Baptisé CMM (Collection, Management and Metering), le projet de privatisation de la gestion de la facturation et de la collecte est assez avancé. Le cabinet CRA International, dont le mandat a été prolongé fin septembre, a été chargé de préparer les appels d’offres pour l’installation de compteurs électriques télécommandables et du système de facturation pendant dix ans.
L’installation de nouveaux compteurs pourrait coûter jusqu’à 350 millions de dollars. Pour gérer un réseau, il en faut à cinq niveaux : à la sortie des centrales, au niveau de chaque grande région, au niveau du passage des lignes haute tension aux lignes moyenne tension, au passage des lignes moyenne tension aux lignes basse tension et, enfin, au niveau des clients finals, explique Ziad Hayek, secrétaire général du Haut Conseil de la privatisation. Au total, il faut 800 compteurs pour délimiter les différentes zones du pays, 16 000 compteurs pour le passage moyenne à basse tension qui délimitent autant de quartiers et enfin 1,2 million de compteurs chez les usagers.
Les CMM sont intéressants à plus d’un titre, selon Ziad Hayek : ils collectent d’abord les données à distance, sans que le personnel ne se déplace, pour empêcher notamment la corruption d’un contrôleur pour qu’il accepte d’enlever des zéros à une facture. Ils permettent de programmer des coupures de courant de façon échelonnée jusqu’à ce que les récalcitrants paient leur facture. Ils permettent d’organiser le rationnement (tant qu’il est nécessaire) par catégories de clients (éviter les hôpitaux par exemple) plutôt que par régions. Ils ouvrent la voie à la mise en place de cartes prépayées, un système qui a prouvé son efficacité au Liban dans d’autres secteurs, dit-il.
À terme, poursuit Ziad Hayek, le système peut être utilisé comme compteur d’eau (le jour où la réforme de l’eau sera avancée) ; de même que son réseau peut être utilisé pour des lignes de téléphone, ce qui permettrait à la compagnie d’électricité d’être un acteur de la téléphonie fixe. Enfin, les compteurs son suffisamment intelligents pour comptabiliser l’électricité volée si un bypass a été installé juste avant l’appareil.
Dans le principe, rien n’empêche EDL de financer ces compteurs elle-même en s’endettant. Mais Ziad Hayek estime que les problèmes de ressources humaines liées à l’entreprise actuelle sont un véritable obstacle, or l’efficacité de la collecte est, selon lui, un maillon essentiel du processus de réforme, car elle améliore la crédibilité du secteur. « Une condition indispensable, si l’on souhaite amener le secteur privé à y investir à un coût acceptable. »
Bien qu’il soit avancé, il n’est pas sûr que ce projet aboutisse, notamment en raison de son coût élevé – bien que, selon Ziad Hayek, il soit amortissable en un an.
Le PDG d’Électricité du Liban, Kamal Hayek, estime quant à lui que la priorité n’est pas à l’amélioration de la collecte, puisque 95 % des factures émises sont payées. « De plus, avec nos faibles moyens, nous sommes arrivés à réduire les vols de 29 % en 2001 à 17 % en 2005, grâce à l’installation de 250 000 nouveaux compteurs, la réorganisation du service des inspecteurs (il n’y en avait que deux pour tout le Nord par exemple) et l’informatisation de la gestion des arriérés. Ces efforts ont permis une hausse des recettes de 47 %, mais elle a été engloutie par la flambée du pétrole et, depuis 2005, la situation a dérapé à nouveau à cause des problèmes politiques, et les pertes non techniques sont de 22 %. »
Même réticence chez le ministre Alain Tabourian qui dit étudier des solutions moins chères, même s’il a approuvé la prorogation du mandat des consultants. « Aussi intelligents soient-ils, ces compteurs ne résolvent pas un problème qui est purement politique, celui de l’accès à certains quartiers : même si l’ordre est donné à un compteur de couper le courant, rien n’empêche un usager bénéficiant d’une immunité pour des raisons dépassant EDL ou tout autre distributeur de continuer de s’approvisionner grâce à un bypass. »
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