La tendance est à la hausse de la part des crédits aux entreprises. Pourtant, le secteur privé se perçoit souvent comme le parent pauvre des crédits au Liban, s’estimant lésé par les prêts octroyés au secteur public et tributaire d’importantes garanties. Cette analyse est-elle justifiée ? Oui, en partie, si l’on compare le volume des crédits aux entreprises (résidentes et non résidentes) qui est de 16,86 milliards de dollars, dont 13,2 milliards accordés aux sociétés résidentes, contre 25,2 milliards alloués au secteur public (novembre 2008), selon l’Association des banques du Liban, soit respectivement 18,3 % et 27,4 % des actifs (92 milliards de dollars en novembre 2008) des banques commerciales. Oui, aussi si l’on en juge par le rang du Liban (84e position) dans le classement mondial effectué par la Société financière internationale (groupe Banque mondiale) concernant l’accès des entreprises au crédit, qui mesure la qualité de l’information sur les prêts et les droits légaux des emprunteurs et des créanciers : il ressort qu’il est plus facile pour une entreprise d’obtenir un crédit en Afrique du Sud, au Pérou ou en Géorgie, qu’au Liban. Ce même classement place le Liban en 98e position en terme de facilité à créer une entreprise.
Non, aux yeux des acteurs bancaires, car leurs critères d’octroi de crédits (exemples : évaluation du risque, fonds propres des entreprises) ne permettent pas, disent-ils, d’augmenter significativement le volume actuel. « En théorie, les sommes dévolues au secteur public sont dommageables au secteur privé. Mais en pratique, nous prêtons en fonction de normes de risque, qui définissent la faisabilité du prêt. Ce n’est donc pas parce qu’une partie des liquidités bancaires sont prêtées au secteur public que l’on peut dire que l’argent est bloqué pour le privé », explique Gérard Malhamé, responsable des grandes entreprises à la Fransabank. Pour un autre opérateur bancaire, « le problème ne tient pas tant aux garanties demandées qu’au potentiel limité de croissance des PME. Résultat, les banques s’échangent les clients au lieu d’en conquérir globalement d’autres. » Fouad Rahmé, en charge du département Corporate à la Banque BLC, va plus loin : « L’argent existe pour le privé, ce qui manque, c’est la croissance économique. Les banques sont à la recherche de bons clients. Les sociétés doivent se capitaliser et se tourner vers d’autres marchés : l’Irak, l’Afrique, certains pays arabes. » C’est également l’avis de Samir Kassis, responsable des grandes entreprises à la Banque BLOM : « La Banque centrale n’aurait pas autorisé les banques à investir à l’étranger si elle pensait que le potentiel de développement des prêts locaux était important. Le fait de libérer l’argent du secteur public ne permettrait pas d’augmenter le volume alloué au privé, car l’activité économique locale reste limitée. Le secteur bancaire est en fait surdimensionné par rapport à l’économie nationale. » Et de compléter : « C’est au contraire une manne, pour les banques, de pouvoir prêter au secteur public, ce qui lui permet de rémunérer les dépôts autour de 4 % et de drainer l’argent des émigrés. »