Pour trouver des emplois aux excès de liquidités en livres libanaises sur le marché, la Banque du Liban encourage les banques à prêter en monnaie nationale au secteur privé, au lieu de souscrire à des bons du Trésor ou à des certificats de dépôts. Le 9 mai 2009, elle a émis pour cela les circulaires 185 et 186 exemptant jusqu’en juin 2010 les banques des réserves obligatoires en livres libanaises lorsqu’elles font crédit à certains secteurs. Il s’agit d’une incitation financière, car les banques retrouvent ainsi la possibilité de placer ailleurs ces réserves obligatoires, qui représentent 15 % de leurs dépôts à terme et ne sont pas rémunérées par la Banque centrale. Le client y trouve quant à lui un avantage clair : les taux sont plafonnés à 5,7 %, soit des prêts deux fois moins cher en livres libanaises, et de 2 à 3 points inférieurs à ceux en vigueur sur les prêts libellés en dollars.

La plupart des secteurs
Certains secteurs et certains prêts étaient déjà concernés par ce mécanisme d’exemption. Il s’agissait de l’habitat, du secteur productif (industrie, production, tourisme, agriculture, etc.) et des prêts subventionnés (Kafalat…). Les circulaires du 9 mai 2009 en ajoutent d’autres : le secteur de la santé, de l’éducation (les institutions), le commerce, les prêts étudiants et toute autre activité économique, à l’exception de l’immobilier et des prêts à la consommation.
La circulaire 197 du 26 juin 2009 a ensuite étendu le mécanisme d’exemption aux “prêts verts” : architecture verte, énergies renouvelables, écotourisme, etc. Mais elle ne concerne que le montant de l’investissement dédié à la partie “verte” du projet. De plus, si des prêts subventionnés servent à financer des “investissements verts”, ils bénéficient de 1 % de réduction de taux d’intérêt supplémentaire sur la partie du prêt consacrée à la partie verte du projet.

Taux plafonné
Les taux d’exemption des réserves obligatoires varient entre 15 et 100 % en fonction du prêt. En pratique, dans l’hypothèse d’une exemption de 60 %, lorsque la banque accorde un prêt de 100 millions de livres, elle récupère l’équivalent de 60 millions de livres jusque-là placées en réserves obligatoires non rémunérées, explique Waël Hamdan, responsable du département financier de la Banque du Liban. Elle n’est toutefois pas libre de placer ces 60 millions à sa guise, sachant que le rendement minimum sur le marché est de 6,8 % sur les bons du Trésor à un an. L’objectif n’étant pas de pousser les banques à prêter davantage à l’État, le mécanisme impose d’orienter les crédits vers le secteur privé. Il prévoit pour cela une marge de 300 points par rapport à la rémunération précédemment obtenue sur les 100 millions de livres, soit 2,72 millions de livres, correspondant à 40 millions (100-60) placés à 6,8 % (40x6,8 %). Le taux d’intérêt des prêts bénéficiant de ce mécanisme est ainsi plafonné à 5,72 % (2,72+3).
Selon la même logique, les prêts étudiants et les prêts verts, qui sont exemptés de 100 % de réserves obligatoires, ont un taux d’intérêt plafonné à 3 %.

Meilleur rendement
« Pour la banque, le rendement effectif du prêt est supérieur à l’intérêt payé par le client », poursuit Waël Hamdan, car tout se passe comme si 40 millions de livres en rapportaient 5,72 millions, ce qui correspond à un taux de 14,3 %.
Au-delà de l’avantage financier, les banques trouvent là des possibilités de placements pour leurs livres libanaises, sachant que la Banque centrale a cessé d’émettre des certificats de dépôts (qui rapportaient 8 % environ). Ces crédits sont mieux rémunérés que les placements possibles actuellement sur les marchés internationaux. Ils sont aussi moins risqués, car le taux d’intérêt étant moindre, le risque de défaut de paiement des clients diminue.

Réserves obligatoires en dollars
La Banque centrale a étendu le mécanisme d’exemption aux réserves obligatoires en dollars, mais ces exemptions sont moitié moindres que pour les crédits en monnaie nationale, afin de favoriser ces derniers. Par exemple, si un prêt en livres libanaises bénéficie de 60 % d’exemption de réserves obligatoires, il ne profitera que de 30 % d’exemption en dollars. Les réserves obligatoires en dollars représentent aussi 15 % des dépôts à terme, mais contrairement aux réserves en livres, elles peuvent être rémunérées jusqu’à 3,17 % actuellement.
Selon la même logique de faire profiter le client final de l’économie réalisée par la banque, le taux d’intérêt des prêts bénéficiant de ce mécanisme est plafonné à 5,2 %, soit le coût des fonds (3,2 %) + 200 points de marge.
Il est donc plus avantageux pour une banque de prêter en livres libanaises qu’en dollars, puisque sa marge est de 3 % en livres et de 2 % en dollars. Et pour le client final, le différentiel de taux entre un crédit en livres libanaises et un crédit en dollars est réduit à 0,5 point.

Un mécanisme plutôt bien accueilli
Si la majorité des banques interrogées sont favorables à ces mesures et pensent qu’elles auront un impact positif sur l’économie libanaise, certaines regrettent cependant que la Banque centrale ne soit pas allée plus loin en abaissant carrément les taux d’intérêt sur la livre libanaise. D’après Freddie Baz, directeur de la stratégie du groupe Audi-Saradar, « la Banque centrale peut encore baisser le taux d’intérêt sur la livre libanaise, tout en maintenant la marge de risque-pays avec le taux sur le dollar. Mais le gouverneur ne le fait pas, car il a peur de casser le cercle vertueux actuel qui lui procure des réserves de change confortables ».