalil Debs, de la Bank Audi.
Les institutions de crédit et plus particulièrement celles qui veulent rester agressives sur le créneau des entreprises – comme la Banque BLC qui vise une part à 10 % des actifs contre 8 % en 2008 – ont donc tendance à privilégier les programmes de prêts subventionnés.
C’est par exemple le cas de la Banque libano-française. « Nous restons dans une dynamique de croissance des remplois. Notre objectif, pour 2009, est d’être autour d’une augmentation de l’ordre de 25 %. Évidemment, nous donnons plus d’importance aux crédits subventionnés, et surtout aux crédits Kafalat », explique Élie Aoun, en charge de la direction des PME et des professionnels.
Ces crédits bonifiés s’adressent aux grandes entreprises comme aux PME, mais ces dernières sont aujourd’hui au centre de l’attention des banques : car la plupart des différents programmes disponibles leur sont destinés en priorité qu’ils soient nationaux (les prêts à moyen et long terme bonifiés par la Banque du Liban ou les crédits garantis par la société Kafalat, s’adressant aux entreprises de moins de 40 employés) ou étrangers (ceux alloués à travers des lignes de crédits octroyées aux banques par la Banque européenne d’investissement, la Société financière internationale ou l’Agence française de développement). Les PME sont aussi privilégiées en raison de la possibilité de leur proposer des crédits en livres libanaises afin d’employer une part croissante de ressources libellées en monnaie locale. Depuis le début de l’éclatement de la bulle financière internationale, d’importantes conversions ont en effet été effectuées du dollar vers la livre. Le taux de dollarisation des dépôts bancaires était, fin janvier, de l’ordre de 69 % contre 76,1 % fin avril 2008. Le gouverneur de la Banque centrale a d’ailleurs annoncé, mi-janvier, la préparation d’une circulaire visant à encourager les banques commerciales à octroyer des prêts en livres libanaises, d’autant que les taux pratiqués ont diminué : selon l’Association des banques du Liban, le taux d’intérêt débiteur moyen pour les emprunts en monnaie locale était de 9,95 % en décembre 2008, contre 10,26 % en 2007 (voir graphe). Le texte prévoit une subvention des prêts en livres libanaises ainsi qu’une baisse du taux de réserves obligatoires en livres jusqu’ici imposé aux banques commerciales – actuellement, 25 % de la moyenne hebdomadaire des dépôts à vue et 15 % de la moyenne hebdomadaire des dépôts à terme.
Les crédits en livres libanaises alloués aux entreprises (résidentes et non résidentes) se sont élevés à 1,25 milliard de dollars entre janvier et novembre 2008, soit 7,4 % du total des crédits, tandis que les prêts en devises étrangères ont constitué 92,3 % des financements octroyés. La part de la livre libanaise est donc très faible, alors que le dollar demeure la devise la plus utilisée dans le portefeuille des banques : près de 77 % des crédits “corporate” de la Banque BLOM ; 90 à 92 % de ceux de la Bank Audi SAL et 95 % de ceux de la Fransabank ; 90 % de ceux de la HSBC dont le portefeuille de crédits aux entreprises est entièrement constitué par des grandes entreprises tournées vers le marché régional ou international. La Banque libano-française alloue 78 % de ses prêts aux PME et 87 % de ses crédits aux grandes entreprises en dollars, contre 15 % pour les premières et 1 % pour les secondes en livres libanaises. À la Banque BLC, plus de 90 % des crédits octroyés aux grandes entreprises sont en dollars, contre 52 % pour les moyennes entreprises et 42 % aux petites sociétés.
Ce sera plus difficile d’octroyer des prêts aux grandes entreprises en livres, alors qu’elles représentent entre 44 et 80 % du portefeuille de crédits aux entreprises des banques interrogées. « Ce sera sans doute un processus plus lent pour les grandes entreprises, car elles ont des encaissements en dollars, par exemple quand elles exportent leur marchandise », explique Nayla Zaidan de la CreditBank. « Si le différentiel d’intérêts (passé de 2,54 points à 2,48 points entre novembre et décembre 2008, NDLR) diminue réellement entre le dollar et la livre, alors, oui, on pourra assister à une réelle libanisation de l’économie. Mais cela va se faire graduellement et cela dépendra de la confiance placée dans le pays », explique Fouad Rahmé, de la Banque BLC. Plusieurs programmes de facilitation d’accès au crédit destinés aux entreprises
Les programmes nationaux
Les prêts bonifiés par la BDL.
Il s’agit de prêts à moyen et long terme (durée maximum de sept ans) destinés aux secteurs touristique, industriel, agricole, artisanal et de technologie informatique. La BDL propose une bonification sur les intérêts débiteurs : celle-ci est réglée trimestriellement de l'ordre de 7 % (jusqu'à 3,3 millions de dollars) sur la première tranche et de l'ordre de 5 % sur la seconde tranche (entre 3,3 et 9,9 millions de dollars). Le remboursement sur les deux premières années ne doit pas excéder les 15 % du montant initial du prêt.
Les prêts garantis par Kafalat.
D’un montant maximal de 300 millions de LL (200 000 dollars) pour le programme Kafalat Basic, de 600 millions de livres libanaises (400 000 dollars) pour le produit Kafalat Plus et de 300 millions de livres libanaises (200 000 dollars) pour Kafalat Innovative, ces crédits sont octroyés par les banques. Ces dernières bénéficient de la garantie de la société Kafalat, à hauteur de 75 % de la valeur du prêt octroyé par la banque et de 75 % des intérêts cumulés durant la période de grâce pour Kafalat Basic et à hauteur de 85 % de la valeur du prêt octroyé par la banque et de 85 % des intérêts cumulés pendant la période de grâce + 3 mois pour Kafalat Plus. Cette garantie, enfin, pour les prêts Kafalat Innovative, est de l’ordre de 90 % de la valeur du prêt octroyé par la banque et de 90 % des intérêts cumulés durant la période de grâce + 3 mois.
Après approbation de la BDL, ces prêts bénéficient également d’une bonification du taux d’intérêt débiteur.
Les programmes étrangers
Agence française de développement (AFD).
Depuis janvier 2007, l'AFD a signé des conventions de financement avec cinq banques libanaises, pour un montant de 85 millions d'euros (107,4 millions de dollars). Les lignes de crédit accordées aux établissements s'étalent sur 10 ans ; elles sont destinées à l’octroi de prêts à des PME libanaises affectées par le conflit de l'été 2006. Les crédits sont alloués en euros et bénéficient d’une bonification.
La Banque européenne d’investissement (BEI).
Entre décembre 2007 et décembre 2008, la Banque européenne d’investissement a octroyé des prêts destinés aux PME pour un montant de 247 millions d’euros (311,9 millions de dollars). Ces prêts sont alloués à travers des lignes de crédits accordées aux banques. D’une durée de 10 à 12 ans, avec une période de grâce de deux ans, ils sont octroyés en euros et bénéficient d’une bonification.
Société financière internationale (SFI).
La Société financière internationale, bras privé de la Banque mondiale, propose également aux banques libanaises des lignes de crédit allant jusqu’à sept ans, destinées à renforcer l’accès au crédit des PME pour leurs fonds de roulement ou pour effectuer des investissements.
Depuis août 2006, la SFI a octroyé près de 150 millions de dollars aux banques libanaises, dont 90 millions sous forme de lignes de crédit (conventions signées avec la Banque BLOM, Fransabank, Crédit libanais) et 60 millions sous forme d’accords sur le partage des risques (signés avec Bank of Beirut, Fransabank, Crédit libanais), destinés à être répercutés aux PME.
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