Le Liban achève son deuxième programme EPCA avec le FMI. Que va-t-il se passer maintenant ? Allons-nous vers un programme stand-by ?
Lorsqu'un pays s'engage dans un programme EPCA, on s'attend en général à ce que ce dernier ouvre la voie à un programme stand-by, mais ce n'est pas une obligation. Certains pays se sont contentés de programmes EPCA, qui ont été renouvelés ou pas. Le FMI attend la formation du gouvernement libanais pour pouvoir engager des discussions sur l'évolution de nos relations. La conclusion d'un accord stand-by est une option. Les autorités libanaises le savent.

Sur quoi porteront les discussions que vous allez engager avec le prochain gouvernement ?
Sur trois types d'indicateurs. Le premier concerne le budget, car le problème de la dette reste prioritaire. Le ratio dette/PIB a certes été réduit, mais il reste beaucoup à faire. Le Liban demeure l'un des pays les plus endettés du monde, même s'il est vrai que les pays industrialisés ont récemment accumulé beaucoup de dettes en raison de la crise internationale. Nous estimons qu'il y a une marge de manœuvre importante pour augmenter l'excédent primaire. Il est notamment possible de réduire les subventions et plus généralement de rationaliser les dépenses, d'améliorer la collecte des impôts conformément aux propositions formulées lors de la conférence de Paris III.
Nous nous intéressons en deuxième lieu à la politique de taux d'intérêt. Nous aimerions mettre cette question sur la table pour évaluer s'il y a une possibilité de baisser les taux, sachant que les réserves en devises accumulées par le Liban sont très grandes. Les politiques monétaires de “quantitative easing” vont perdurer un certain temps dans les pays industrialisés et il faudra se poser la question de savoir qu'elle est la bonne marge d'intérêt entre les taux libanais et les taux internationaux.
Enfin, notre troisième préoccupation concerne le secteur de l'énergie. Les subventions qui sont accordées sont très élevées. La réforme est cruciale. Et son impact sera double, d'une part, sur l'excédent primaire du budget et, de l'autre, sur la relance de la croissance.

Vous ne mentionnez ni la privatisation ni la politique de change, qui étaient pourtant pendant longtemps des priorités du FMI au Liban ?
La privatisation reste une priorité dans l'absolu, mais le timing n'est pas forcément le bon, en raison de la crise financière internationale. Il faut pouvoir vendre les actifs publics à un bon prix. En ce qui concerne la politique de taux de change, il faut une très bonne raison pour la revoir. Or, il semble qu'elle a servi le pays jusqu'ici.

Êtes-vous satisfaite des résultats du programme EPCA ?
Les autorités libanaises reconnaissent que le programme a été positif même si la partie concernant les réformes structurelles a été difficile à mettre en œuvre, notamment en ce qui concerne la réforme du secteur de l'énergie. Le programme a notamment permis de maîtriser les dépenses publiques, ainsi que l'évolution de la dette qui devrait tomber aux alentours de 150 % du PIB fin 2009, contre 160 % fin 2008. Cette évolution s'explique essentiellement par la hausse de la croissance qui est soutenue. Alors que le FMI prévoit une contraction du PIB mondial de 1 %, nous avons révisé à la hausse notre estimation de la croissance au Liban en 2009 de 4 à 7 %. Le Liban est compétitif à plusieurs niveaux, en particulier en matière de services financiers et de tourisme. Il a aussi bénéficié du fait que le niveau de ses “remittances” (les transferts des émigrés) n'a pas autant baissé que dans d'autres pays émergents, comme ceux dont les transferts proviennent de Russie ou d'Europe et des États-Unis, car les pays du Golfe où travaillent beaucoup de Libanais ont réagi à la crise par des stimulations budgétaires très généreuses. Cela dit, l'économie libanaise reste vulnérable aux chocs. Le FMI peut l'aider à y faire face. Bien entendu, nous n'imposons rien, c'est aux autorités libanaises de décider si elles veulent nous solliciter. Le FMI a longtemps servi de bouc émissaire, c'est pourquoi l'une des leçons apprises est que la réussite des programmes dépend de leur appropriation par les populations et gouvernements des pays concernés.

Quel peut être l'intérêt du gouvernement libanais à demander une nouvelle aide au FMI, sachant que l'accès aux liquidités ne semble pas un problème pour le Liban ?
S'engager dans un programme avec le FMI est un signal pour les marchés financiers et la communauté internationale. Le programme EPCA a eu cette fonction. Sa signature a clairement envoyé le bon signal qui a contribué au déblocage des fonds promis au Liban lors de la conférence de Paris III. D'autre part, même si le Liban a d'importantes réserves, il peut avoir intérêt à pouvoir compter sur les fonds du FMI. Il faut savoir en outre que les montants en jeu dans les programmes stand-by sont supérieurs à ceux du programme EPCA qui a porté sur 120 millions de dollars au Liban (soit 37,5 % de son quota). Dans le cadre de l'EPCA le Liban pourrait tirer jusqu'à 50 % de son quota, alors que pour le stand-by il peut aller jusqu'à 600 % sur trois ans. Prévisions du FMI
En % Croissance Inflation Balance courante*
2009 2010 2009 2010 2009 2010
Moyen-Orient 2,0 4,2 8,3 6,6 2,6 7,9
Liban 7,0 4,0 2,5 3,5 -11,3 -10,5
Syrie 3,0 4,2 7,5 6,0 -3,2 -4,3
Jordanie 3,0 4,0 0,2 4,0 -10,0 -8,8
Iran 1,5 2,2 12,0 10,0 3,0 3,6
Arabie saoudite -0,9 4,0 4,5 4,0 4,1 11,4
Émirats arabes unis -0,2 2,4 2,5 3,3 -1,6 5,2
Koweït -1,5 3,3 4,6 4,4 29,4 35,3
Égypte 4,7 4,5 16,2 8,5 -2,4 -2,8
(*) % PIB. Source : FMI.