À partir de 2004, la Banque du Liban a cherché à réorganiser les opérations de crédits, en réduisant le volume des garanties foncières ou personnelles requises pour un prêt. Cette démarche est institutionnalisée par la circulaire n° 85 de 2005. Elle vise à professionnaliser les critères d’octroi de crédit, en les fondant sur un projet entrepreneurial rationnalisé. Autrefois prépondérantes, les garanties réelles restent quasi systématiques dans le domaine de la construction (exemple : hypothèques). Mais elles ne sont plus une condition sine qua non pour allouer un crédit pour les autres secteurs, affirment les banques. Selon les statistiques de la Banque du Liban, les prêts aux entreprises (PME et Corporate) adossés à des garanties hypothécaires représentaient en 2008 17,8 % du total et ceux octroyés sur base de valeurs mobilières 5,5 %, les prêts contre des garanties personnelles 24,3 % et les avances sur comptes bloqués, garanties bancaires, bons du Trésor et autres titres gouvernementaux agréés 14,3 %. Enfin, les crédits fondés sur d’autres sûretés réelles constituaient 3,6 % du total crédits. Les chiffres fournis par la Banque BLOM et par la Banque libano-française, les seules à communiquer de manière précise sur la question des garanties requises, reflètent ce conservatisme : à la Banque BLOM, 74 % des PME bénéficiant d’un prêt auprès de la structure ont présenté une garantie réelle (hypothèque ou cash collatéral), contre 65 % pour les grandes entreprises ; 21,5 % de ces dernières ont présenté des garanties personnelles. « Les garanties requises sont moins importantes en ce qui concerne les prêts à court terme », précise Samir Kassis, en charge des grandes entreprises, en ajoutant que « cette rigueur est un élément apprécié par les clients ». À la BLF, 32 % des PME et 39 % des grandes entreprises ayant contracté un prêt ont apporté une garantie réelle (hypothèque, titres cotés, marchandises), 29 % des PME et 8 % des grandes entreprises un nantissement et/ou une garantie bancaire. Enfin, 14 % des PME et 17 % des grandes entreprises ont présenté une garantie personnelle.
Khalil Debs, responsable des grandes entreprises à la Bank Audi, explique que « l’exigence d’une garantie est liée à l’activité de l’entreprise – moins elle est diversifiée, moins elle génère de fonds propres, plus nous aurons tendance à demander une garantie. Elle dépend aussi du type de crédits : s’il s’agit d’un investissement, elle pourra être exigée ; pour le fonds de roulement, par contre, ce ne sera pas requis ». La taille de l’entreprise joue aussi. « Plus des deux tiers de nos prêts aux grandes entreprises ne sont pas adossés à des garanties réelles », affirme-t-il. Ainsi que l’âge, car statistiquement, « le succès d’une start-up est faible ». Antoine Zarifeh, responsable des PME à la Fransabank, confirme réclamer des garanties réelles pour se couvrir en cas de défaut, « mais leur présence n’est pas déterminante pour l’octroi du prêt qui dépend d’une analyse du dossier. Certains de nos clients ne comprennent pas qu’on puisse leur refuser un crédit s’ils possèdent un bien immobilier ou des terres d’une certaine valeur ».
L’introduction des prêts Kafalat a contribué à modifier, en partie, la manière de procéder. À l’exception de Kafalat Basic, qui reste le produit le plus sollicité, les banques ne peuvent en effet pas demander de garanties réelles ou personnelles pour les programmes Kafalat Plus (montant des prêts pouvant aller jusqu’à 400 000 dollars) ou Kafalat Innovative (projets innovants, haute technologie ou industrie). « Avec Kafalat Plus, les garanties ne sont pas requises ; nous sommes par contre attentifs aux capitaux propres amenés dans le projet. Dans le cadre de ce programme, la société Kafalat demande que l’autofinancement soit de 30 % du montant du projet. Nous appliquons donc ces conditions, puisque nous demandons au client un apport autour de ce même seuil », rapporte Élie Aoun, responsable de la direction des PME et des professionnels à la Banque libano-française.