Il vous reste quelques mois à peine avant les élections législatives. Que pouvez-vous faire en si peu de temps pour résoudre les problèmes majeurs du secteur de l’électricité ?
Beaucoup de gens croient à tort que les coupures de courant sont dues au fait que l’État n’a pas les moyens d’acheter du combustible. En réalité, notre capacité de production maximale se situe à 1 600 mégawatts (MW) alors que la demande peut aller jusqu’à 2 000-2 200 MW, en particulier l’été.
J’ai donc deux priorités. D’abord, élaborer une stratégie pour augmenter la capacité de production du pays qui doit être de 2 500 MW. Ensuite, je souhaite réduire autant que possible le déficit d’Électricité du Liban en revoyant la tarification du courant vendu, car celle-ci a été élaborée sur la base d’un baril de pétrole à 20-25 dollars, alors qu’il est aujourd’hui aux alentours de 60-70 dollars, après avoir approché les 150 dollars en 2008.
Quelle modification de la tarification proposez-vous ?
Au premier semestre 2008, le coût de production moyen d’un kWh était de 22,5 cents, alors qu’il est facturé en moyenne 8,5 cents, ce qui signifie que l’État subventionne chaque consommateur à plus de 10 cents le kWh. Au total, cela représente plusieurs centaines de millions de dollars par an.
La révision des tarifs est l’un des points de la déclaration de politique générale de notre gouvernement et nous nous sommes engagés auprès du Fonds monétaire international à réaliser une économie de 240 millions de dollars en 2009 par ce canal. Je proposerai donc une nouvelle grille ménageant les usagers qui consomment peu. En revanche, il n’y a pas de raison de continuer de subventionner autant les gros consommateurs. Il y a deux façons de cibler ces derniers : à travers les compteurs à fort ampérage et à travers les tranches supérieures de consommation.
En ce qui concerne la production, plusieurs ministres avant vous ont proposé des plans pour le secteur. Aucun n’a été appliqué jusqu’à présent. En quoi le vôtre sera-t-il différent ?
Les tiroirs du ministère sont remplis d’études et de plans qui ont un défaut majeur : ils misent sur le gaz, considéré comme le combustible le plus propre et l’un des moins chers, que la Syrie puis l’Égypte sont censés nous fournir.
En tant que pays importateur d’énergie, le Liban ne peut pas se permettre de dépendre d’un seul type de combustible, puisque, à moins de découvrir des gisements dans son espace, il ne produit pas d’hydrocarbures. Notre stratégie doit être fondée sur deux piliers : la diversification et la polyvalence. Je travaille donc à l’élaboration d’un plan fondé sur ces deux principes. Car les choix qui sont faits aujourd’hui engagent le pays pour les 25 prochaines années au moins – c’est la durée de vie minimum d’une centrale. Il serait trop risqué de mettre tous ses œufs dans un même panier, d’autant qu’il est impossible de prévoir l’évolution des cours mondiaux.
Le Liban recevra-t-il un jour du gaz ?
Lors de ma dernière visite en Égypte, mes interlocuteurs se sont engagés par écrit à satisfaire d’ici à 2013 tous les besoins en gaz des quatre centrales (Zahrani, Deir Amar, Tyr et Baalbeck), soit l’équivalent de 1,5 milliard de mètres cubes (mcm). Ils ont promis de commencer les livraisons en janvier. Mais pour l’instant, ils ne peuvent livrer que 0,3 milliard de mètres cubes, alors qu’il en faut au moins le double pour une centrale, cette quantité ne permettant d’alimenter que l’une des deux turbines de Deir Amar. Il faut savoir qu’avec la baisse du cours du pétrole, le prix qu’ils demandent est proche de celui du fioul, alors que le gaz devrait être nettement moins cher. Il reste toutefois plus compétitif que le gasoil.
Quant à la Syrie, il semble qu’elle n’a pas suffisamment de gaz pour en exporter. À long terme, nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l’Irak produise du gaz en quantités suffisamment importantes pour nous approvisionner.
En attendant d’être fixé sur la disponibilité éventuelle de gaz, que pouvez-vous faire à court terme ?
Je suis en train d’étudier la possibilité d’équiper les quatre centrales à cycle combiné actuelles d’installations permettant de les faire fonctionner grâce à un combustible proche du fioul. Il s’agirait d’un fioul léger, nettement moins cher que le gasoil qui alimente Zahrani, Deir Amar, Tyr et Baalbeck à défaut de gaz. La question est de savoir si les surcoûts opérationnels liés à ce combustible ne compensent pas l’économie liée à son prix d’achat. La société italienne Ansaldo est en train d’étudier la question.
Si cette option nécessitant un investissement minime s’avère bonne, nous pourrions commencer à réduire les coûts de production de ces quatre centrales d’environ 40 % assez rapidement. L’effet d’économie serait encore amplifié si l’Égypte commence à fournir du gaz dès janvier comme elle s’y est engagée.
