Quel a été l’impact de la crise mondiale sur les pays du Golfe ?
La région a en grande partie échappé à la période la plus noire de la crise grâce à son ouverture limitée. Elle n’en sort toutefois pas indemne. Les membres du Conseil de coopération pour les États arabes du Golfe (CCG) ont tous pâti sans exception du ralentissement de l’économie mondiale, de la forte contraction des échanges mondiaux, du déclin des mouvements de capitaux vers la région, des pertes importantes subies par les fonds souverains et de la baisse des prix du pétrole. Mais la crise a surtout rappelé la nécessité de diversifier davantage leurs économies et la vulnérabilité de leurs secteurs financiers.

Comment mesurer cet impact ?
Le ralentissement de l’activité économique a commencé en 2009, les taux de croissance du PIB réel devraient descendre sous les 3 % dans la région, alors qu’ils étaient de l’ordre de 6,4 % entre 2003 et 2008. En 2009, l’inflation a commencé à se réduire, en dépit des politiques d’expansion monétaires et budgétaires des gouvernements. Ce phénomène va alléger un peu la pression sur les gouvernements pour préserver la stabilité macroéconomique. La forte baisse des revenus pétroliers a eu un impact négatif sur les finances publiques, éliminant les excédents budgétaires confortables dont ils bénéficiaient auparavant. Certains pays, comme les Émirats et Bahreïn, s’exposent à des déficits en 2009.

Quels ont été les secteurs les plus affectés ?
Des économies comme celles de Dubaï, Koweït ou Bahreïn ont particulièrement souffert, car des secteurs économiques entiers ont été affectés par la crise : l’immobilier, le tourisme et la finance. Dans la région prise globalement, c’est surtout le secteur des hydrocarbures qui a subi le contrecoup de la crise.
En novembre 2008, les prix du pétrole se sont effondrés à environ 40 dollars contre 110 dollars le baril au troisième trimestre, et les sources de financement ont commencé à tarir. La production et l’exportation d’hydrocarbures ont chuté. L’investissement direct étranger et les entrées de capitaux pour financer les grands projets se sont asséchés.
L’investissement privé a également souffert de la crise et devrait chuter en 2009 avec le PIB. Les conglomérats familiaux ont été touchés de la même manière, du fait de leur exposition aux marchés étrangers et à l’ensemble des secteurs d’activité, y compris les plus affectés. Aujourd’hui, beaucoup de ces groupes sont en difficulté financière en raison notamment de la détérioration de la qualité de leurs actifs, d’un endettement élevé et de leur absence de spécialisation.
Le secteur de l’immobilier a été touché dans presque tous les pays du CCG, à la suite d’un effondrement de la demande et de la chute des prix qui a suivi. La crise a en outre reporté des grands projets d’infrastructure au Koweït, aux Émirats et, dans une moindre mesure, en Arabie saoudite. Côté tourisme, les dernières prévisions de l’Organisation internationale du tourisme tablent sur une chute de 18,1 % de la fréquentation touristique internationale au Moyen-Orient en 2009.

Comment se sont comportés les marchés financiers du Golfe ?
La baisse de la valeur des actifs et la détérioration des économies locales ont eu des conséquences négatives sur l’ensemble des systèmes bancaires régionaux. L’Arabie saoudite s’est toutefois montrée plus résistante, grâce à son conservatisme. Le repli a également freiné la croissance du crédit et drastiquement limité la possibilité de prêts aux entreprises. La faiblesse principale vient toutefois des sociétés financières non bancaires à fort effet de levier, comme on l’a constaté au Koweït et aux Émirats. D’autre part, tous les marchés financiers du CCG ont fortement chuté entre septembre 2008 et septembre 2009. À Dubaï et au Koweït, la baisse des indices a atteint 50 %. Certains gouvernements ont arrêté les transactions, interrompu les ventes à découvert et réduit les marges de fluctuation des cours. Ces mesures, ainsi qu’un retour graduel de la confiance des investisseurs, ont aidé à la reprise des marchés financiers.

