Le ministère des Finances s’est félicité de la relative amélioration des comptes publics en période de crise, alors que le Liban fonctionne sans budget depuis 2004. L’année dernière s’est soldée par un déficit budgétaire de 2,54 milliards de dollars, en baisse de 16 % par rapport à 2006. Le déficit représente désormais 10,6 % du PIB, contre 13,3 % en 2006, et se rapproche ainsi des ratios de 2005 (8,6 %) et de 2004 (9,4 %). La tendance semble se poursuivre en 2008, puisque le déficit du premier trimestre est en baisse de 22 % en rythme annuel.
Le Fonds monétaire international a estimé que les performances libanaises sur l’année 2007 étaient conformes aux engagements pris par le gouvernement dans le cadre du programme d’assistance postconflit qui avait permis au pays de bénéficier de 77 millions de dollars en avril 2007.
Ce léger mieux est surtout le fait d’une augmentation des revenus liée de façon quasi mécanique à la hausse des importations à travers la TVA et les droits de douane. Ces deux postes représentent à peu près le tiers des revenus budgétaires.
De fait, sur l’année, les recettes totales ont augmenté de 20 %, à 5,8 milliards de dollars, dont 5,37 milliards de recettes strictement budgétaires. Il s’agit de la hausse la plus importante depuis cinq ans. Alors que les dépenses ont, elles, crû de 6 %, à 8,3 milliards de dollars. Le solde primaire est excédentaire de 730 millions de dollars, une première depuis 15 ans. Il s’établit à 3,1 % du PIB, un niveau toutefois largement insuffisant pour enrayer le cercle vicieux de la dette publique dont le service a coûté 3,27 milliards de dollars en 2007, soit 8,4 % de plus qu’en 2006. Ce poste de dépenses absorbe à lui seul 56 % des recettes totales de l’État.
La croissance de près de 18 % des recettes budgétaires, principal moteur de la hausse globale, est due à l’augmentation des recettes fiscales de 13 %, à 3,7 milliards de dollars, ainsi qu’à celle de 29 % des recettes non fiscales, à 1,66 milliard.
La hausse de ces revenus non fiscaux s’explique essentiellement par la croissance des revenus des institutions publiques. Selon le ministère des Finances, les transferts du Casino du Liban ont progressé de 50 %, à la suite de l’accord entre le gouvernement libanais et la direction du Casino portant sur l’augmentation de 30 à 40 % de la part du Trésor dans les recettes de l’établissement en 2007.
Les transferts du port de Beyrouth ont aussi été positifs en 2007, à 46,4 millions de dollars, alors qu’ils étaient nuls en 2006. Une différence qui s’explique par le fait que les transferts réalisés au titre de l’exercice 2006, à savoir près de 20 millions de dollars, ont été enregistrés dans les comptes de l’État en janvier 2007. Les transferts des Télécoms ont augmenté de 28 % en 2007 par rapport à 2006, selon le ministère des Finances, tandis que les recettes locatives liées à l’aéroport international Rafic Hariri ont bondi de 47 %, à 28 millions de dollars, en raison du nombre croissant de passagers sur l’année 2007 (+20 %).
La croissance des recettes fiscales est, quant à elle, tirée par tous les postes de revenus, à l’exception de deux d’entre eux : les taxes foncières qui ont rapporté 8,1 % de moins qu’en 2006, à 353 millions de dollars. Les droits de succession, compris dans les taxes foncières, ont pesé sur le résultat, perdant 108 millions d’une année sur l’autre. Les taxes sur les produits pétroliers dont la recette n’est que de 122,8 millions de dollars (-19,8 %) en raison de la politique de plafonnement du prix à la pompe mise en œuvre par le gouvernement pour amortir la flambée des cours du brut.
La TVA, qui assure à elle seule 36 % des recettes fiscales, était quant à elle en hausse de 20 % sur l’année, à 1,3 milliard de dollars. Cette augmentation est liée à la hausse des importations, puisqu’une bonne part de la taxe sur la valeur ajoutée (983 millions de dollars) est perçue par les douanes. L’évolution des taxes sur le commerce international est similaire.
Les recettes douanières ont augmenté de près de 22 %, à 372,3 millions de dollars, dépassant même le niveau de 2005 (319,2 millions de dollars), tandis que les excises sont en hausse de 12 % globalement, à 455,2 millions de dollars, après un fort recul de 22 % en 2006. Parmi elles, les taxes sur les voitures ont par exemple augmenté de 32 %, reflétant l’embellie enregistrée dans le secteur.
Enfin, l’impôt sur le revenu a rapporté 10,4 % de plus à l’État qu’en 2006. Une performance qui s’explique par l’augmentation de 6 % du nombre de contribuables concernés par la DASS (prélèvement de l’impôt sur les salaires). Cette hausse s’explique par l’augmentation de 10,8 % des recettes de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, à 332 millions de dollars (somme effectivement encaissée par le Trésor), et de 10,4 % de celles de l’impôt sur les salaires, à 145,6 millions de dollars. Tandis que la recette de l’impôt de 5 % sur les revenus d’intérêt avoisine désormais celles de l’impôt sur les bénéfices, à 290 millions de dollars, en hausse de 4,8 % sur l’année.
Des dépenses en hausse
Côté dépenses, hormis le service de la dette qui est le principal facteur de l’augmentation de 7 % des dépenses budgétaires, à 6,7 milliards de dollars, les décaissements du Trésor sont aussi un facteur d’aggravation du déficit. Ils sont en hausse de 3 %, à 1,67 milliard de dollars, dont 980 millions de dollars engloutis par Électricité du Liban, en hausse de 7,7 % en rythme annuel. Le FMI note que ce montant est toutefois inférieur aux prévisions en raison de la politique de rationnement qui a réduit les coûts de l’entreprise publique. En revanche, les transferts aux municipalités ont diminué de 25 %, à 202 millions de dollars.
