Le Liban doit se doter inévitablement de nouvelles centrales. Pour ce faire, il doit au préalable effectuer un choix technologique cornélien : quel combustible privilégier ? La Société financière internationale (SFI, bras privé de la Banque mondiale) a remis aux autorités une étude comparative des différentes options possibles. « Nous voulions au départ présenter un tableau synthétique des avantages et des inconvénients de chacun et nous nous sommes retrouvés avec un rapport de plusieurs dizaines de pages », dit Julia Brickell, Senior Operations Officer au bureau de Beyrouth, pour expliquer la complexité des paramètres en présence. Une complexité qui justifie en partie l’incapacité du gouvernement à prendre les décisions majeures pour le secteur. Pourtant, « le Liban en est arrivé à un stade où il doit absolument faire un choix, car le coût économique de l’absence de décision est supérieur au coût d’une décision imparfaite », avertit-elle.
Gaz naturel
De l’avis de tous les experts, le gaz naturel livré par gazoduc est la meilleure option possible pour la construction d’une nouvelle centrale, d’autant que le gazoduc reliant la Syrie au site de Deir Amar dans le Nord est déjà achevé. Il suffirait alors d’y construire de nouvelles turbines. Ce combustible est en effet l’un des moins chers du marché, les coûts d’opération et de maintenance sont compétitifs, la technologie est la moins polluante et enfin le délai de construction d’une centrale au gaz est rapide (deux à trois ans).
C’est la raison pour laquelle le Liban s’est doté de quatre centrales au gaz dans les années 1990. Mais cette option optimale sur le papier bute sur un inconvénient majeur : la disponibilité du combustible. N’étant pas lui-même producteur, le Liban doit importer son gaz. Après la Syrie, c’est l’Égypte qui promet désormais de lui en fournir, mais sans réelle garantie. La question qui se pose est donc de savoir s’il est possible d’attendre davantage encore la levée de cette hypothèque majeure. Le cas échéant, le gazoduc restera soumis au risque politique inhérent à ce type d’installations transfrontalières. Il existe en tout cas déjà des installations en mesure de carburer au gaz. Avec un baril à 100 dollars, l’économie aurait été de 200 millions de dollars par an et avec un baril à 140 dollars, de 350 millions de dollars, si Deir Amar avait été approvisionnée comme prévu.
Gaz naturel liquide
À défaut de gaz arrivant par gazoduc, le GNL, ou gaz naturel liquide, présente les mêmes avantages que l’option précédente en termes de coût (bien que plus cher) et de respect de l’environnement. Il présente l’avantage d’une plus grande disponibilité, les fournisseurs potentiels étant beaucoup plus nombreux, car le GNL n’est pas importé par voie terrestre, mais maritime.
Le GNL nécessite toutefois des investissements beaucoup plus importants, car il faut prévoir, outre la centrale, la construction d’une plate-forme de regazification qui transforme le liquide en gaz. Celle-ci peut-être onshore ou offshore, la deuxième option étant semble-t-il plus adaptée au Liban pour des raisons de place. Une troisième possibilité est de contracter avec une société qui fournit le gaz par bateau, pour un coût variable lié au combustible. L’option du GNL a une autre spécificité : pour qu’il soit rentable, l’investissement doit porter sur environ 1 000 MW, alors que des unités de 450 MW sont possibles avec d’autres types de combustible. « Cela représenterait la moitié environ de nos besoins, ce qui est une proportion trop importante en terme de dépendance à un type de combustible », estime le ministre Alain Tabourian. D’autre part, les contrats de livraison de GNL se font à long terme, ce qui les rend peu flexibles. Enfin, étant donné la nature des installations à réaliser, cette option n’est pas rapide : le délai de construction est d’au moins trois ans.
Charbon
Tous les prix des combustibles augmentent en parallèle, mais historiquement le charbon a toujours été relativement moins cher. C’est le principal avantage de ce combustible qui est encore largement utilisé à travers le monde bien qu’il soit relativement plus polluant que d’autres. Il existe toutefois des installations modernes qui ont évolué en terme de propreté. Le charbon est considéré au Liban comme une alternative au gaz depuis deux ans, mais jusqu’à présent peu d’études ont été réalisées sur le sujet, alors que toutes les études (géologiques, techniques, etc.) sont prêtes pour une nouvelle centrale au gaz, explique Ziad Hayek, secrétaire général du Haut Conseil de la privatisation. Le délai de construction (et des études préalables) pour la construction d’une centrale au charbon est donc long. C’est l’un des principaux inconvénients de cette option. La nécessité d’ériger la centrale sur un grand terrain en est un autre. Car il faut un espace pour stocker le combustible. Enfin, cette option suppose aussi des investissements complémentaires dans la construction d’un port notamment. Malgré ses défauts, une centrale moderne au charbon est considérée comme l’une des options les plus intéressantes pour le Liban, pour assurer la production de base.
Fioul
Une grande partie de la production actuelle du Liban est assurée par des centrales fonctionnant au fioul. Outre son prix, qui n’a cessé d’augmenter, ce combustible est polluant. Il n’est considéré comme une option d’avenir par aucun des experts interrogés.
Centrales polyvalentes
C’est l’option privilégiée par le ministre Alain Tabourian. Il s’agit de centrales pouvant fonctionner au fioul, au gaz ou au gasoil, ce qui permet d’optimiser les coûts d’approvisionnement suivant les cours du marché. « Il est impossible de faire des calculs à un horizon de 20 à 30 ans sur la base des cours d’aujourd’hui. Mon approche consiste donc à privilégier un maximum de flexibilité. » En termes de coût et de délai de construction, ce type de centrale se situe entre celles au gaz et les centrales à vapeur. Coûts et délais de construction de chaque option
Investissement approximatif par kWh Délai de construction
Gaz et GNL 1 000-1 200 dollars 24-36 mois
Vapeur (fioul et charbon) 1 400-2 000 dollars 36-60 mois
(y compris équipements de stockage
et installations portuaires pour le charbon)
Moteur à combustion 1 200-1 600 dollars 9-24 mois
(centrale polyvalente).
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