Les travaux entrepris par le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) afin d’améliorer la circulation dans le Grand Beyrouth font un peu penser au tonneau des Danaïdes. Les chantiers se multiplient dans la capitale, sans que l’on ait l’impression que la situation du trafic change vraiment. Les travaux, lancés en avril 2005 dans le cadre du projet UTDP (Urban Transport Development Project), devraient durer jusqu’en 2012. Le projet du CDR, estimé à 230,7 millions de dollars, propose d’agir sur trois principaux axes pour améliorer la situation du trafic et la circulation routière : la construction de nouveaux passages pour décongestionner les artères principales, la mise en place d’un plan de gestion du trafic et l’installation de parcmètres dans des zones spécifiques de la capitale. « Le projet permettra d’améliorer un peu une situation déjà très mauvaise, mais ne pourra pas résoudre à lui seul les difficultés de transport dans le Grand Beyrouth », affirme d’emblée l’expert des transports Tammam Nakkash. « L’UTDP apporte surtout une réponse routière aux problèmes du trafic, mais ne peut constituer qu’un avant-projet qui facilitera la mise en place d’un système de transport collectif », explique Élie Hélou, l’ingénieur responsable du projet UTDP au CDR.
La construction de pont et de tunnels aux carrefours principaux
La partie la plus importante de l’UTDP a pour objectif la réalisation de ponts et de tunnels à 19 carrefours principaux congestionnés, le long de sept corridors aux différentes entrées de la capitale. Chaque carrefour a été sélectionné pour permettre une amélioration du trafic sur toute la longueur du corridor (rue sans croisement construite au niveau d’artères encombrées). Les entrées est et nord, les plus embouteillées, ont été privilégiées. Depuis 2005, six ouvrages ont déjà été achevés : le pont Hayek, pour une valeur de 6 millions de dollars, la jonction Bchémoun-Aramoun pour un montant de 2,2 millions de dollars, le pont de Dora (12 millions de dollars), le pont d’Antélias (11,5 millions de dollars), le tunnel de Adlié (9 millions de dollars) et enfin le tunnel du Musée (4,2 millions de dollars). Quatre projets sont actuellement en cours : le tunnel et le pont de Chiyah, le tunnel de Mar Mikhaël, le tunnel de Tayyouné et le pont de Nahr el-Mott (Zalka-Bauchrié). Pour ce dernier ouvrage, les travaux devraient durer encore un an et demi. « Il reste encore neuf projets à lancer, et nous espérons commencer en 2009 le pont de Jal el-Dib, le pont et le tunnel de Mkallès, les travaux à Dékwané, Mcharrafié et peut-être même au croisement Béchara el-Khoury-Indépendance », explique Élie Hélou, le responsable du projet UTDP au CDR. Seize des dix-neuf projets ont jusqu’ici trouvé une source de financement. Le CDR a effectué plusieurs enquêtes en octobre 2008 pour mesurer l’impact des chantiers réalisés. « Là où nous avons effectué des travaux, nous constatons une augmentation de la vitesse moyenne de la circulation, soutient Élie Hélou. Entre Barbir et l’usine Fiat, la moyenne est désormais de 40 km/h, alors qu’avant les travaux à Mathaf et Adlié, elle était de 26 km/h. À Jal el-Dib, la vitesse moyenne était de 16 km/h aux heures de pointe, elle est maintenant de 50 km/h dans les sections où nous avons travaillé. » Mais les travaux lancés par le CDR permettront seulement d’éviter une aggravation des embouteillages. Avec l’augmentation programmée de la population et des véhicules motorisés dans les prochaines années, la situation ne sera pas forcément meilleure en 2015 ou 2020. « À l’entrée nord de Beyrouth, où circulent en moyenne 260 000 voitures dans les deux directions, il faudrait huit voies de circulation au lieu de quatre, pour permettre un trafic à peu près fluide. Mais le projet UTDP ne permet pas de construire de nouvelles infrastructures, il peut seulement améliorer des axes existants. Le grand projet de périphérique de Beyrouth, par exemple, ne fait pas partie de l’UTDP », affirme Élie Hélou.
De nouveaux feux rouges, une première à Beyrouth depuis la guerre
Le second volet du projet UTDP concerne la gestion du trafic. Il est estimé à 35 millions de dollars, financés à la fois par la Banque mondiale et le gouvernement libanais. Il comprend notamment l’installation d’environ 500 feux de signalisation à 220 carrefours du Grand Beyrouth : 120 dans le Beyrouth administratif et 100 dans les banlieues. Tous les anciens feux qui dataient des années 70 vont être remplacés. Les nouveaux feux ont commencé à être installés en 2007 et devraient tous être opérationnels à la fin de l’année 2009. « Plus de 80 % des feux ont été installés, mais seulement 25 % ont été allumés », affirme Élie Hélou. C’est la société espagnole Traffco qui s’occupe de l’installation des feux et qui sera chargée de la maintenance, avant que la municipalité de Beyrouth devienne en principe responsable de l’entretien. Des compteurs seront installés au bord des carrefours de feux et transmettront des informations sur les flux à un centre de contrôle du trafic. Ce nouveau centre, qui doit être inauguré cet été à la corniche du Fleuve, sera directement en contact avec les contrôleurs de feux et permettra de modifier les temps d’attente aux carrefours grâce à un système dit “adaptatif”. Ce centre informatisé est annoncé comme étant « l’un des plus modernes au Moyen-Orient », selon le colonel Joseph Douaya, chef du département du trafic aux Forces de sécurité intérieure (FSI). Fonctionnant 24h/24, il emploiera quotidiennement une centaine de personnes. Il sera également connecté à une quarantaine de caméras de surveillance, qui sont en cours d’installation le long de quatre corridors principaux (nord, sud, est et corniche Mazraa). Le système de caméras de surveillance pourrait ensuite être généralisé pour tout le Grand Beyrouth. Le programme de gestion de trafic prévoit aussi des travaux supplémentaires comme le marquage au sol et l’aménagement de passages pour les piétons, et enfin des mesures pour la police du trafic. La compagnie Telvent va fournir de nouveaux équipements aux policiers pour un montant de 3 millions de dollars : motos, voitures, casques et peut-être même de nouveaux uniformes. Il n’est pas pour l’instant prévu d’augmenter le nombre de policiers de la circulation. « Nous disposons de 400 hommes pour assurer la circulation dans le Grand Beyrouth, alors qu’il nous en faudrait au moins 800 », explique cependant le colonel Joseph Douaya. Une centaine de policiers ont été par ailleurs formés par des collègues français de la société Civipole au mois de janvier dernier.
