Les pays du Moyen-Orient ont bénéficié depuis 2000 d’une dynamique de croissance sans précédent. La progression du PIB a atteint en moyenne 6,6 % l’an dernier, pour un total de 1 500 milliards de dollars. Depuis septembre dernier, la région subit le contrecoup de la crise mondiale, qui se traduira par un ralentissement sensible de la croissance, le Qatar et l’Irak étant les deux seuls pays susceptibles de maintenir une croissance proche de 10 %. Quelle que soit l’ampleur de ce ralentissement, les pays du Golfe disposent d’une capacité de résistance exceptionnelle, grâce aux réserves considérables accumulées et grâce aussi à la diversification de leurs économies. Le lien entre le prix du baril de pétrole et le taux de croissance sera de ce fait de moins en moins étroit dans les prochaines années.

Arabie saoudite
Depuis début 2009, l’Arabie saoudite fait face à une série de défis. Le prix du baril saoudien s’est stabilisé autour de 45 dollars, soit une baisse de 50 % par rapport à son cours moyen de 2008, après avoir frôlé les 30 dollars. De surcroît, le pays voit un effet volume se conjuguer avec l’effet prix, le royaume supportant la part la plus importante des baisses de production successives décidées par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). La production saoudienne est ainsi passée de 9,7 milliards de barils/jour en juillet 2008 à 8 milliards en mars 2009. Parallèlement, la dévalorisation boursière a été massive ; l’indice boursier saoudien, le TASI, a vu sa valeur s’effondrer, passant de 10 000 points début 2008 à moins de 4 000 au second semestre. Les conséquences de cette baisse sont cependant moins importantes en Arabie que dans les autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), les acteurs boursiers étant exclusivement des entreprises publiques dont seule une part minime du capital est cotée. Le pays s’oriente donc vers un ralentissement de la croissance en 2009 qui, selon les estimations, atteindrait 2 % alors que celle du secteur non pétrolier serait de 9 %.
Des facteurs de résistance singularisent toutefois l’Arabie au sein des pays du CCG. Le royaume est en effet le seul pays du CCG à ne pas avoir mis en place de fonds souverain pour assurer la gestion dynamique de ces excédents financiers. Ces derniers sont directement placés auprès de la Banque centrale, la Saudi Arabia Monetary Authority (SAMA), exclusivement en bons du Trésor (principalement américains et japonais). Quant au secteur bancaire, il est sous la supervision de la SAMA qui impose des ratios particulièrement stricts et une régulation restrictive qui interdit aux banques les activités à risque.
Ces atouts sont encadrés par la prédominance d’un fort volontarisme économique reposant sur une stratégie à double volet : un budget 2009 très conservateur dont l’objectif principal est de rétablir la confiance dans l’économie nationale et l’accroissement des financements publics aux grands projets. En effet, les recettes publiques prévues pour 2009 se situeraient autour de 109 milliards de dollars (sur la base d’un prix du baril de 37 dollars et d’une production moyenne de 7,7 milliards de b/j contre des dépenses de l’ordre de 127 milliards de dollars, en augmentation de 16 % par rapport à 2008. Le déficit devrait donc atteindre 18 milliards de dollars, un chiffre très faible par rapport aux 550 milliards de dollars de réserves détenues par la Banque centrale. Quant aux grands projets, ils seront financés via les interventions directes du Public Investment Fund (PIF), banque d’État qui finance des projets d’utilité publique et les prêts octroyés par le Saudi Industrial Development Fund (SIDF). À noter que pour la quatrième fois depuis octobre 2008, la SAMA a baissé son taux, le ramenant de 5,5 à 2 %.

