Le revenu des Libanais est en chute libre : c’est le constat du dernier rapport sur les conditions de vie des ménages, publié par le ministère des Affaires sociales, l'Administration centrale de la statistique (ACS), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l'Organisation internationale du travail (OIT). En l’espace de dix ans, le revenu moyen par ménage a dégringolé au niveau national et dans chacune des régions libanaises. Il est passé de 1 540 000 livres libanaises (1 027 dollars) en 1997 à 1 220 000 (813 dollars) à la veille de la guerre de juillet 2006 et à 1 035 000 (690 dollars) en 2007. Les revenus les plus importants sont enregistrés à Beyrouth (1 586 000 en 2007 contre 2 069 000 en 1997), alors que les moins importants sont enregistrés dans le Sud (751 000 livres libanaises). Cette paupérisation se manifeste par une « incapacité des ménages à payer les scolarités, une demande croissante d’aides financières des familles libanaises, des problèmes de remboursement des crédits aux institutions bancaires, la hausse enregistrée dans le panier de consommation et, enfin, la baisse du taux de natalité », commente l’économiste Louis Hobeika.

Faible couverture médicale
La situation des ménages est d’autant plus précaire que les principaux services sociaux ne sont pas disponibles gratuitement pour l'ensemble des Libanais et qu'il faudrait donc les inclure dans le budget des ménages.
Ainsi, au niveau de la santé, en 2007, 48,3 % des Libanais seulement jouissent d’une couverture médicale, publique ou privée, le taux le plus bas étant enregistré dans la région de Nabatiyé (33,6 %). Cette situation met en danger plus de la moitié de la population libanaise, qui doit puiser dans ses économies ou taper à la porte des notables et des organisations caritatives pour assurer l'hospitalisation d'un patient. Le problème s’aggrave encore plus avec la crise chronique entre les hôpitaux, la Caisse nationale de Sécurité sociale, certaines mutuelles et l'État, chacun réclamant des fonds de l'autre : une crise qui peut menacer jusqu’à 80 % de la population profitant directement ou indirectement de ces caisses.

L’éducation coûte que coûte
L’éducation constitue elle aussi un fardeau pour les ménages, qui s’acharnent, malgré les entraves économiques, à faire le moins de concessions dans ce domaine.
Le taux de scolarisation au Liban est depuis toujours un des plus élevés dans la région. Et il ne fait qu’augmenter, notamment pour les tranches d'âge de cinq à 14 ans. Une comparaison entre les statistiques de 1997, 2004 et 2007 confirme cette tendance à la hausse, malgré les difficultés économiques des ménages libanais. Le taux de scolarisation des 5-9 ans atteint pour les filles et les garçons les 99,1 % (à égalité entre les deux sexes), contre 98,6 % en 2004 et 95,4 % en 1997. Si le taux d'abandon scolaire reste relativement bas pour les 10-14 ans (95,3 % de scolarisation en 2007 contre 95,2 % en 2004 et 93,8 % en 1997), il augmente dramatiquement pour la tranche des 15-19 ans par rapport aux tranches d’âge précédentes (74,8 % de scolarisation en 2007), surtout chez les adolescents de sexe masculin (69,2 % de scolarisation chez les garçons contre 81,3 % chez les filles). Toutefois, le taux de scolarisation est en progression rapide durant les dix dernières années pour les deux sexes (71,1 % en 2004 et 63,6 % en 1997).

Renforcer l’école publique
Les raisons principales de l'abandon scolaire restent l'entrée prématurée dans la vie active, l'échec scolaire et le problème de paiement des écolages. Les chiffres montrent à ce niveau que seuls 41,3 % des élèves libanais fréquentent en 2007 les écoles publiques, contre 45,6 % en 2004, une baisse qui dénote une confiance décroissante dans l’enseignement public.
Pour ce qui est des taux de scolarisation des 20-24 ans, ils connaissent eux aussi une augmentation très importante depuis 1997, passant de 24,4 % à 34,2 % en 2004 et à 39,2 % en 2007. Cet intérêt pour l'enseignement supérieur et sa qualité avaient valu à Beyrouth en 2005 le titre de la ville aux meilleures ressources humaines dans la région MENA, devant Haifa, décerné par le magazine FDI (une publication du Financial Times).
À noter toutefois que les chiffres de retards scolaires par classe sont assez importants : ils sont de 33,8 % pour le primaire, 47,2 % pour le complémentaire et 56,4 % pour le secondaire.
Enfin, une lecture des différents taux d’analphabétisme selon les tranches d’âge montre clairement les progrès qui ont été faits au cours du temps non seulement au niveau de la scolarisation en général, mais au niveau de la réduction de l'analphabétisme chez les filles en particulier. Alors que les taux d'analphabétisme des plus de 65 ans enregistrent 27,0 % pour les hommes contre 56 % pour les femmes, ils chutent à 1,0 % pour les garçons et 1,6 % pour les filles de 10 à 14 ans.

