La fraude aux cartes de crédit, qui a eu lieu au Liban en novembre, a fait couler beaucoup d’encre et a été l’objet de rumeurs. Deux paramètres expliquent cette effervescence : le Liban avait été jusqu’à présent épargné par ce type d’escroqueries et les banques ont dû sortir l’artillerie lourde pour expliquer à leurs clients ce qui se passait.
Que s’est-il passé ? Une bande mafieuse a mis une sorte de scanner sur une dizaine de distributeurs dans tout le Liban, un exercice facile, car l’engin s’intègre si bien au lecteur de carte que le fraudeur donne l’impression d’effectuer un retrait de billets. Ces distributeurs, qui n’étaient pas dans les agences bancaires mais surtout dans les centres commerciaux, étaient sans doute mal sécurisés. Des caméras miniatures ont été placées de manière à obtenir le code pin des utilisateurs. Une fois la carte scannée, la fraude était alors possible : l’attaque a été massive et subite. Des cartes sont imprimées et utilisées pour retirer simultanément des montants importants.
Toutes les banques ont été touchées, même les banques étrangères. Quand elles se sont aperçues qu’un nombre anormal de clients se plaignaient de retraits de cash abusifs, elles ont tout de suite réagi. Cette réaction rapide a été possible grâce au système de SMS qui permet aux clients d’être alertés de chaque retrait.
À partir de là, chaque banque a pris les mesures qu’elles ont jugé nécessaires. La plupart ont bloqué toutes les transactions cash pour protéger leurs clients. « Les banques ont agi dans les 24 heures, ce qui a permis de limiter considérablement la fraude, explique le conseiller. Aujourd’hui, nous sommes dans le processus de remplacement des cartes. Un retour à la normale est en perspective. »
Aucune évaluation globale des pertes n’a été publiée, mais à en croire notre spécialiste, elles ne sont pas significatives. D’après lui, les banques ne sont juridiquement pas tenues de rembourser les clients. « Elles ont une obligation de moyen, pas de résultat. Chaque établissement fera donc comme bon lui semble mais, dans l’immense majorité des cas, les clients ne devraient pas subir les conséquences de la fraude. »
La rumeur selon laquelle des banquiers seraient impliqués est complètement infondée, assure-t-il. La piste d’une mafia externe est privilégiée, car le Liban ne possède pas encore d’imprimeries assez performantes pour imprimer des cartes bancaires.