Au-delà du choix des techniques de production des nouvelles centrales dont la construction est nécessaire, il faut aussi déterminer le mode de financement des trois à cinq milliards de dollars d’investissements envisagés et l’association éventuelle du secteur privé, sachant que la privatisation continue de susciter d’âpres débats au Liban.
« Les avantages de la participation du secteur privé à la conception, le financement et la gestion de centrales électriques sont bien documentés. Il a tendance à achever des projets bien plus vite que le public, car il est incité à être le plus efficace possible. Si, de son côté, le secteur public est trop lent, les conséquences sur les consommateurs, la croissance et le chômage peuvent être importantes », souligne Anna Bjerde, experte en énergie au sein de la Banque mondiale. Cependant « un producteur indépendant d’énergie facturera son investissement en fonction du risque perçu, qui consiste surtout au Liban à vendre de l’électricité à une compagnie d’électricité très affaiblie, garantie pas un État au profil d’endettement très élevé. Cela se traduira par un contrat d’obligation d’achat à long terme qui représente un passif important pour le ministère des Finances ». Sans aller jusqu’à émettre des recommandations claires en la matière, la Banque mondiale suggère dans son rapport que le coût d’un investissement public financé par de la dette peut se révéler plus avantageux que le recours à des capitaux privés.
Ce que conteste Ziad Hayek, secrétaire général du Haut Conseil de la privatisation. « Le coût de la dette est inférieur au coût du capital, c’est une évidence que l’on enseigne aux étudiants de 1re année en finance. Un projet entièrement financé par de la dette coûte moins cher qu’un projet financé par une combinaison de capital et d’endettement. Mais l’hypothèse selon laquelle on peut emprunter 100 % du montant de l’investissement est généralement impossible à concrétiser. Même à supposer que cela soit réalisable, on oublie d’autres facteurs. D’abord, le coût de construction n’est pas le même s’il est assumé par le public ou le privé : un grand opérateur qui construit plusieurs centrales par an obtient de meilleures conditions que l’État libanais dont la dernière commande pour une centrale remonte à 1994… sans compter les délais d’exécution dans le public. En la matière, l’expérience du Liban prouve qu’il ne s’agit pas de risques potentiels, mais de risques pratiquement inévitables. »
Le secrétaire général du Haut Conseil de la privatisation considère donc que l’apport de capitaux privés est une condition indispensable de la réussite de la réforme.
De son côté, le ministre actuel de l’Énergie, Alain Tabourian, estime qu’un partenariat public-privé véritable suppose que le secteur privé se charge de la construction et de la gestion des centrales, mais que ces dernières restent la propriété de l’État, à travers Électricité du Liban, étant entendu que celle-ci doit être corporatisée. « Le privé a incontestablement des avantages comparatifs sur lesquels il faut miser – la capacité de négocier des équipements à bon prix en fait partie de même que le respect des délais ; mais celui de l’État est d’accéder à des financements moins chers. Cela est encore plus vrai aujourd’hui que la crise financière renchérit le coût des liquidités, dit-il. Sur des montants de trois à cinq milliards de dollars, le surcoût d’un recours à des financements privés lorsque les taux d’intérêt sont élevés pourrait être de 500 à 750 millions de dollars, c’est beaucoup. »
La Société financière internationale (bras privé de la Banque mondiale) a été chargée d’une étude sur la question pour l’éventualité de la création d’un IPP (Independent Power Producer) pour la construction d’une deuxième centrale sur le site de Deir Amar. « L’éventail des possibilités est très large dans le cadre d’un partenariat public-privé, il va du simple contrat de gestion à la concession, explique Julia Brickell, Senior Operations Officer au bureau de Beyrouth de la Société financière internationale (groupe Banque mondiale). Il faut cependant comprendre que le coût de l’argent n’est pas nul, pourquoi l’État libanais renoncerait-il à des apports de capitaux privés, disponibles dans le secteur de l’électricité, alors qu’ils ne le sont pas forcément dans d’autres où l’argent public est indispensable ? Nous pensons qu’il faut trouver la meilleure formule possible pour le Liban optimisant l’apport du privé et celui du public. »