Le Conseil des ministres a décidé de hausser le salaire minimum de 200 000 livres et les pensions de retraites de 100 000 livres. Selon le ministre des Finances, Jihad Azour, une augmentation d’un même montant (200 000 LL) sera accordée à tous les fonctionnaires, sans exception aucune. Comme le gouvernement ne peut pas imposer des mesures salariales au secteur privé, mis à part la hausse du salaire minimum, l’Exécutif se contente de recommander aux entreprises d’accroître les salaires de tous leurs employés de 200 000 livres. L’ajustement des salaires des fonctionnaires requiert l’aval du Parlement qui ne s’est pas réuni depuis près de deux ans et la réévaluation du salaire minimum nécessite le contreseing du ministre démissionnaire du Travail qui conteste la légitimité du gouvernement. Outre ces augmentations salariales, le Conseil des ministres a mis en place une série de mesures d’accompagnement pour juguler l’inflation galopante. Il s’agit notamment de la suppression des taxes douanières sur de nombreux produits de première nécessité qui ne sont pas fabriqués localement, dont les viandes congelées, le lait en poudre, le riz, les huiles végétales, les pâtes, le thé, le café, les produits de conserve, la sauce tomate, le sucre, etc. De plus, le programme de soutien des exportations agricoles sera suspendu pendant un an. La taxe douanière sur le poulet importé qui s’élève actuellement à 70 % sera réduite à 20 %, sans toutefois supprimer les mesures de protection de l’industrie locale. Enfin, l’État accordera 750 livres par jour à chaque élève du cycle primaire et 1 000 livres par jour à chaque élève du cycle complémentaire. Le ministre des Finances précise que « l’ensemble de ces mesures coûtera au Trésor plus de 700 milliards de livres par an (465 millions de dollars) ». « L’État emploie actuellement 190 000 fonctionnaires et paie 65 000 retraités. Sa masse salariale est actuellement de 3 720 milliards de livres (2,5 milliards de dollars) et elle augmentera de 650 milliards (431 millions de dollars) du fait des dernières décisions », a-t-il dit. En contrepartie des nouvelles dépenses qu’il doit assumer, le gouvernement devrait donc mettre en place des mesures visant à consolider ses recettes, dont, par exemple, l’augmentation du tarif de l’électricité au-delà d’un certain seuil de consommation. Ces décisions, qui n’ont pas satisfait la CGTL, ont également été contestées par le patronat. Le président de l’Association des agriculteurs, Antoine Hoayek, a réagi, en avertissant que « la réduction des barrières douanières à l’importation du poulet constitue une atteinte à la sécurité alimentaire du pays et condamne à mort l’industrie locale ». De son côté, le président de l’Association des industriels, Fadi Abboud, a déclaré que « le secteur privé n’est pas concerné par la décision d’augmenter les salaires ». « Est-ce qu’il serait logique d’augmenter dans la même proportion les rémunérations respectives d’un salarié employé depuis un mois et d’un autre employé depuis vingt ans ? Est-ce qu’il est juste de réajuster du même montant les salaires des employés d’Uniceramic qui est au bord de la faillite et ceux de certaines industries dont les consommations électriques sont subventionnées depuis deux décennies ? » s’est-il interrogé, appelant enfin à une négociation salariale au cas par cas.