Des parcmètres dans certains quartiers commerciaux de la capitale
Depuis un an, les parcmètres font partie du paysage de la capitale. Ils rentrent aussi dans le cadre du projet UTDP et sont financés à hauteur de 8 millions de dollars par un prêt de la Banque mondiale. Quelque 6 000 espaces d’arrêt sont prévus dans le Grand Beyrouth. Environ 60 % des 740 parcmètres que comprendront la capitale et sa banlieue ont déjà été installés. La grande majorité des appareils se trouve dans Beyrouth, essentiellement dans des zones à forte activité commerciale (Hamra, Verdun, Achrafié, centre-ville). « La fin des stationnements gratuits sur la chaussée change les comportements des usagers. Au lieu de stationner parfois pendant une journée à la même place, ils vont se garer beaucoup moins longtemps sur la chaussée et libérer des voies de circulation », explique Élie Hélou. Ceux qui utilisaient les artères commerciales pour stationner vont avoir tendance à se replier dans des petites ruelles ou dans des parkings privés. « Les parcmètres seront très utiles pour ceux qui veulent effectuer de petites courses », poursuit l’ingénieur du projet UTDP. Les premiers résultats d’utilisation des parcmètres sont plus que positifs. « Nous pensions que la durée moyenne de stationnement se situerait entre 1h et 2h, en fait elle est en général de 15 à 30 minutes. Les utilisateurs sont de ce fait plus nombreux, nous avons recensé plus de 700 000 transactions, avec moins de 10 % de fraude », ajoute-t-il. Une amende de 10 000 livres est prévue en cas de non-paiement de la franchise ou de dépassement d’horaires. Le faible tarif des parcmètres, à 500 livres la demi-heure – et qui pourrait même passer à 250 livres dans certains quartiers –, semble avoir séduit les Beyrouthins. « Pour être efficace, le concept doit être étendu à d’autres secteurs de la ville », explique Ziad Akl, de l’association de prévention routière Yasa. Les quelques milliers de places d’arrêt payantes ne résoudront pas cependant le manque de parkings dans la capitale. Elles permettront d’apporter des solutions ponctuelles en attendant la mise en place de vraies politiques publiques, défaillantes depuis plus de 15 ans en la matière.
Le financement du projet UTDP
Le projet de développement urbain du CDR est chiffré à 230,7 millions de dollars, financés en majeure partie par des fonds étrangers. La Banque mondiale est le principal bailleur, avec un apport initial de 65 millions de dollars lors du lancement de l’UTDP, puis en janvier dernier avec un prêt de 70 millions de dollars à taux d’intérêt très réduits. L’État libanais participe pour sa part à hauteur de 40 millions de dollars, dont 15 millions pour les expropriations et 25 millions pour des constructions. Il manque encore à l’appel environ 45 millions de dollars. Le coût initial du projet a augmenté, notamment à cause de la fluctuation du prix des matières premières, qui a généré des charges supplémentaires de 39,7 millions de dollars.
Les campagnes de sensibilisation routière
Plusieurs campagnes d’information sur le thème de la sécurité routière ont été lancées de 2007 à avril 2009 dans le cadre du projet UTDP, pour un coût global de 350 000 dollars. C’est l’association Yasa, en joint-venture avec la société libanaise Rouge, qui a été chargée du projet. « La campagne a été lancée sur de nombreux thèmes : le port de la ceinture, le respect des feux de signalisation, le respect des lignes, des passages piétons ou les parcmètres, explique Ziad Akl, le fondateur de Yasa. Il est urgent d’agir, car environ 1 000 personnes décèdent ou sont sérieusement blessées par des accidents piétons dans la région métropolitaine de Beyrouth chaque année. » La campagne nationale s’est étalée sur 900 affiches publicitaires, près de 15 000 posters et 500 000 brochures ont été distribués dans les écoles, universités et municipalités. Plusieurs clips sont passés à la radio en 2007 et 2008, et deux conférences nationales ont été organisées. « Les résultats de la campagne sont encourageants, environ 90 % des automobilistes respectent les feux de circulation. Mais les passages piétons restent encore largement ignorés par les conducteurs », soutient Ziad Akl. L’association Yasa a déjà lancé à son propre compte plusieurs campagnes publicitaires sur le thème de la sécurité routière en 2006, 2007 et 2008, qui ont préparé celle de l’UTDP. « Nous allons continuer notre campagne nationale de prévention des accidents et de respect des lignes et des signaux, même après la fin du projet du CDR », conclut Ziad Akl.
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