Quelles mesures de sauvetage ont-elles été prises ?
L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït ont mis en place des plans de relance contre-cycliques. Le plan saoudien a été l’un des plus importants au monde proportionnellement au PIB : il a représenté 10,3 % du PIB du pays en 2008. Les deux plans d’aides successifs des Émirats, pour un total de 32,7 milliards de dollars, ont dépassé ensemble les 12 % du PIB de 2008. Le plan de relance koweïti, à hauteur de 5,2 milliards de dollars, a été décidé pour permettre aux banques de prêter 13 milliards de dollars dans les deux ans. Les autorités monétaires du CCG ont, par ailleurs, pris de nombreuses mesures pour augmenter les liquidités des banques, réduire les coûts de financement, stimuler la confiance et atténuer les conditions d’obtention de crédit. Ces mesures impliquaient de réduire les obligations de réserves monétaires des banques, d’injecter directement des liquidités, de réduire les taux, d’augmenter les garanties pour les dépôts et les emprunts bancaires, d’acheter des actions et de mobiliser les réserves des banques centrales.

Quels sont les enjeux de l’après-crise ?
À court terme, la croissance de la région va dépendre de certaines conditions, telle que l’évolution des marchés pétroliers et leurs prix, la reprise de la demande industrielle et des consommateurs et les résultats encourageants des programmes de relance et des mesures mis en place par les gouvernements du CCG. En outre, la reprise des secteurs privés des économies du CCG va rester conditionnée au retour à la normale des marchés financiers. Bien que l’on constate l’apparition de signes de stabilité, l’accès au crédit reste compliqué. Il faut continuer d’augmenter les liquidités sur les marchés, tout en retirant progressivement les aides publiques au secteur financier. Mais avant tout, il sera nécessaire d’opérer des changements structurels dans les politiques publiques en termes de gestion budgétaire et économique pour renouer avec la croissance des dernières années, et protéger les économies du Golfe contre tout bouleversement financier à venir.

Que faut-il faire pour favoriser la relance dans la région ?
Pour tirer le meilleur parti de la reprise mondiale, les responsables du CCG doivent privilégier cinq axes fondamentaux. Leur modèle de croissance doit en premier lieu être réinventé, pour attirer les investissements privés vers les marchés à forte valeur ajoutée, hors secteur pétrolier. Ils doivent préserver la stabilité macro-financière en renforçant leur gouvernance, en mettant en place de meilleures réglementations budgétaires et en accélérant les préparatifs de l’union monétaire prévue par le CCG. Le secteur financier doit être renforcé, des autorités monétaires fortes et de nouveaux instruments pour faciliter les procédures de financement et augmenter les liquidités. Il faut par ailleurs mettre en place des leviers économiques qui facilitent la croissance et l’emploi pendant les périodes de ralentissement d’activité. Autre chantier, investir dans les infrastructures de développement – électricité, autoroutes, voies ferrées, éducation et santé – pour renforcer l’intégration économique et profiter de nouveaux marchés. Enfin, il faut réformer en profondeur les retraites, le marché du travail et les systèmes de subvention pour alléger la pression fiscale. Une fois ces mesures mises en place, les chefs d’État du CCG pourront renouer avec la reprise, mais surtout créer les bases d’une croissance durable. Inflation : les prix continuent d’augmenter
Selon l’Administration centrale de la statistique, les prix ont augmenté de 0,2 % entre juillet et août 2009, contre une hausse de 0,7 % en juillet et de 0,6 % en juin, et une baisse de 0,3 % en mai. L’indice des prix à la consommation est ainsi passé de 106,2 en juillet à 106,5 en août 2009. En rythme annuel, c’est-à-dire par rapport au même mois de 2008, les prix à la consommation ont toutefois baissé de 0,9 %.
Selon l’indice du Consultation and Research Institute (CRI), les prix à la consommation ont augmenté de 0,55 % en août après une baisse de 0,36 % en juillet. Ainsi, après une hausse mensuelle de 0,55 % en mars 2009, de 0,98 % entre mars et avril 2009, de 0,15 % entre avril et mai, de 1,87 % entre mai et juin, et une baisse de 0,36 % entre juin et juillet, les prix ont globalement augmenté de 3,67 % depuis le début de l’année. En rythme annuel, les prix ont enregistré une augmentation de 1,53 %.