Qatar
Le Qatar dispose, grâce au gaz, d’une capacité de résistance à la crise financière plus importante que les pays strictement pétroliers. Non seulement il dépend majoritairement du gaz, mais il a, par ailleurs, prévu de doubler ses capacités de production. De plus, la vente du gaz se fait principalement sur la base de contrats à long terme (25 ans) avec des prix négociés à l’avance et généralement révisables uniquement à la hausse en cas d’accroissement des prix. Par ailleurs, l’appréciation du dollar, auquel le riyal qatari reste ancré, pourrait se traduire par une baisse significative de la composante importée de l’inflation (produits alimentaires et matériaux de second œuvre notamment). Le taux d’inflation global serait ainsi ramené à 10 % en 2009, après avoir atteint le pic de 15 % en 2008.
Par conséquent, quoiqu’en forte décélération, la croissance devrait se maintenir à un rythme soutenu compris entre 6 et 9 %. Elle sera tirée par les grands projets qui, en grande majorité, seront conduits à leur terme, la plupart des investissements publics prévus disposant en effet de financements sécurisés et le pays de confortables excédents lui permettant de faire face à une conjoncture internationale moins favorable.
Quant au secteur bancaire, il paraît peu affecté par l’assèchement des liquidités. Les banques qataries disposent selon le Fonds monétaire international de près de 6 milliards de dollars d’avoirs auprès de la Banque centrale sous forme de certificats de dépôts et de réserves obligatoires. Par ailleurs, le contrôle exercé par la Banque centrale a contribué à prémunir les banques contre les effets de contagion. De plus, des mesures de soutien aux banques ont été adoptées en automne dernier. À savoir : l’autorisation donnée au fonds souverain Qatar Investment Authority d’acheter jusqu’à 20 % de titres de l’ensemble des banques privées cotées en Bourse, soit près de 5,3 milliards de dollars, et le rachat par l’État des portefeuilles d’actions détenus par les banque à leur valeur boursière de février 2009.
D’ailleurs, le pays entend tirer profit de la crise pour poursuivre les réformes du système financier, notamment la fusion prévue des trois régulateurs actuels du marché (Qatar Central Bank, Qatar Financial Markets Authority pour les activités onshore et Qatar Financial Center Regulatory Authority pour les activités offshore) qui donnera naissance à la Financial Regulatory Authority. Le Qatar sera ainsi le deuxième pays du CCG après Bahreïn à disposer d’un superviseur unique des marchés financiers, contribuant à une meilleure surveillance des activités financières et à une homogénéisation des procédures.

Émirats arabes unis
La crise financière a brutalement mis fin à la spirale spéculative qui a touché le secteur immobilier de Dubaï dès 2006 et qui a connu son apogée en août 2008. La demande dans tous les segments de l’immobilier s’est ainsi essoufflée, entraînant une correction sévère du marché. La chute des prix des logements est estimée, selon les professionnels, à 23 % sur les trois derniers mois de 2008 et pourrait s’accentuer pour l’année 2009 (de -15 à -30 %).
Outre le secteur immobilier, qui représente environ 30 % du PIB de l’émirat de Dubaï, la crise a également atteint les services qui sont le cœur de sa politique de diversification : le tourisme et les transports. La fréquentation des hôtels est en baisse de 20 à 30 % pour les deux premiers mois de 2009. Le volume du fret tant maritime qu’aérien s’est essoufflé ainsi que le transport de passagers.
L’émirat d’Abou Dhabi semble moins exposé. Il concentre des activités de production (la quasi-totalité de la filière pétrolière et gazière, l’essentiel des industries lourdes) qui lui permettent de limiter l’impact de la baisse de la demande externe. La part de l’immobilier dans la création de richesse demeure contenue à un niveau raisonnable. Le développement repose ainsi sur des projets structurants : énergies propres, secteur culturel, éducation…
Pour parer à la situation, des mesures conjoncturelles ont été prises par les autorités fédérales. Les premières consistent à restaurer la confiance et assurer la liquidité du système bancaire : prêts exceptionnels pour 14 milliards de dollars accordés à taux préférentiel par le ministère des Finances, garantie des dépôts et des passifs sur le marché interbancaire pour trois ans, affectation d’un budget exceptionnel de 19 milliards de dollars au ministère des Finances dédié au secteur bancaire… De son côté, la Banque centrale vient de confirmer qu’un plan de soutien à l’économie était à l’étude.