« Dans quelques années vous direz à vos petits-enfants : j'étais à Istanbul en 2009 », c'est par cette boutade que le directeur général du Fonds monétaire international s'est adressé aux journalistes lors de la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale, pour souligner l'importance des mutations en cours dans le système économique mondial. Pour Dominique Strauss-Kahn, le modèle de croissance mondiale ne sera plus le même après la crise internationale dont la planète commence à peine à sortir. D'où sa volonté de réfléchir aux nouvelles règles du jeu et son ambition de voir le FMI y jouer un rôle central.
DSK affirme travailler sur trois axes. Le premier consiste à assurer la pérennité de la coordination des politiques économiques et financières mondiales, sur le modèle de la collaboration mise en place pour faire face à la crise et pour laquelle Dominique Strauss-Kahn se targue d'avoir joué un rôle central. Le G20 devrait être l'instrument de cette nouvelle “gouvernance mondiale” en lieu et place du quasi-“défunt” G7, estime le directeur général du FMI.
Le deuxième axe de travail porte sur la nécessaire stabilisation des marchés financiers. Cela passe par le renforcement de la réglementation et de la supervision du secteur financier afin de réduire la prise de risque et l’endettement excessifs.
Le troisième axe est plus ambitieux encore. Il consiste à “dessiner le monde postcrise”, à travers le renforcement du système monétaire. Pour cela, Dominique Strauss-Kahn voudrait faire du FMI un “prêteur global de dernier ressort”. Il s'agit de le doter de réserves suffisamment importantes pour que le Fonds assure une fonction “d'assurance” pour l'économie mondiale, au lieu que plusieurs pays n'accumulent les excédents financiers pour se “couvrir”, contribuant à “alimenter des déséquilibres mondiaux toujours croissants”. La réflexion sur ce nouveau rôle pour le FMI en est encore à ses débuts. Elle va de pair avec une volonté d'imaginer une contribution des marchés financiers au financement d'une protection contre le risque systémique qu'ils font courir à l'économie réelle. L'idée d'une taxe sur les transactions financières est jugée « trop simpliste », par Dominique Strauss-Kahn. Le FMI est toutefois en train de préparer un rapport pour le G20 sur les alternatives envisageables.
Le patron du FMI a par ailleurs souligné qu'il restait attentif à certains indicateurs assombrissant la reprise, tout en se félicitant que celle-ci se produise.
« Je reste très préoccupé par le chômage ; la reprise économique est une chose, mais elle ne signifie pas que la crise est derrière nous », a averti Dominique Strauss-Kahn. Son autre mise en garde concerne le risque d'« un retrait prématuré des stimulus monétaires et budgétaires qui ont été mis en place suivant les conseils du FMI. Il faut préparer les stratégies de sortie, mais il est encore trop tôt pour les appliquer ».
Car il est vrai que la reprise est au rendez-vous, mais les risques de rechute demeurent : « La récession mondiale touche à sa fin, les marchés financiers sont en rémission », c'est le diagnostic d'Olivier Blanchard, économiste en chef du Fonds monétaire international. À l'occasion de la publication des perspectives économiques en marge de la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale à Istanbul, il explique que le FMI a révisé à la hausse son scénario économique : pour 2009, les économistes du Fonds visent une contraction globale de l'activité de -1,1 % et un rebond à 3,1 % en 2010. La croissance mondiale sera tirée par une reprise de 1,3 % dans les pays industrialisés et de 5,1 % dans les marchés émergents.
« Il y a un an, cette prévision aurait été loin d'être évidente, souligne Olivier Blanchard. Elle est le résultat des différentes politiques de soutien adoptées au niveau mondial sur le plan budgétaire, monétaire et financier. »
Mais les risques perdurent. Car, la reprise est surtout soutenue par les dépenses publiques et des mouvements de restockage des entreprises. Or, ces deux facteurs ne peuvent pas augmenter indéfiniment, avertit Olivier Blanchard. Selon lui, la solidité de la reprise dépend de deux rééquilibrages majeurs au niveau mondial.
D'un côté, la demande privée (investissement et consommation) doit prendre le relais de la relance par la dépense publique. C'est le défi des prochains mois. Car si le risque de solvabilité des banques est en train de disparaître, la crise du crédit ne s'est pas entièrement résorbée.
D'un autre côté, un certain nombre d'économies doivent davantage compter sur la demande interne plutôt que la demande externe (les exportations), ce qui suppose des réajustements monétaires, souligne le FMI, en pointant notamment du doigt vers les monnaies asiatiques.
« Nous sommes au milieu du gué, il va falloir traverser l'autre moitié de la rivière », résume Olivier Blanchard.