La Confédération générale des travailleurs du Liban envisage d’organiser une grève en mai pour faire avancer ses revendications salariales. Le débat sur une revalorisation du salaire minimum et les négociations engagées avec le gouvernement et le patronat n’ont pour l’instant pas abouti. Deux logiques s’affrontent. La première considère qu’il faut uniquement augmenter le salaire minimum ; la seconde qu’il faut aussi revaloriser l’ensemble des salaires. Plusieurs économistes et bureaux d’études apportent leur contribution au débat. Le secrétaire général de l’Association des banques, Makram Sader, estime notamment que le réajustement des salaires est une nécessité sociale, compte tenu de la cherté du coût de la vie. Il propose d’augmenter de 24 % le salaire minimum qui s’élève selon lui à 608 000 livres (405 dollars) si on ajoute au salaire de base de 300 000 livres (200 dollars) l’ensemble des indemnités auxquelles a droit l’employé. Il est de 738 000 livres, lorsque l’employé perçoit aussi une indemnité pour sa nourriture. Sader estime en revanche que seul un taux de croissance de 5 à 7 % permettra aux entreprises d’octroyer des augmentations globales de salaires à leur personnel. La hausse du salaire minimum proposée par Sader vise à compenser l’inflation qui a été de 24 % sur les dix dernières années, selon les chiffres de l’Administration centrale de la statistique. S’il est porté à 770 000 livres, le salaire minimum libanais sera supérieur à celui des pays de la région qui offrent les mêmes types de produits et de services que le Liban, à savoir la Syrie, l’Égypte, la Jordanie, la Tunisie, le Maroc…De son côté, Ibrahim Muhanna, directeur de la société de conseil et de services actuariels du même nom, recommande que le salaire minimum soit porté à 600 000 livres libanaises en deux phases et que le réajustement des salaires mensuels supérieurs à 300 000 livres se fasse dans le cadre de négociations secteur par secteur. Ses propositions sont fondées sur une étude évaluant l’impact financier d’un réajustement des salaires sur les différents secteurs économiques. Ses calculs sont fondés sur les statistiques fournies par la Caisse nationale de Sécurité sociale, le ministère des Finances et les comptes nationaux. Le champ couvre 290 323 employés. Les secteurs les plus affectés par une revalorisation salariale sont ceux qui offrent actuellement de faibles rémunérations en moyenne, mais dont les charges salariales représentent une part importante des coûts opérationnels, soit les secteurs des services, de l’éducation et de la santé, et le secteur public. Les secteurs employant de la main-d’œuvre qualifiée mais dont les charges salariales sont relativement faibles comparées aux coûts totaux seront plus épargnés (le secteur financier). Dans le cadre du scénario de M. Muhanna, le salaire moyen augmentera de 28 % en deux ans, tandis que les coûts opérationnels dans les différents secteurs augmenteront dans une proportion inférieure à 20 %, sauf pour le secteur public où l’augmentation des coûts sera de 32 %.