Les prêts Kafalat s’adressent aux secteurs de l’industrie, de l’agriculture, de l’artisanat, du tourisme et des hautes technologies. Leur octroi à partir de 2000 a permis de dynamiser les prêts aux entreprises dont le portefeuille des prêts d’exploitation est de 385,9 millions de dollars pour les produits Kafalat Basic entre 2000 et 2008, et de 80,3 millions de dollars pour les produits Kafalat Plus. Entretien avec Khater Abi Habib, président de cet institut de garantie des crédits.

Dans quelle mesure Kafalat a-t-elle contribué à renforcer l’intérêt des banques pour le financement des PME ?
Kafalat a eu un rôle important à ce niveau. Mais si nous existons, c’est en fait parce qu’il y a eu une prise de conscience, dans les années 90, au sein de la communauté financière locale et parmi les donateurs internationaux, de la nécessité de renforcer le soutien aux petites et moyennes entreprises. Si vous prenez les critères nord-américains ou européens, 99,9 % des sociétés libanaises sont des PME. Si on utilise les critères de Kafalat – l’entreprise ne doit pas dépasser 40 employés pour être répertoriée comme PME – on est à 98,2 %. En fait, nous permettons de contrer la distorsion qui s’était faite entre les banques commerciales et les entreprises, du fait du risque extrême lors des années de guerre : les banques avaient alors favorisé les crédits à court terme, la demande de garanties élevées… Le défi consiste à sortir de cette logique : développer des crédits plus longs, s’étendre dans les régions, allouer des crédits à ceux qui ont moins de garanties ou moins de notoriété.

Y a-t-il justement un changement de pratique, au niveau des garanties ?
Nous voulons mettre l’accent sur la faisabilité du projet, les projections d’autofinancement : sur des bases entrepreneuriales, en somme. Dans notre programme Kafalat Basic, nous autorisons les garanties, même si nous les décourageons. Dans les deux autres programmes, dont Kafalat Plus – prévoyant un crédit jusqu’à 600 millions de livres libanaises (près de 400 000 dollars), sur une durée pouvant aller jusqu’à sept ans –, les banques ne peuvent demander aucune garantie ; les entreprises, de leur côté, doivent séparer les budgets entreprises/familles et apporter un minimum de 30 % de fonds propres. Car le changement de pratique ne doit pas venir que des banques : les entreprises doivent devenir plus transparentes, plus organisées. Les prêts subventionnés, que ce soit ceux de la Banque centrale ou ceux émanant de structures étrangères, ont également participé à l’institutionnalisation du marché du crédit.

Quelle part représentent les start-up, dans les prêts Kafalat ?
30 % de nos projets Kafalat Plus sont des start-up. Les clients doivent apporter au moins 30 % de fonds propres et les banques sont autorisées à hausser un peu la marge.
Kafalat Innovative, dont le montant maximal est de 300 millions de livres libanaises (près de 200 000 dollars), a été lancé en 2006 et a eu besoin d’un peu de temps pour se développer : c’est aujourd’hui un produit sérieux. Ce démarrage plus lent est dû à l’émigration importante de jeunes cerveaux dans le Golfe qui auraient pu lancer ici des projets de ce type, ainsi qu’au caractère pointu des projets concernés qui doivent être tout à fait innovateurs, que ce soit par le produit même, sa production ou son marketing. C’est vrai aussi qu’il y a de la résistance de la part des acteurs bancaires, car c’est un produit risqué par nature, et les banques ne peuvent pas demander de garanties. Mais nous garantissons 90 % du prêt Kafalat Innovative. Et aujourd’hui, nous pourrions assister à une hausse de ce produit avec le retour de certains expatriés.

Comment définiriez-vous l’année 2008 pour les prêts Kafalat ?
Nous avons connu une croissance importante de 35,8 % fin 2008 par rapport à 2007. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, l’expansion économique dans le pays : croissance des importations, des exportations – notamment au niveau de l’industrie –, du secteur des services ou du tourisme, par exemple investissement dans les restaurants. Et d’autre part, l’implication des banques qui n’étaient jusque-là pas très actives dans le programme. La crise financière internationale pourrait ralentir la tendance, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui, car nous avons beaucoup de sollicitations.