Peu de femmes cadres
Où mènent ces années de préparation à la vie active ? Le rapport montre la prépondérance du secteur tertiaire, avec les services qui attirent 41,6 % des travailleurs (40,8 % en 1997), suivis du commerce (22,7 % en 2007 contre 23,3 % en 1997).
Par ailleurs, la distribution des personnes actives dans les différentes catégories professionnelles montre que si les hommes se taillent toujours la part du lion dans les emplois de hauts cadres et de directeurs au Liban (14,4 % des hommes contre 4,0 % des femmes), les femmes accèdent beaucoup plus facilement aux métiers spécialisés (enseignement universitaire, médecine, génie...) avec 20 % des femmes occupant de tels postes contre 7,1 % des hommes seulement.
Les différences entre hommes et femmes se manifestent aussi au niveau de la répartition de la situation professionnelle : 12,1 % des hommes sont des employeurs, contre 1,7 % des femmes seulement ; en contrepartie, 74,8 % des femmes sont employées sur base d’un salaire mensuel contre 44,2 % des hommes.
À noter qu’en 2007, les femmes constituent 24,7 % de l'ensemble des travailleurs au Liban. Quant au taux de chômage, il s’établit à 9,2 % pour les 15-64 ans en 2007, contre 8,0 % en 2004 et 8,6 % en 1997.
C’est l’une des raisons pour laquelle les Libanais manifestent leur volonté de quitter le pays. Le taux d'individus qui envisagent d’émigrer est passé de 8,1 % à 13,4 % après l’offensive israélienne de l'été 2006. Le taux des familles entières qui envisageaient cette option est passé de 3,5 % à 7,4 %. Cette augmentation est notée dans l'ensemble des catégories salariales.

Vive le célibat ?
Les conditions de vie précitées ne sont visiblement pas propices au mariage. Les Libanaises et les Libanais prennent de plus en plus leur temps avant de convoler en justes noces. Les statistiques de 2007 montrent que 52,1 % des femmes entre 25 et 29 ans sont à la recherche d'un prince charmant, contre 80,1 % d'hommes dans la même tranche d’âge, toujours célibataires, attendant de jours meilleurs pour épouser leur Cendrillon. Presque la moitié des hommes de 30 à 34 ans (46,5 %) et le tiers des femmes (33,5 %) ne sont pas mariés, contre respectivement 42,3 et 30,1 % en 2004, 42,0 et 30,5 % en 1997. La moyenne d’âge pour le mariage est de 32,7 ans pour les hommes et de 28,9 ans pour les femmes.
Ce retard affecte clairement la pyramide des âges. Elle se rétrécit progressivement à la base, les 0 à 4 ans, les 5 à 9 ans, les 10 à 14 ans et les 15 à 19 ans constituant respectivement 6,9, 8,3, 9,4 et 9,7 % de l'ensemble de la population libanaise. En plus de l'augmentation du nombre de célibataires et des mariages de plus en plus tardifs, le taux de fertilité à la baisse et l'émigration des jeunes sont à l’origine de ce phénomène.
C’est ainsi, qu’avec le temps, la structure de la famille libanaise a changé clairement depuis 1970 : pour chaque 1 000 chefs de ménage, on comptait 3 020 enfants en 1970 contre 2 215 en 2007. Ainsi, un ménage en 1970 était composé de 3,02 enfants en moyenne. Aujourd’hui, il en a 2,21.
Sous l’effet de cette réduction du nombre d'enfants par famille et de l’émigration, les estimations du nombre total de résidents sur le territoire libanais sont passées de 4 005 000 personnes en 1997 à 3 759 136 en 2007. Les résidents étrangers forment 3,8 % du total en 2007 contre 6,6 % en 2004 et 7,5 % en 1997. La répartition géographique selon les régions libanaises montre que la majeure partie de la population libanaise se concentre dans Beyrouth (9,6 % contre 22,3 % en 1970), la banlieue sud (12,2 %) et le Mont-Liban (27,3 %).