D’après une étude réalisée en France auprès d’un échantillon de directeurs des ressources humaines (DRH) et de collaborateurs de grandes et moyennes entreprises par Novamétrie au cours de l’été 2009, 82 % des sondés jugent que les réseaux sociaux sont efficaces pour trouver un emploi. Si leur utilité est reconnue, elle est cependant encore peu mise à profit dans les faits : seulement 5 % des personnes interrogées ont obtenu leur poste via ces réseaux. Le phénomène reste donc timide, mais il pourrait bien prendre de l’ampleur rapidement. Les DRH interrogés par Novamétrie estimaient à 2 % la part des réseaux sociaux dans le recrutement global, mais ils prévoient qu’elle atteindra 10 % d’ici à 2011. Encore peu employés dans le cadre professionnel au Liban, les réseaux sociaux commencent cependant à être utilisés par quelques dirigeants et recruteurs libanais. De quoi s’agit-il ? Par réseaux sociaux, on entend les sites Internet communautaires qui permettent de créer un réseau de relations en ligne, d’échanger des informations, de développer des discussions. Créé en 2004, Facebook compte par exemple 400 millions d’utilisateurs actifs à l’heure actuelle, dont 10 millions sur la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Ces réseaux peuvent avoir différents objectifs, il existe par exemple des réseaux professionnels. Linkedin, mais aussi ses concurrents français (Viadéo) et allemand (Xing) permettent de mettre en lien des personnes dans un but strictement professionnel : partage d’informations, mise en relation, recrutement, etc. Un nouveau réseau professionnel centré sur la région a été lancé fin 2009 par Rony al-Nashar. Intheloop.me compte déjà 7 000 membres, dont 150 au Liban. Enfin, Twitter, le site de micro-blogging lancé en 2006, permet aux utilisateurs d’échanger toutes sortes d’informations, y compris professionnelles à travers des messages très courts (les messages ne peuvent excéder 140 caractères). Des outils nouveaux pour les recruteurs « Les réseaux sociaux représentent de nouveaux outils de sourcing et de recrutement, on ne peut pas les ignorer complètement, commente Patricia Zahr, responsable des activités de recrutement du cabinet de conseil NECG. Je pense que leur utilisation va se développer au Liban. » Un frémissement est déjà visible avec de plus en plus de profils de professionnels libanais postés sur Linkedin et Viadéo. Ce dernier compte 5 000 utilisateurs basés au Liban, sur un total de 25 millions à travers le monde. De manière plus significative, des dirigeants d’entreprise et des professionnels du recrutement libanais commencent à utiliser ces réseaux pour diffuser des annonces d’emploi ou approcher des candidats potentiels. « Une grande majorité connaît désormais l’existence de ces réseaux sociaux, souligne Ayman Itani, consultant et enseignant à la Lebanese American University, spécialiste des réseaux sociaux. La curiosité des entreprises les pousse désormais à expérimenter. » En témoigne l’annonce pour un poste de directeur des ressources humaines diffusée sur Linkedin le 24 février par Salina Nakhoul, coordinatrice des ressources humaines au sein du groupe de communications Quantum. Ou l’existence de groupes de discussions libanais : Lebanese Business Connection, créée en mars 2008 sur Linkedin rassemble plus de 4 300 personnes ; administré depuis deux ans par le cabinet de conseil et de recrutement NECG, le groupe Lebanese Executives rassemble également près de 1 300 personnes sur Linkedin et des hubs similaires mais moins développés existent aussi sur Viadéo. Enfin, l’activité importante de certaines entreprises, en particulier dans les secteurs des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ou de l’informatique, sur ces réseaux montre clairement qu’elles se sont approprié ces nouveaux outils. Bien sûr, ce n’est pas le cas de toutes les entreprises. Dans des secteurs d’activité moins liés aux NTIC, les entreprises semblent encore en observation. « Pour l’instant, nous n’utilisons pas les réseaux sociaux pour recruter au Moyen-Orient, mais c'est un support qui pourrait être considéré à l’avenir », explique par exemple Sylvana Nader, manager des ressources humaines pour Sanofi-Aventis au Moyen-Orient. Comment ça marche ? Les réseaux professionnels, comme Viadéo, Linkedin ou Xing, disposent d’espaces dédiés aux annonces d’emploi, souvent payantes. Les entreprises peuvent aussi créer leur propre page, de la même manière que l’on crée un compte individuel. Ces profils peuvent ensuite être plus ou moins actualisés et exploités pour rechercher ou diffuser des informations. « Il est possible de créer des flux automatisés pour faire apparaître sur les réseaux sociaux les annonces d’emploi qu’une entreprise posterait par exemple sur son site Internet, de manière à optimiser sa présence en ligne », explique Nicolas L’Helgoualc’h, directeur associé d’Ebizproduction. Autre possibilité : explorer les profils des personnes qui viennent visiter votre page. Sur Viadéo, par exemple, la liste des personnes ayant consulté votre profil est visible pour les abonnés. Enfin, les espaces de discussions (des “hubs” sur Viadéo, ou des “groupes” sur Linkedin), en accès libre ou réservés aux membres, permettent d’échanger sur des sujets spécifiques. Une manière pour les entreprises de repérer des candidats potentiels. Peut-on utiliser Facebook et Twitter pour recruter ? « Au Liban, les estimations les plus plausibles convergent vers le chiffre de 750 000 utilisateurs réguliers d’Internet. Or, environ 600 000 Libanais utiliseraient régulièrement Facebook au Liban. Il