La réhabilitation des centrales de Jiyé et de Zouk, dont l’état de délabrement est assez avancé, est-elle aussi une priorité ?
J’ai approuvé le projet de réhabilitation de ces deux centrales pour lesquelles le Conseil du développement et de la reconstruction a trouvé des financements à hauteur de 150 millions de dollars. Je considère cette mesure comme une police d’assurance, car ces installations ne sont ni viables ni économiques, à moins que le cours du baril ne retombe à 20 dollars. Le processus est en cours. Il sera long, car la révision de chacune des neuf unités dure un an, et EDL est obligée d’échelonner le travail à défaut de pouvoir les mettre toutes hors service en même temps. Cet échelonnement réserve aussi la possibilité de suspendre éventuellement le chantier de réhabilitation au cas où une meilleure option se présente en cours de route.
Quel type de centrales faut-il construire ?
Une bonne partie des installations actuelles sont obsolètes et, au meilleur des cas, nous ne pouvons compter sur la durabilité que de 850 MW, alors qu’il nous en faut 2 500. Plusieurs options sont à l’étude. Je privilégie des centrales polyvalentes, en mesure de carburer au gaz, au gasoil et au fioul, même si elles sont un peu plus chères, ainsi qu’une centrale au charbon qui assurerait 40 % de la production totale. Il faut toutefois savoir que la construction d’une telle centrale au charbon est plus longue et plus coûteuse, même si ses frais de fonctionnement sont ensuite plus abordables. Les unités au charbon ont l’avantage de travailler à pleine capacité en permanence, alors que d’autres types de centrales sont plus efficaces pour assurer les besoins en période de pic, car plus flexibles.
Qu’en est-il de l’électricité promise par l’Égypte ?
Nous n’avons toujours pas d’accord sur le prix, car celui que les autorités égyptiennes demandent est trop cher. Je ne peux pas en dire davantage. La Syrie, quant à elle, a fourni au Liban 972,4 millions de kWh en 2007, soit l’équivalent d’une capacité de 110 MW.
On vous dit opposé à la privatisation, pourquoi ?
Je ne suis pas du tout opposé à la privatisation, puisque je suis même favorable à une libéralisation totale du marché, mais je crois que cette option n’est pas envisageable dans le Liban d’aujourd’hui. Je viens du secteur privé et suis par conséquent tout à fait conscient des avantages qu’il présente. Le terme de privatisation englobe beaucoup de choses différentes, de la vente pure et simple d’actifs à toute une variété de contrats de partenariats, de gestion, etc. Je souhaite confier au secteur privé la construction et la gestion des centrales, car l’État n’a pas fait ses preuves en la matière, ni pour les délais de construction, ni pour le respect des budgets, ni pour son efficacité managériale, ou encore sa capacité à négocier des prix d’équipements avantageux... En revanche, je pense que c’est à l’État de financer les investissements, car le coût financier sera moins élevé. Il est en mesure d’accéder à des prêts à des conditions plus avantageuses que le secteur privé qui réclame un retour sur investissement d’au moins 15 %. Mon approche est pragmatique, je considère qu’il faut tirer profit des atouts des uns et des autres en créant un véritable partenariat public-privé. Si l’État se contente d’acheter au privé sa production – avec une garantie d’achat sur 20 ans sur la base d’un accord de conversion énergétique –, où est le partenariat ?
Il faut savoir qu’aujourd’hui une partie de l’outil de production est gérée par des entreprises privées, ce qui n’empêche pas certains de leurs employés de subir des menaces pour ne pas rationner tel ou tel quartier, contre lesquelles le PDG d’EDL ne peut rien. Il y a des problèmes liés à l’autorité de l’État qui vont au-delà de la question de la privatisation.
Mais pourquoi empêcher certains investisseurs privés d’entrer sur le marché, notamment à travers des projets d’énergies renouvelables, alors que la priorité est d’augmenter la capacité de production ?
Parce que ces énergies coûtent cher. Et que le Liban n’est pas un pays riche. Il peut être intéressant d’accepter de payer ce surcoût à court terme, mais je suis obligé de réfléchir à un horizon plus long, or le secteur privé ne s’engage pas sans garantie étatique à long terme. De plus, les projets concernés – qui ne proposent pas tous des énergies renouvelables – portent sur de petites capacités de production : si l’État octroie une licence à l’un, d’autres vont vouloir en obtenir, et ce sera la porte ouverte aux pressions politiques. Cela dit, je ne suis pas complètement opposé à cette option, dans le cadre d’une stratégie globale, à condition d’insérer dans les contrats une clause de rachat des actifs, pour que l’État ne soit pas obligé d’acheter de l’électricité à un prix plus élevé que celui auquel il pourrait l’acquérir à l’avenir.
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