Après l’annonce d’une hausse de 18 % des bénéfices nets de Solidere en juin à 182,7 millions de dollars, les analystes financiers de la banque EFG Hermes recommandent l’achat du titre dans une perspective d’investissement à long terme et de le conserver à moyen terme. L’objectif de cours est à 33,30 dollars, sachant qu’il était à 22,64 le 10 juillet, deux jours avant la publication du rapport. « Nous pensons que l’action va profiter de la stabilité politique retrouvée après les élections de juin 2009, d’une économie libanaise solide et d’un taux de dividendes de 4 % », annonce la banque.
Cette recommandation favorable repose en majeure partie sur les bons résultats de l’activité au Liban de la société chargée de reconstruire le centre-ville de Beyrouth. Celle-ci bénéficie de revenus stables et réguliers, selon le rapport, qui devraient augmenter à court terme grâce à l’augmentation des locations de biens et l’ouverture de la partie sud du projet des souks. En 2007, Solidere avait enregistré 21 millions de dollars de revenus de loyers. Un poste de recette qui devrait s’établir à 56 millions de dollars en 2011, estime EFG Hermes. La vente de parcelles, source principale de revenus jusqu’ici, devrait en revanche ralentir, même si elle conservera une grande place dans le bilan grâce aux prix élevés pratiqués en centre-ville et dans les quartiers du front de mer beyrouthin. Seul bémol à ces perspectives optimistes : « Tout retard dans les réformes politiques ou la formation du gouvernement pourrait nuire à la bonne santé de l’action, estiment les analystes. De nombreux investisseurs considèrent Solidere comme le moyen de s’implanter au Liban, et l’action a traditionnellement fluctué au gré de la confiance dans la situation politique libanaise. »
EFG Hermes décompose son évaluation du cours de Solidere en plusieurs parties. La contribution des activités à Beyrouth de la société à la valeur du titre est de 28 dollars. Une valorisation qui tient à la fois compte des revenus locatifs et de la valeur marchande des terrains encore inoccupés, qui totalisent environ deux millions de mètres carrés. Quelque 3,09 dollars sont liés aux créances clients et aux liquidités. Enfin, seuls les 2,29 dollars restants représentent la contribution estimée de la filiale Solidere International (SI), possédée à 38,2 % par le groupe. Les experts estiment qu’actuellement les marchés notent SI à près de 0. À long terme, « nous pensons que cette valorisation est appropriée compte tenu de la visibilité limitée et de l’incertitude quant à la valeur des projets », expliquent les experts d’EFG Hermes.
Des projets qui se concentrent au Moyen-Orient, avec quatre chantiers commencés à Ajman (Émirats arabes unis), Djeddah en Arabie saoudite et deux au Caire en partenariat avec la société SODIC. « Nous craignons que SI ait à affronter un environnement fortement concurrentiel à moyen terme, compte tenu de la fragilité de l’économie mondiale », note le rapport. Ce qui pourrait entraîner des retards dans les chantiers (en particulier à Ajman et au Caire, où SODIC accuse déjà des retards) et même d’éventuelles annulations, qui pénaliseraient fortement le cours de l’action SI. Celle-ci n’a fait que baisser depuis juillet 2008, la confiance des investisseurs étant ébranlée par l’incertitude liée à l’impact de la crise internationale sur le marché régional de l’immobilier. « Nous ne pensons pas que SI annonce réellement des retards de chantiers, mais que l’envergure des projets sera revue à la baisse », note le rapport. Autre point à surveiller : la société n’a toujours pas donné de détail quant à l’avancement d’un projet dans la ville de Bodrum en Turquie dont elle avait évoqué l’existence dans une note de mai 2007. Solidere International s’expose également au risque de change à travers ses contrats en livres égyptiennes, le dirham des Émirats et le riyal saoudien étant fixés au dollar.
EFG Hermes reste toutefois confiant, estimant très bonne la stratégie de positionner Solidere à l’international pour des perspectives d’expansion à long terme. « SI devrait se positionner sur des projets de développement plus modestes et sur le développement et la planification urbaine qui fourniraient des revenus stables sans les risques de développement », recommande le rapport.
En dépit de la solidité du groupe, les analystes ne pensent pas que la conjoncture sera très favorable à moyen terme. S’ils estiment à 47 % la hausse d’objectif de cours, ils recommandent aux investisseurs de rester prudents. La hausse des prix observée après les élections du 7 juin devrait également limiter l’augmentation de la valeur de l’action à court terme.