s’agit donc, de loin, du réseau social le plus développé au Liban. » D’après les statistiques tenues par Alexa, il dépasserait même au Liban le moteur de recherche Google en nombre de connexions effectuées. Un potentiel non négligeable pour les recruteurs, bien que sa vocation première ne soit pas professionnelle. Il n’est pas si rare de voir une annonce d’emploi affichée sur un “mur” (un espace de discussion sur Facebook) ou de voir des personnes contactées via Facebook pour un emploi, comme en témoigne Maya Zankoul, graphiste, blogueuse et adepte des réseaux sociaux tels que Facebook mais aussi Twitter. « Pour les utilisateurs de Twitter, il est évident que ce réseau peut être très efficace pour recruter, car il s’agit d’une communauté de personnes intéressantes, expérimentées et très réactives, analyse Ayman Itani. Si j’envoie un tweet demandant si quelqu’un est intéressé par un poste dans un domaine particulier, je peux avoir plusieurs réponses pertinentes dans les minutes qui suivent. » Les limites des réseaux sociaux Le recrutement via les réseaux sociaux présente de nombreux avantages : des coûts inexistants ou très bas, un accès facile à un grand nombre de profils (il suffit parfois d’un clic pour trouver l’oiseau rare), un effacement des barrières géographiques (il est possible d’entrer en contact facilement avec des candidats potentiels situés dans d’autres pays), etc. Ils comportent également leurs défauts. Au premier rang desquels figurent un investissement important de temps, une absence de confidentialité et un accès à des données personnelles pouvant prêter à polémique bien que les recruteurs libanais interrogés assurent respecter des principes éthiques stricts sur ce point. Une étude du site américain de recherche d’emploi Careerbuilder.com avait révélé en août dernier que 53 % des recruteurs interrogés affirmaient hésiter à embaucher un candidat ayant posté des photos ou des informations provocantes ou déplacées. À l’exception de certains secteurs d’activités ou de quelques entreprises, très tournés vers les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) et ayant intégré l’utilisation des réseaux sociaux dans leur univers professionnel, il faut également souligner l’image négative qu’ils peuvent revêtir : une perte de temps pour les salariés, pouvant affecter leur productivité. Nicolas L’Helgoualc’h, directeur associé d’Ebizproduction : « Nous postons des annonces d’emploi sur Viadéo, Linkedin, mais aussi Facebook depuis plusieurs années, sans succès pour l’instant. Nous ne recevons pas de candidatures intéressantes par les réseaux sociaux, mais cela rejoint les difficultés que nous rencontrons en règle générale pour recruter des développeurs web compétents au Liban. » Salina Nakhoul, coordinatrice des ressources humaines au sein du groupe Quantum : « J’utilise Linkedin depuis quelques mois : le recours aux réseaux sociaux est intéressant pour certains postes non confidentiels, car il s’agit d’un nouveau canal de recrutement, en plus des bases de données internes, des annonces dans les journaux et les magazines spécialisés. C’est une alternative aux cabinets de recrutement, auxquels nous ne faisons désormais appel que pour les cas urgents ou très spécifiques. » Mario Ghosn, directeur de SNS : « Nous avons deux personnes, sur 26, qui passent plus de la moitié de leur temps sur Linkedin à identifier des prospects et des candidats potentiels. Notre métier est directement lié aux NTIC, il nous faut donc démarcher nos clients de manière adaptée sur ces réseaux sociaux : c’est la base de notre stratégie de développement. Nous recrutons peu, mais nous avons besoin de jeunes talentueux, très à l’aise avec ces outils. Linkedin représente donc notre deuxième source de recrutement, après les contacts privilégiés que nous entretenons avec les universités. » Patricia Zahr, responsable des activités de recrutement du cabinet de conseil NECG : « Les réseaux sociaux professionnels, comme Linkedin, sont intéressants si on recherche des juniors, mais si l’on cherche des cadres supérieurs expérimentés pour des postes de direction cela ne fonctionne pas pour l’instant. D’une part, les managers de 50 ans et plus ne sont pas forcément très familiers de ces nouvelles technologies et, d’autre part, ils ne postent pas forcément leur profil en ligne pour des raisons de confidentialité. » Maya Zankoul, graphiste chez Rezayat : « Quand j’étais étudiante, j’étais très active sur un groupe intitulé “I love graphic design” sur Facebook, c’est comme ça que j’ai été repérée, contactée et embauchée en 2007. Facebook est très efficace, mais ça ne fait pas très sérieux pour les entreprises. Au début, je n’osais donc pas trop raconter que j’avais trouvé mon travail grâce à Facebook. L’intérêt de ce réseau, mais aussi de Twitter, réside dans la possibilité d’en apprendre davantage sur les candidats, de voir leurs centres d’intérêts et leur personnalité. En ce sens, je trouve que c’est plus précis et plus réaliste que ce qu’on peut voir sur un CV. C’est pour cette raison que j’ai récemment utilisé Twitter pour recruter un nouveau graphiste. » Ayman Itani, consultant et enseignant à la Lebanese American University, spécialiste des réseaux sociaux : « Il ne s’agit que d’outils. L’important ne réside pas dans les réseaux eux-mêmes, mais dans les possibilités nouvelles qu’ils offrent et dans les usages sociaux qu’on peut ainsi développer grâce à ces technologies. Dans quelques années, nous n’utiliserons peut-être plus Facebook parce que l’outil aura évolué. Twitter se développe déjà beaucoup par exemple. »