Pour manger, un Libanais a besoin d’au moins 2,4 dollars par jour, affirme le rapport “Pauvreté, croissance et répartition des revenus au Liban” élaboré par le PNUD. Ce seuil d’extrême pauvreté est différent du seuil international, fixé par la Banque mondiale à 1,25 dollar, car il prend en compte les habitudes de consommation et les prix locaux. Il représente le coût d’un panier alimentaire type permettant de satisfaire les besoins caloriques recommandés par jour. Ce panier, 8 % de la population n’a pas les moyens de se l’offrir, soit 300 000 Libanais, considérés en situation d’extrême pauvreté.
En incluant d’autres besoins comme le logement ou la santé, le seuil de pauvreté a été établi à 4 dollars par jour, un seuil en dessous duquel vit 28 % de la population. Il s’agit d’un seuil monétaire qui signifie que l’on raisonne en termes de dépenses des ménages et non pas en fonction de leur accès à des services de base. Cette méthode de calcul se fonde donc sur la consommation effective/réelle des ménages. L’intérêt de cette approche, qui ne prend en compte qu’une dimension de la pauvreté, est macroéconomique. Elle permet de mesurer l’impact de politiques économiques et fiscales.
Même si cette étude est la première à définir des seuils monétaires de pauvreté et d’extrême pauvreté au Liban, ses conclusions rejoignent celles des études antérieures menées sur la pauvreté, notamment « la carte de la pauvreté humaine et le niveau de vie au Liban » parue en 2007.

Des disparités sociales et géographiques
Le rapport confirme notamment que la répartition des richesses au sein de la société libanaise est très inégale, le dixième de la population le plus pauvre consommant dix fois moins que le dixième le plus riche.
Il identifie également un certain nombre de groupes plus exposés que d’autres. Les familles nombreuses ou celles prises en charge par une femme, par exemple, sont plus souvent touchées par la pauvreté. Autre facteur déterminant : le niveau d’études. Près de trois quarts des familles dont le chef est illettré sont très pauvres, contre 2,5 % des familles dont le chef détient un diplôme universitaire.
À ces disparités sociales, viennent s’ajouter des disparités géographiques. La pauvreté touche ainsi beaucoup moins le centre du pays que sa périphérie. Un Libanais a quatre fois plus de risques d’être pauvre s’il réside dans le Nord plutôt qu’à Beyrouth. Les zones les plus pauvres du pays sont la ville de Tripoli, les régions de Akkar-Minié-Denniyé, de Jezzine-Saïda et de Baalbeck-Hermel. À elles seules, ces régions concentrent la moitié de la population pauvre et les deux tiers des personnes extrêmement pauvres, alors qu’elles n’abritent que le tiers de la population globale.

Des seuils sous-évalués ?

En se basant sur ces chiffres, l’étude évalue le coût de l’éradication de l’extrême pauvreté à 12 dollars par an par Libanais, soit un total d’environ 50 millions de dollars. Toutefois, certains experts remettent en cause cette projection, estimant que les seuils de pauvreté sont « probablement sous-évalués ». Ils font valoir qu’ils ont été calculés à partir de données statistiques datant de 2004, alors que le paysage socio-économique libanais a sans doute évolué depuis. D’autant que cette période a été marquée par des turbulences politiques majeures, notamment une guerre destructrice en 2006, ainsi qu’une inflation de l’ordre de 4,3 % par an, en moyenne.