Hors service de la dette, les dépenses courantes sont elles aussi en hausse de 8,2 %, à 3,13 milliards de dollars en 2007, en raison notamment d’une hausse de 8,4 % des traitements et salaires qui absorbent à eux seuls 35 % des dépenses budgétaires. Cette augmentation est le résultat de l’accroissement des effectifs des forces armées qui a eu lieu au quatrième trimestre 2006, au lendemain de la guerre estivale, ainsi qu’au versement d’un bonus de 33 millions de dollars en février 2007.
Les dépenses d’investissement ont certes augmenté de 11 %, mais elles plafonnent à un demi-milliard de dollars, aucune ligne de crédit nouvelle n’étant envisageable tant que le Parlement ne vote pas le budget.
L’accroissement du service de la dette (+6 % en livres libanaises et +11 % en devises) s’explique, selon le ministère des Finances, par l’allongement relatif de la maturité des obligations d’État que ce soit en livres ou en devises. Par exemple, les paiements de coupons sont plus élevés sur les bons du Trésor à plus de 24 mois, leur stock ayant augmenté à la suite de l’opération de remboursement anticipé de bons du Trésor par la Banque centrale grâce à une réévaluation de ses réserves en or. En revanche, les paiements sur les bons du Trésor à court terme ont diminué, leur stock ayant été réduit.
De même, les intérêts sur la dette en devises ont augmenté du fait de l’accroissement relatif du stock d’eurobonds d’environ 7 % entre décembre 2006 et décembre 2007, tandis que les prêts à taux subventionnés sont contractés pour de plus longues durées.
Selon le ministère des Finances, la dette totale a gonflé de 4,2 % en 2007, à 42 milliards de dollars. La hausse aurait été de 8 % selon les calculs de la Bank Audi sans l’annulation d’une partie de la dette détenue par la Banque centrale. La dette libellée en devises a augmenté de 4,4 %, à 21,3 milliards de dollars, contre 20,8 milliards pour la dette libellée en livres (+4 % en rythme annuel). En 2006, la dette en devises avait franchi pour la première fois le seuil des 50 % du total que le gouvernement s’était alors engagé, devant le Parlement, à ne pas dépasser. En 2007, elle représente désormais 50,7 % de la dette totale. La Banque centrale détient 14,3 % de la dette publique, ce qui inquiète le Fonds monétaire international qui s’est toutefois dit satisfait de la réduction de cette part. La BDL a, en effet, troqué en octobre 1 000 milliards de livres de certificats de dépôts (667 millions de dollars) avec des bons du Trésor. En milliards de dollars 2003 2004 2005 2006 2007 Var. 06-07 (%)
Total dépenses publiques 7,03 6,99 6,77 7,88 8,35 6
Dépenses budgétaires 5,85 5,51 5,18 6,25 6,68 6,8
Dont dépenses d’investissement 0,47 0,54 0,35 0,45 0,5 11
Dont service de la dette 3,23 2,67 2,35 3,02 3,27 8,4
En devises 1,17 1,18 1,33 1,45 1,60 10,3
En LL 2,06 1,49 1,02 1,57 1,66 5,7
Dépenses du Trésor 1,18 1,48 1,59 1,62 1,67 3
Dont EDL 0,27 0,33 0,55 0,91 0,98 7,7
Total recettes publiques 4,42 4,98 4,91 4,84 5,80 19,8
Recettes budgétaires 4,13 4,69 4,63 4,56 5,37 17,8
Recettes du Trésor 0,29 0,29 0,28 0,28 0,43 53,6
Déficit public 2,61 2,01 1,86 3,03 2,54 -15,9
Déficit public/dépenses publiques (%) 37,2 28,7 27,4 38,6 30,5 -
Solde primaire 0,62 0,66 0,49 -0,005 0,73 15769,6
Solde primaire/dépenses publiques (%) 8,9 9,4 7,2 -0,1 8,8 -
Source : Ministère des Finances. Les recettes du budget
(en millions de dollars)
06 07 Var. 06-07
(%)
Recettes fiscales 3 266,1 3 704,7 13
Impôts sur les revenus 773,7 867,9 10,4
Impôts sur les bénéfices 293,3 332,4 10,6
Impôts sur les salaires 130,1 145,3 10,4
Impôts sur les revenus
d’intérêt 275,4 289,9 4,8
Taxes foncières 384,2 353 -8,1
Taxes sur les biens
et services 1 223,6 1 475,8 20,5
TVA 1 100,9 1 329,1 20,7
Taxes sur le commerce
international 712,7 827,5 16,1
Douanes 305,9 372,3 21,6
Excises 406,8 455,2 12
Dont taxes sur les
produits pétroliers 152,6 122,8 -19,8
Dont taxes sur le tabac 107,5 140 30,4
Dont taxes sur les voitures 144 189,8 32
Autres recettes fiscales 171,9 179,8 4,6
Recettes non fiscales 1 290,6 1 666,2 29,1
Revenus des institutions
publiques 947,6 1 329,1 40,2
Casino du Liban 27,9 42,5 52,3
Port de Beyrouth 0 46,4
Loterie nationale 35,2 31,2 -11,3
Transferts des télécoms 861,3 1 101,5 27,9
Revenus immobiliers 19,2 27,9 46,2
Recettes administratives282,7 280 -0,8
Pénalités et amendes 2,7 3,9 35,5
Autres recettes
non fiscales 57,7 53,1 -8.
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